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Iraq : En attendant des jours meilleurs

Maha Salem avec agences, Lundi, 03 janvier 2022

Le nouveau parlement iraqien tiendra sa session inaugurale le 9 janvier. Il s’ensuivra des tractations pour la nomination d’un nouveau président, un nouveau premier ministre et un gouvernement. Mission difficile.

Iraq : En attendant des jours meilleurs
15 ans après son exécution, de nombreux Iraqiens sont nostalgiques de l’ère de Saddam, synonyme pour eux de prospérité et de stabilité.

C’était le 30 décembre 2006. L’ancien président iraqien Saddam Hussein était exécuté par pendaison. Quinze ans après sa mort, l’Iraq vit dans l’insécurité et l’instabilité. Les conflits et les différends dominent la classe politique. Il a fallu trois mois pour qu’enfin, la plus haute instance constitutionnelle d’Iraq, la Cour suprême fédérale, ratifie, le 27 décembre, les résultats des législatives. Après le vote du 10 octobre, l’Alliance de la conquête — vitrine politique des anciens paramilitaires d’Al-Hachd Al-Chaabi — avait déposé une plainte en dénonçant un scrutin entaché de fraudes. L’influente formation soutenue par Téhéran n’avait remporté que 17 sièges, contre 48 au sein du parlement sortant de 329 députés. Les élections ont été remportées par le grand rival du Hachd, le courant du leader chiite Moqtada Al-Sadr, qui a obtenu 73 sièges et est ainsi devenu le premier bloc au parlement, selon les résultats officiels annoncés par la commission électorale.

Malgré son échec, Al-Hachd Al-Chaabi reste un acteur politique incontournable, fort du soutien de l’Iran et de ses 160 000 combattants intégrés dans les rangs des forces régulières. Après les résultats définitifs, le président iraqien Barham Saleh a annoncé que le nouveau parlement tiendra, le 9 janvier, sa séance inaugurale. Selon la Constitution, le chef de l’Etat invite l’assemblée à tenir sa session inaugurale avec à sa tête le plus âgé des 329 députés avant que ne soit élu son président. Après cette session inaugurale, il restera la dure tâche de former un gouvernement. En effet, après les 30 jours suivant sa séance inaugurale, le Parlement élira le président de la République. Ce dernier devra ensuite désigner un premier ministre, choisi par la plus grande coalition au parlement. Une fois désigné, le premier ministre aura à son tour 30 jours pour former un gouvernement, certains experts et politiciens espérant une nouvelle équipe d’ici mars.

« Le chemin est long, les différends entre tous les camps pèsent lourd et aucun parti ne semble prêt à faire des concessions. Déjà, les Kurdes n’arrivent pas à s’entendre sur le fait de choisir le président. Idem dans le camp chiite pour le poste du premier ministre (ndlr : le président, poste honorifique, est attribué à un Kurde, le premier ministre à un chiite et le président du parlement à un sunnite). Quant aux sunnites, ils sont très faibles que jamais », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Et d’ajouter : « Le mouvement sadriste veut occuper certains postes, telles l’éducation, la santé, l’agriculture, les finances et les affaires étrangères. Moqtada Al-Sadr veut nommer le premier ministre et les autres mouvements chiites refusent ces exigences ». Les tractations ont bel et bien commencé, mais elles sont difficiles, tenant compte aussi des interventions de la communauté internationale. Par exemple, explique l’analyste, « l’actuel premier ministre, Moustafa Al-Kazimi, est soutenu par Moqtada Al-Sadr, les pays arabes et les Américains. Mais les chiites, alliés de l’Iran, le refusent, ils veulent un premier ministre plus proche de l’Iran ».

Le casse-tête des tractations

En effet, dans un Iraq multiconfessionnel et multiethnique, la formation du gouvernement s’accompagne d’interminables tractations. Les partis dominant la communauté chiite, majoritaire, doivent traditionnellement arriver à un compromis. Ainsi, les partis chiites comptent sur le jeu des alliances. Et celui de l’ancien premier ministre, Nouri Al-Maliki, aura un rôle important dans ce jeu, car il a effectué une percée notable en remportant 33 sièges. Or, si les pro-Iran veulent perpétuer cette tradition du compromis, indépendamment du nombre de députés, Sadr réclame un gouvernement composé de formations politiques capables de constituer une coalition majoritaire au parlement. Un parlement dominé par les forces traditionnelles, malgré une timide percée des indépendants et des antipouvoir, qui ont formé une coalition de 28 députés.

Les législatives initialement prévues en 2022 avaient été avancées pour calmer la colère de la rue : un vaste soulèvement antisystème à l’automne 2019 réclamait un renouvellement du pouvoir, fustigeant une corruption endémique, des infrastructures en déliquescence et le chômage des jeunes. Depuis 2019 le mouvement de contestation s’est largement essoufflé, il a été réprimé dans le sang (plus de 600 morts).

Face à une situation si complexe, « certains Iraqiens regrettent les années Saddam. Une époque où, selon eux, l’Iraq était puissant et influent, possédait une armée forte et une économie relativement prospère », explique Dr Mona Soliman. Et de conclure : « L’après-Saddam reste, 15 ans plus tard, dominé par l’instabilité politique et sécuritaire, avec des milices armées et des forces armées faibles. Et le retrait des troupes américaines risque d’augmenter la menace ».

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