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Liban : La descente aux enfers

Amani Gamal El Din, Lundi, 20 juillet 2020

Alors que le Liban s’enfonce dans une crise politico-économique, une aide du FMI est un impératif pour n’importe quel plan de sortie de crise. Mais faute de consensus entre les différents acteurs libanais, les négociations entre le gouvernement et le FMI piétinent, au risque d’un effondrement total.

Liban : La descente aux enfers
Depuis octobre dernier, date du début de la contestation sociale, la monnaie locale a perdu plus de 70 % de sa valeur face au dollar.

Le pays du Cèdre est en proie à une crise économique et financière aigüe qui s’est déclenchée en automne dernier. Une crise qui a gagné en acuité suite à cause du coronavirus. Un embrasement face auquel les tentatives de réformes n’ont rien apporté. Si la crise libanaise remonte à au moins trois décennies, elle a pris, ces derniers mois, des proportions inimaginables. Les indicateurs économiques sont aujourd’hui alarmants. La livre libanaise a perdu 70 % de sa valeur face au dollar depuis octobre dernier, si le taux officiel reste de 1 500 livres pour un dollar, cette parité officielle ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions. Quant au marché parallèle resté incontrôlable, le dollar peut y être échangé à 9 000 livres. L’effondrement progressif de la livre libanaise s’est accompagné d’une hyperinflation avec fermetures de commerces et licenciements massifs. Le chômage touche plus de 35 % de la population active et plus de 45 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon le ministère des Finances.

Face à cette situation, la dernière tentative de sauvetage était le recours au Fonds Monétaire International (FMI) afin de débloquer une assistance financière susceptible de redonner un peu de confiance à d’autres bailleurs. Mais, entamées le 13 mai dernier, après que le Liban eut adopté, fin avril, un plan de réformes, les négociations piétinent et les 17 séances tenues n’ont abouti à rien. Et le 13 juillet, lors de la dernière séance de discussions, le FMI a enjoint les autorités libanaises à s’unir autour d’un plan de sauvetage. Car les dissensions internes ne font que retarder la reprise, assure le FMI. « Il est très important que les autorités s’unissent autour du plan du gouvernement. De notre côté, nous sommes prêts à travailler avec les autorités pour améliorer le plan là où c’est nécessaire », a ainsi déclaré Athanasios Arvanitis, directeur adjoint du FMI pour le Moyen- Orient et l’Asie centrale.

Lors des discussions en effet, des différends ont émergé entre le gouvernement et la Banque du Liban (la Banque Centrale) sur le volume des pertes ou les réformes requises. Le porte-parole du FMI, Gerry Rice, a déclaré à Reuters que la raison derrière la suspension était que le gouvernement libanais devait appliquer un nombre de réformes exhaustives, et équitables sur plusieurs niveaux. Il a déclaré que le Liban devait parvenir à un consensus à propos des chiffres et du volume des pertes financières.

Dans un communiqué, Rice a affirmé qu’il « s’agissait de problèmes complexes qui nécessitent un diagnostic commun et détaillé. Il faut également une approche commune et uniforme entre tous les acteurs politiques sur les alternatives de réformes qui se posent à eux de manière effective et équitable ».

Selon Rabha Allam, spécialiste du Liban au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « sans un consensus et une approche unifiée entre les acteurs de la donne économique qui sont le gouvernement, la Banque du Liban et l’Union des banques (représentant les banques locales), les négociations avec le FMI ne pourront pas reprendre ».

Le FMI, hypothétique bouée de sauvetage

Le Liban est le troisième pays endetté au monde. La dette publique est estimée à 92 milliards de dollars et a atteint 172 % du PIB. Elle est répartie entre la Banque du Liban, l’Union des banques et des débiteurs externes. « Le gouvernement emprunte aux trois, qui cherchent à percevoir les plus hauts taux de revenus. Raison pour laquelle les estimations sur les volumes des pertes sont incorrectes, et chaque partie met en avant des chiffres parce qu’elle ne veut plus assumer des pertes à l’avenir. Le gouvernement n’arrive pas à trancher parce que ses prérogatives sont limitées, et il y avait toujours des disputes avec la Banque du Liban qui s’accaparait les décisions économiques. La contradiction et l’interférence des intérêts sont alarmantes », explique Allam. « D’un autre côté, le FMI n’est pas confiant que les décisions gouvernementales seront tranchantes pour tout le monde », explique Ayman Hadhoud, économiste et spécialiste en investissement.

Probablement, les estimations du gouvernement sont les plus correctes, car il a eu recours à un bureau de consultation neutre. « Au final, le FMI prendra en considération les estimations gouvernementales. Mais il ne pourra pas être sélectif à haute voix, il doit attendre jusqu’à ce que ces trois parties parviennent à une décision unifiée et un consensus. L’Union des banques est composée de l’élite économique, et donc, il est très complexe qu’elle se résigne aux décisions gouvernementales », analyse Allam.

Or, un éventuel consensus est encore loin d’être concrétisé. Dans un papier publié par l’Economic Research Forum, Mahmoud Araissi, professeur à la Lebanese American University, a parlé d’une crise de gouvernance émanant essentiellement d’un système sectaire désuet et corrompu. On doit avoir la volonté de s’entendre. Un vrai calvaire.

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