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Comité constitutionnel : Cinq sessions et pas de résultats tangibles

Abir Taleb avec agences, Mardi, 23 mars 2021

C’est en septembre 2019 qu’a été créé le Comité constitutionnel, chargé de modifier la Constitution syrienne de 2012. Ce comité a inauguré ses travaux le 30 octobre de la même année à Genève. Il se compose de 150 membres répartis à parts égales pour repré­senter le régime, l’opposition et la société civile. Un organe restreint issu du comité et composé de 45 personnes représentant les trois parties (15 chacune) a été chargé d’entrer dans le détail de la future Constitution.

L’objectif est d’élaborer une nouvelle Constitution pour la Syrie, en vue de prochaines élections qui devront se tenir sous l’égide de l’Onu. Des étapes fondamentales pour sortir du chaos. Et pourtant, les travaux du comité traînent en longueur, et surtout aucune date limite n’a été fixée pour qu’ils aboutissent. Ce qui donne l’impression, depuis le lancement des discussions, qu’il s’agit de réunions pour la forme, quasi inutiles. Jusqu’ici, les cinq sessions de négociation entre les belligérants syriens au sein du Comité constitutionnel à Genève se sont conclues par une « déception ». La dernière en date s’est tenue du 25 au 29 janvier dernier. Et a été qualifiée d’« opportunité manquée » et de « déception » par l’émissaire spécial de l’Onu pour la Syrie, Geir Pedersen. Selon lui, ces discussions « n’ont pas abouti à un consentement sur la mise en place d’un mécanisme de travail pour passer aux étapes suivantes : discuter des nouveaux principes et dispositions de la nouvelle Constitution », qui devrait dessiner la forme d’un nouveau régime syrien. Tirant la sonnette d’alarme, Pedersen a dit aux participants que « les pourparlers ne pouvaient pas continuer ainsi », ajoutant que la 6e session doit être « soigneusement préparée ». Pour ce, Pedersen s’est rendu le 21 février dernier dans la capitale Damas afin de discuter avec les responsables du pays du travail du comité et d’une solution politique à la crise syrienne. Il avait auparavant effectué une tournée dans divers pays concernés par les problèmes syriens, tels que la Russie, l’Iran et la Turquie. De quoi rappeler que le sort de la Syrie se joue aussi ailleurs. « Le conflit en Syrie s’est fortement internationalisé, et il ne serait donc pas raisonnable de penser que les solutions se trouvent uniquement entre les mains des Syriens, ou que les Nations-Unies peuvent aboutir seules à un succès », avait-il d’ailleurs concédé le 9 février dernier au Conseil de sécurité de l’Onu.

Dix ans, dix étapes

2011, premières manifestations : Dans la foulée des soulèvements popu­laires arabes, les premières manifesta­tions ont lieu le 15 mars à Deraa, d’abord pacifiquement, puis violem­ment. Elles s’étendent à plusieurs villes syriennes.

2012, batailles de Damas et d’Alep : Au milieu de cette année, la capitale et la deuxième ville du pays connaissent de violents combats. A Damas, entre les rebelles et l’armée, alors qu’à Alep, à feu et à sang l’Armée Syrienne Libre (ASL), qui rassemble divers groupes de l’opposition, lance une offensive. Le régime semble fragi­lisé, certains prédisent même sa chute prochaine.

2013, usage d’armes chimiques : En août, l’armée bombarde des posi­tions rebelles dans la Ghouta orientale, près de Damas. On soupçonne qu’elle fait usage de gaz toxiques. Le régime nie, mais pour les Occidentaux c’est une « ligne rouge » qui a été franchie. Alors qu’une frappe occidentale contre le régime est évoquée, l’option finit par être mise de côté.

2014, règne de Daech : L’enlisement du conflit et la fragilisa­tion de l’opposition « démocratique » favorisent l’émergence du groupe terro­riste, qui proclame en juin un califat à la frontière entre la Syrie et l’Iraq, notam­ment avec la prise de Mossoul en Iraq. D’autres groupes djihadistes émergent, comme le Front Al-Nosra.

2015, entrée en jeu de la Russie : Un tournant dans la guerre. Après plu­sieurs revers vécus par l’armée syrienne, l’intervention de Moscou sauve le régime. En août, le président russe fus­tige « l’arrogance » des pays occiden­taux et appelle à la formation d’une « coalition mondiale contre le terro­risme » en Syrie pour éradiquer Daech. En septembre, la Russie déclenche une campagne massive de bombardements à Hama et Homs en soutien à l’armée syrienne, qui avance au sol.

2016, reprise d’Alep : A la fin de cette année, après des semaines de siège de l’armée appuyée par les raids aériens russes, les groupes rebelles capitulent. En même temps, les forces turques pénètrent dans le nord de la Syrie.

2017, chute de Daech : Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), coali­tion militaire à majorité kurde, chassent Daech de Raqqa, tandis que le régime, appuyé par Moscou, libère Palmyre. Parallèlement, les rebelles se retirent de Homs.

2018, conflits d’intérêts et succès militaires de Damas : Ankara lance en janvier une opération majeure contre les combattants kurdes dans l’enclave d’Afrin. La question kurde préoccupe Ankara plus que tout et dicte son inter­vention dans la guerre syrienne, créant des conflits d’intérêts entre Ankara et Moscou, deux acteurs-clés en Syrie. En janvier, les forces gouvernementales s’emparent de la Ghouta orientale et prennent le contrôle de toutes les ban­lieues de Damas.

2019, Idlib, dernier bastion des djihadistes : Au début de l’année, Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), ancienne branche syrienne d’Al-Qaëda, prend Idlib, qui reste aujourd’hui encore la dernière région du pays encore contrôlée par les djihadistes. Pendant ce temps, le Comité constitutionnel commence ses travaux à Genève. Objectif : rédiger une nouvelle Constitution.

2020, loi César et cessez-le-feu : La loi César (des sanctions contre le régime), votée par le Congrès américain en 2019, entre en vigueur en juin. De leur côté, Ankara et Moscou annoncent un cessez-le-feu dans le nord-ouest. La trêve met aussi fin à l’offensive gouver­nementale contre Idlib.

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