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Ahmed Sid Ahmed : La polarisation confessionnelle est à l’origine de la crise

Nada Al-Hagrassy, Lundi, 20 juillet 2020

3 questions à Ahmed Sid Ahmed, expert dans les relations internationales, sur les multiples facettes de la crise libanaise.

Al-Ahram Hebdo : Comment les deux crises politique et économique sont-elles imbriquées l’une dans l’autre au Liban ?

Ahmed Sid Ahmed : La crise au Liban est principalement une crise d’ordre politique qui s’est convertie en une sévère crise économique. Parmi les facteurs qui ont conduit à cette situation figure l’extrême polarisation confessionnelle qui domine la scène politique libanaise entre, d’un côté, le camp du Hezbollah et ses alliés le mouvement Amal et le Courant Patriotique Libre (CPL) et, de l’autre, le Courant du Futur et ses alliés. Cette polarisation a aidé le Hezbollah à entraver la formation d’un gouvernement présidé par Saad Al-Hariri et à briser l’équilibre politique créé par l’accord de Taëf, qui a mis fin à la guerre civile. Le Hezbollah est devenu un Etat dans l’Etat, avec même une économie parallèle. Ce qui a gravement affaibli l’économie libanaise et a engendré l’effondrement de la monnaie nationale.

— Après avoir échoué à imposer des réformes, quel avenir pour le gouvernement de Hassane Diab ? Risque-t-il de perdre le soutien de ses alliés ? Et un retour de Saad Al-Hariri est-il envisageable ?

— Le gouvernement de Hassane Diab — dont la nomination n’a jamais fait l’objet d’un consensus — a vu le jour dans des conditions très compliquées, après cinq mois de tentatives infructueuses menées par son prédécesseur Saad Al-Hariri. La multiplication des manifestations contre ses défaillances n’a pas arrangé les choses, tout comme le refus des pays donateurs d’aider un gouvernement dominé par le Hezbollah. Cela dit, il existe un grand obstacle devant le retour de Hariri : le Hezbollah et son allié le CPL s’y opposent. Donc, si le gouvernement actuel chute, ce sera un nouveau cercle vicieux et un nouveau blocage politique. Et il deviendra quasi impossible de former un nouveau gouvernement avec cette polarisation nourrie par les interventions étrangères.

— Quels sont les scénarios possibles sur le plan politique ? Et sur le plan économique, quelles sont les options en cas de l’échec des négociations avec le FMI ?

— En cas d’échec des négociations avec le FMI, le Liban se trouve face aux options les plus difficiles. Imposer plus de taxes et d’impôts sera une démarche inévitable. Ce qui risque de faire exploser encore une fois la colère de la rue, qui ne s’est pas vraiment calmée depuis le déclenchement du mouvement en octobre 2019. Par ailleurs, le fait d’imposer une austérité en réduisant les dépenses n’aidera pas le Liban à sortir de cette crise économique. Pour ce qui est des scénarios, plusieurs sont envisageables. Le plus optimiste prévoit que les forces régionales et internationales alliées répondent à l’appel au secours du Liban et lui apportent un soutien financier. Mais ceci est conditionné à un recul de l’influence du Hezbollah. Il y a aussi une autre hypothèse difficile, qui prévoit le départ du gouvernement actuel et la formation d’un nouveau gouvernement consensuel d’union nationale qui tente de trouver une sortie de crise. Reste enfin l’option la plus pessimiste et la plus probable aussi : si le statu quo demeure, cela veut dire un effondrement de l’économie libanaise et un glissement du pays du Cèdre dans une spirale de tensions sociales et confessionnelles violentes.

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