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Liban : La crise se prolonge, la communauté internationale s’impatiente

Maha Salem avec agences, Mardi, 22 juin 2021

La communauté internationale accentue ses pressions sur les dirigeants libanais pour éviter un effondrement total du pays du Cèdre.

Sauver le Liban en faisant davantage pression sur ses leaders. Telle semble être la seule solu­tion trouvée par la communauté internationale. Après une visite de deux jours au Liban, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a affirmé, samedi 19 juin, que le Liban a un « pro­blème évident avec son système de gouver­nance », exhortant à nouveau les responsables à mettre leurs querelles de côté et former le nou­veau gouvernement, sans quoi, le pays risquerait un effondrement financier total et les dirigeants s’exposeraient à des sanctions. « J’ai transmis un message clair selon lequel certains respon­sables pourraient être soumis à des sanctions s’ils continuaient à bloquer la formation du gouvernement, et donc la mise en oeuvre des réformes », a déclaré Borrell, qui estime que le blocage gouvernemental est dû à la bataille pour le partage du pouvoir et à un profond manque de confiance. Selon lui, le cabinet qui doit être formé doit avoir « de bonnes compétences tech­niques et une vraie autorité afin d’éviter l’échec du gouvernement sortant de Hassane Diab ». L’équipe démissionnaire « avait présenté un solide plan de réformes, mais celui-ci a été blo­qué par les politiciens », a-t-il déploré, relevant le « pessimisme » des différents protagonistes rencontrés au cours des dernières 48 heures concernant des progrès dans les tractations. Et de rappeler que sans un gouvernement capable de négocier avec le Fonds monétaire international et de lancer des réformes anticorruption, aucune aide étrangère ne serait versée à Beyrouth.

Des déclarations qui sonnent comme un aver­tissement. Borrell a eu des discussions difficiles avec tous les hauts dirigeants libanais, le prési­dent Michel Aoun, le président du parlement, Nabih Berry, le premier ministre désigné, Saad Hariri, et le premier ministre démissionnaire, Hassane Diab, ainsi que le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, et quelques experts de la société civile.

« Le diplomate européen est venu examiner la situation et voir si les sanctions seront efficaces ou non, et surtout pour obliger les camps rivaux à régler leurs conflits et avancer les intérêts de leur pays à leurs intérêts personnels. La France a déjà imposé des sanctions contre plusieurs responsables libanais, tel Gebran Bassil, chef du Courant Patriotique Libre (CPL, aouniste), mais ces sanctions étaient faibles et inefficaces. Il faut imposer des sanctions plus efficaces pour obliger tous les partis à parvenir à un règle­ment », explique Dr Mohamad Aboul-Makarem, politologue au Centre des études arabes et afri­caines.

Selon l’analyste, la communauté internatio­nale veut fournir des aides alimentaires, médi­cales et militaires, mais elle veut s’assurer que ces aides iront à bon destinataire pour ne pas être mal exploitées. Elle veut donc un méca­nisme de suivi. « Autre raison importante, la communauté internationale veut une sortie de crise libanaise avant les élections générales libanaises de 2022 ».

La visite du diplomate européen intervient après une visioconférence organisée conjointe­ment par la France, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Union européenne et certains pays du Golfe. Ils ont décidé, jeudi 17 juin, de fournir de l’aide à l’armée libanaise, afin d’empêcher celle-ci de s’effondrer, mais sans faire d’an­nonce concrète. « Plusieurs raisons ont poussé la communauté internationale à bouger pour régler la crise libanaise. Tout d’abord, le pays est menacé par le chaos et par une guerre civile. L’armée libanaise traverse la pire crise de son existence. Or, l’armée libanaise, même si elle n’est pas assez forte, maintient l’équilibre des forces entre les différentes forces politiques du pays. Si elle s’effondre, c’est un véritable danger et plus de puissance au Hezbollah de Hassan Nasrallah, largement armé », explique Aboul-Makarem, tout en ajoutant que « la vic­toire d’Ebrahim Raïssi à la présidentielle ira­nienne représente un soutien supplémentaire au Hezbollah, qui essaie d’éloigner Saad Hariri de la tête du gouvernement et de le remplacer par une personnalité moins faible pour pouvoir dominer le pays ».

Selon le politologue, il y a aussi le fait que la colère monte au sein de la population à cause de l’effondrement de la livre libanaise, qui a perdu 90 % de sa valeur face au dollar américain depuis la fin de 2019, une crise financière qui représente la plus importante menace sécuri­taire pour le Liban depuis la guerre civile de 1975-1990. « Ce qui peut provoquer une révolte populaire d’envergure », dit-il. « Ce genre de manifestations est le plus dangereux, car pour eux tout sera permis, saccages, sabotages, vols, etc. Ce sera donc un vrai chaos », conclut l’analyste.

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