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Liban: Lorsque la peur s’installe

Abir Taleb avec agences, Mardi, 27 août 2013

La vague d'attentats qui a récemment touché le Liban risque d'exacerber les tensions confessionnelles, déjà fortes en raison du conflit en Syrie. Les différentes parties tentent pour le moment de faire preuve de retenue.

Liban
Les mesures de sécurité ont été renforcées de peur de nouveaux attentats.

Jamais, depuis la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990), la tension n’a été aussi vive au pays du Cèdre et les risques d’une rechute aussi réels. Jamais non plus les Libanais n’ont eu autant besoin de faire preuve de retenue pour éviter le pire. C’est peut-être là le seul point positif : toutes les parties libanaises, ou presque, sont conscientes qu’il n’est dans l’intérêt de personne de glisser à nouveau dans des clivages confessionnels qui peuvent coûter cher au Liban.

Pourtant, tous les éléments sont là pour que la situation dégénère. En effet, une semaine à peine après l’attentat qui a visé le fief du parti chiite Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, un double attentat à la voiture piégée contre deux mosquées sunnites à Tripoli (nord) a fait vendredi dernier 45 morts et près de 300 blessés. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière depuis la fin de la guerre civile.

L’attentat n’a pas été revendiqué, mais le chef du gouvernement sortant Najib Mikati a précisé qu’un dignitaire musulman était interrogé dans le cadre de l’enquête, sans élaborer. Selon l’Agence nationale d’information, il s’agit du cheikh Ahmad Gharib, une personnalité connue pour être proche du camp du Hezbollah chiite, accusé par ses détracteurs d’être impliqué dans l’attentat. Depuis, les interprétations vont bon train : l’opposition syrienne a accusé le régime Assad d’être responsable de ces attentats, le député Mohamed Kabara a accusé le gouvernement syrien d’avoir perpétré les attentats de Beyrouth comme de Tripoli pour faire monter la tension au Liban, alors qu’Al-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi) s’est dit, dans un message publié sur Twitter, « sûr que la main du Hezbollah » était derrière l’attentat de Tripoli, promettant de se venger « rapidement ».

Lorsque la peur s’installe

Quoi qu’il en soit, ce qui est sûr pour le moment, c’est que ces attaques sont une tentative de semer la discorde confessionnelle dans le pays, et notamment d’inciter à une guerre entre sunnites et chiites, d’autant plus que les tensions entre ces deux principales communautés musulmanes du pays ont été exacerbées par le conflit syrien, les sunnites étant en majorité favorables à la rébellion et les chiites appuyant le président syrien Bachar Al-Assad. Ainsi, le ministre de la Défense, Fayez Ghosn, a mis en garde contre le risque d’un bain de sang intercommunautaire. « Nous appelons au calme et à la vigilance, parce que l’objectif de ces attentats est d’attiser les tensions entre les communautés », a-t-il dit à la chaîne LBC. M. Mikati, de son côté, a estimé nécessaire « d’oeuvrer pour sortir de la polarisation politique ».

Or, la peur, et la peur de l’autre, semblent s’être d’ores et déjà installées chez les Libanais de tous bords. Des slogans hostiles au Hezbollah et à Bachar Al-Assad étaient lancés lors des funérailles des victimes de Tripoli, une ville qui est régulièrement le théâtre d’affrontements entre sunnites, qui soutiennent en majorité la rébellion syrienne, et alaouites (une branche du chiisme), favorables au régime Assad.

Pourtant, voulant afficher sa solidarité avec les habitants de Tripoli en dépit des tensions confessionnelles, le Hezbollah a organisé un sit-in sur le site de l’attentat qui avait touché le 15 août la banlieue sud de Beyrouth, un de ses fiefs. « Nous voulons l’unité, nous voulons être comme les doigts d’une seule main », a dit une femme à la télévision du Hezbollah, devant une pancarte sur laquelle est écrit « Vos blessures sont les nôtres ».

Une tentative timide qui ne risque pas forcément d’apaiser les tensions. Car le Liban est bel et bien pris dans l’engrenage de la crise syrienne, même s’il n’est pas encore près de retomber dans le piège de la guerre civile. Aujourd’hui, aucune partie, pas même le Hezbollah, selon les analystes, n’a intérêt à s’engager dans un conflit confessionnel. Les analystes prédisent toutefois que l’attentat de Tripoli ne sera pas le dernier.

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