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Liban : Des élections pour rien ?

Sabah Sabet , (avec Agences) , Mercredi, 18 mai 2022

Malgré les changements qui s’annoncent suite aux législatives libanaises, la configuration du prochain parlement ne promet pas une sortie de crise.

Liban : Des élections pour rien ?
Le taux de participation de 41 % témoigne de la lassitude de nombreux Libanais face au verrouillage de la vie politique

Avec une participation de 41 %, contre 48 % en 2018, les électeurs libanais ont voté, dimanche 15 mai, dans  le calme, aux premières législatives depuis le début de la crise  socioéconomique qui  agite le pays. Un faible  taux de participation qui marque le désespoir d’une majorité de  Libanais vis-à-vis d’une  classe politique jugée défaillante. Ceux qui ont  choisi de voter l’ont fait  avec l’espoir de faire un  changement et rompre  avec la politique libanaise  traditionnelle. 

C’est le premier constat  de ces élections (ndlr : les résultats définitifs n’étaient pas encore connus au moment  de l’impression du journal).  Le deuxième constat est un  recul du Hezbollah. Selon  les résultats provisoires en  effet, le plus grand bloc  parlementaire au Liban, mené  par le Hezbollah, devrait  perdre plusieurs sièges, et  l’opposition réaliser une  percée à l’Assemblée. Un  coup dur pour le parti chiite  qui, depuis des décennies,  détient une forte emprise sur  le pays, et son principal allié  régional, l’Iran. 

Axant sa campagne contre  le Hezbollah, le parti chrétien  des Forces Libanaises (FL)  de Samir Geagea a engrangé  des gains significatifs. Les  FL, qui font partie de la classe  politique en place depuis la  fin de la guerre civile il y a  30 ans, pourrait devenir ainsi  le premier parti chrétien,  aux dépens du Courant  Patriotique Libre (CPL) du  président Michel Aoun, allié  du Hezbollah. La formation  obtiendrait quelque 20 sièges  sur les 128 du parlement  libanais. « Nous pouvons  dire que le peuple libanais  a sanctionné les partis au  pouvoir et nous a rejoints,  en exprimant sa volonté d’un  nouveau départ », a déclaré  à l’AFP Marc Saad, porteparole  des FL. 

Autre fait significatif,  la percée des candidats  indépendants dans plusieurs  régions, notamment dans  le Sud du Liban, bastion du  puissant mouvement chiite. 

En 2018, les législatives  avaient été dominées par  le Hezbollah et ses alliés,  notamment le CPL Aoun et le  mouvement chiite Amal, du  président du Parlement Nabih  Berri. De petites listes issues  de la contestation populaire  d’octobre 2019 ont également  pu obtenir certains sièges. 

Trois tests à venir

Or, si le tandem chiite  Hezbollah-Amal conserve  quasiment tous ses sièges, ce  sont leurs alliés, les chrétiens  du CPL et les Druzes du PSP,  qui avaient permis depuis  2018 de former une majorité  au Parlement, qui ont perdu  des sièges. Par exemple,  Talal Arslan, politicien druze  et l’un des visages connus  et alliés au Hezbollah, a  perdu un siège qu’il occupait  depuis trois décennies au  profit d’un candidat de  l’opposition. De même,  la montée en puissance  des FL a porté un coup à  Gebran Bassil, aussi allié  du Hezbollah, depuis  longtemps pressenti pour  succéder à son beau-père  Michel Aoun, âgé de 88  ans. Les résultats des  législatives pourraient  donc avoir un impact sur  la présidentielle prévue  en novembre prochain (le  poste de président de la  République étant réservé  à un chrétien maronite).  Sans surprise, l’électorat  sunnite est aussi perdant,  fragilisé par l’absence du  principal parti, le Courant  du Futur de l’ancien  premier ministre Saad  Hariri qui a appelé au boycott. 

Malgré ces changements,  le prochain parlement sera  constitué par les partis et  les figures traditionnels.  Avec le système électoral  verrouillé en faveur des  vieux partis confessionnels  et le confessionnalisme qui  domine la vie politique au  Liban, le risque d’un blocage  institutionnel au sein du  parlement pèse, surtout avec  l’absence du Courant du Futur  de Saad Hariri, qui jouait un  peu un rôle distinctif dans  l’apaisement des tensions.  Trois autres tests attendent  le pays du Cèdre : le choix  du premier ministre et la  formation du gouvernement,  l’élection du président du  parlement, un poste réservé à  un chiite, et la présidentielle.

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