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Israël - Palestine: La paix historique, la paix impossible

Abir Taleb avec agences, Mardi, 10 septembre 2013

Vingt ans après les accords d'Oslo, Palestiniens et Israéliens reprennent timidement les négociations de paix. Mais l'euphorie et l'espoir suscités par Oslo laissent désormais la place à un climat de scepticisme général.

Paix
Une célèbre poignée de main, sans lendemain. (Photo : AFP)

Le 13 septembre 1993, les médias du monde entier braquent leurs regards sur la célèbre poignée de main, alors qualifiée d’historique, entre l’ancien président palestinien, Yasser Arafat, alors chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et l’ancien premier ministre israélien, Ytzhak Rabin. Instaurer une paix israélo-palestinienne, voire israélo-arabe ? Créer un Etat palestinien indépendant ? On y croyait presque. Mais depuis, les choses ont bien changé. Lorsque le monde entier voit Arafat serrer la main de Rabin, l’accord de paix est simplement de principe mais ne verra pas le jour sur le terrain. L’histoire du processus de paix israélo-palestinien, c’est désormais l’histoire de l’échec de ce processus de paix, l’histoire d’un rêve brisé. Car si les accords d’Oslo étaient censés conduire à la paix, vingt ans après, la Palestine n’existe que sur le papier, son territoire, en peau de léopard, est toujours occupé par l’armée israélienne et par un nombre sans cesse croissant de colons juifs.

A l’époque, il avait fallu quatorze sessions de négociations entre Israéliens et Palestiniens, dans une maison forestière située près de la capitale norvégienne, pour que les accords de paix d’Oslo voient le jour. Le secret et l’isolement partagé avaient contribué au succès de l’opération. La déclaration de principes signée à Washington le 13 septembre 1993 par Ytzhak Rabin et Yasser Arafat fonde la reconnaissance mutuelle d’Israël et des Palestiniens et jette les bases d’une solution définitive du conflit — dont le calendrier rejette les questions difficiles (avenir de Jérusalem, des réfugiés, des colonies, etc.) en fin de processus. Ces points explosifs sont toujours relégués à de futures et hypothétiques discussions, et entre-temps, même les questions intérimaires n’ont pas été totalement réglées.

La gangrène de la colonisation

En fait, le seul « succès » d’Oslo est que c’était en quelque sorte la concrétisation d’un changement d’état d’esprit. Jusqu’à ce moment-là, l’idée même de réconciliation ne faisait pas partie du discours, ni du côté palestinien, ni du côté israélien. Ceci dit, après deux décennies de tentatives vouées à l’échec, qui peut croire encore que la solution des deux Etats, la création d’une Palestine viable aux côtés d’Israël, constitue toujours un aboutissement raisonnable auquel on parviendra après avoir surmonté quelques contrariétés ? En vingt ans, la réalité du terrain n’a cessé de prendre le pas sur la rationalité d’un partage évoqué depuis 1947, auquel les Palestiniens ne se sont résignés que tard. Et les accords d’Oslo, qui auraient dû déboucher sur l’indépendance et la prospérité, ont engendré pour les Palestiniens vexations et privations.

Aujourd’hui, la triste réalité qui se révèle à nos yeux est qu’Israël n’a clairement pas l’intention de permettre la création d’un Etat palestinien. La colonisation israélienne de la Cisjordanie a produit un enchevêtrement qui rend progressivement impossible une division territoriale. Quelques chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1993, on comptait environ 120 000 colons en Cisjordanie ; aujourd’hui, un demi-million de colons (soit près d’un Israélien sur quinze) à occuper 42 % de la Cisjordanie, selon les chiffres de l’organisation des droits de l’homme israélienne B’Tselem. De même, d’après B’Tselem, le taux de croissance de la colonisation est 2,5 fois plus élevé au taux de croissance de la population israélienne. Avec ces chiffres, aucun retour en arrière n’est possible : aucun gouvernement israélien ne pourra ignorer un électeur sur quinze. De même, ni les Palestiniens ni les Arabes ne pourront se contenter d’un Etat palestinien réduit, amputé de Jérusalem-Est ou d’une partie de la Cisjordanie. Une paix négociée à minima ou qui ne respecterait pas les frontières de 1967, seule alternative acceptable, ne sera pas une paix.

En outre, lorsque les deux parties conviennent, en 1993, à reporter les discussions des questions les plus délicates en fin de processus, elles ne font que reporter l’échec final. Que ce soit à propos de Jérusalem, du droit de retour, des colonies, des frontières, les positions étaient et restent inconciliables. A Oslo, les Palestiniens voulaient s’accrocher à cette ébauche de solution, puis gagner par la négociation. Quant aux Israéliens, ils voulaient simplement gagner du temps et imposer aux Palestiniens toujours plus de concessions.

Malheureusement, l’erreur d’Oslo a été répétée par la communauté internationale avec l’adoption, en 2003, de la « Feuille de route », qui de nouveau propose un processus par étapes. Comment imaginer alors un accord d’ici neuf mois, le délai sur lequel les deux parties ont accepté de tabler lors de la reprise des négociations de paix fin juillet, après près de trois ans de blocage ? La tâche paraît immense. La tâche paraît surtout impossible, au terme de six décennies d’un conflit historique et de deux décennies de rendez-vous ratés.

Un contexte défavorisant

Tout a commencé avec la Conférence de Madrid, qui s’est tenue fin octobre 1991 sous l’impulsion des Etats-Unis et de l’ex-Union soviétique. Ce fut la première tentative de la communauté internationale d’engager une paix au Proche-Orient incluant Israël et l’ensemble du monde arabe.

A l’époque, le président américain Georges Bush père, principal instigateur de ce qu’on appellera plus tard le processus de paix, était mu par un contexte régional et mondial nouveau : les conséquences de la fin de la guerre froide, de la première guerre du Golfe et de la première Intifada. Déclenché en 1987, le soulèvement palestinien a mis sur le devant de la scène internationale les revendications palestiniennes jusque-là ignorées alors que la première guerre du Golfe avait exacerbé les sentiments au sein des populations arabes.

Aujourd’hui, le contexte est tout autre. Depuis deux ans et demi, le Printemps arabe et les bouleversements qui s’ensuivirent ont multiplié les zones de tensions dans un Proche-Orient jusqu’ici rythmé par le conflit entre Israël et ses voisins arabes. Le Printemps arabe a également relégué au second plan la question palestinienne (le blocage des négociations coïncide avec le début des révolutions arabes). La crise syrienne a créé une véritable onde de choc d’autant plus que la Syrie est devenue le principal terrain d’affrontement entre sunnites et chiites. Un affrontement qui risque de déborder jusqu’à l’Iran, chef de file du chiisme. D’ailleurs, sur le plan international, la lune de miel entre Washington et Moscou n’est plus, notamment à cause du désaccord sur la Syrie.

Et c’est justement à cause de tout cela que, selon les observateurs, les Etats-Unis ont choisi ce timing pour tenter de redonner vie au processus de paix, en raison de l’impasse dans laquelle se trouve la diplomatie américaine dans le monde arabe. Car on l’a peut-être oublié ces dernières années, la cause palestinienne est une cause arabe. Et une stabilisation de la région entière ne peut se faire sans un règlement de la question palestinienne.

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