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Iraq: Maliki face au risque d’implosion

Maha Salem avec agences, Lundi, 22 juillet 2013

Les derniers attentats en Iraq s'ajoutent au regain de la violence observé ces derniers mois. Ils font craindre un retour aux sombres années du conflit entre sunnites et chiites.

Une nouvelle vague d’attentats touche ces derniers jours le pays alors que le gouvernement iraqien semble incapable d’endiguer ce regain de violence. De nouveaux attentats ont ainsi fait 12 morts dimanche dernier, quelques heures après une nuit meurtrière qui a coûté la vie à plus de 60 personnes à Bagdad. Ces attaques constituent la dernière démonstration d’une flambée de violence qui agite l’Iraq depuis le début du mois de juillet. Les derniers mois avaient également donné lieu à des bains de sang à travers le pays, faisant craindre que l’Iraq ne sombre à nouveau dans la spirale de la violence confessionnelle qui l’avait pratiquement précipité dans une guerre civile après l’invasion des troupes américaines.

Cependant, les partis chiites au pouvoir en Iraq et l’opposition sunnite se rejettent la responsabilité de ces attentats, démontrant que la fracture entre les deux principales communautés musulmanes est loin d’être résorbée. Dans des communiqués, ils s’accusent de vouloir relancer le conflit confessionnel qui avait ensanglanté l’Iraq (2006-2007), d’être soutenus par des pays étrangers, l’Arabie saoudite pour les sunnites et l’Iran pour les chiites, et en appellent à la communauté internationale pour faire cesser ces « crimes ».

En réaction, le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, a affirmé vouloir une réévaluation des mesures de sécurité en Iraq, surtout que deux de ces derniers attentats visaient les ministères des Affaires étrangères et des Finances à Bagdad. « Les opérations criminelles appellent sans aucun doute à une réévaluation de nos plans et des moyens sécuritaires pour affronter les défis terroristes », a indiqué le premier ministre dans un communiqué. Il a également appelé à une coopération accrue entre les services de sécurité et les Iraqiens. Il n’a toutefois pas donné de détails sur les mesures que le gouvernement envisage de prendre pour éviter d’autres attentats de cette ampleur. Mais les analystes pensent que cette vague de violence est un message au régime iraqien. « Les sunnistes et les chiites refusent la politique appliquée par Maliki. Alors, les deux camps essayent de déstabiliser le gouvernement et de faire pression sur Maliki pour réaliser leurs revendications », explique Ayman Abdel-Qadar, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. « Ces attentats sont une tentative de faire dérailler le processus politique et saper les élections parlementaires qui se tiendront au début de l’année prochaine », affirme de son côté Maliki. Ce dernier a convoqué les principaux chefs de la sécurité en vue de réévaluer les plans de sécurité et les moyens à mettre en oeuvre, afin d’affronter les groupes terroristes. Selon son bureau, il a été décidé de prendre des mesures rapides pour assurer la sécurité à Bagdad, afin de contrer les plans terroristes visant à ranimer la violence avant les élections législatives de janvier prochain. Les autorités ont aussitôt accusé les nostalgiques de Saddam Hussein et les extrémistes d’Al-Qaëda d’avoir perpétré ces attentats. « Les criminels baassistes et les takfiris (fondamentalistes sunnites), soutenus par l’étranger, ont agi pour replonger le pays dans un conflit confessionnel et annihiler l’espoir des Iraqiens de recouvrer leur souveraineté et une vie normale », a affirmé Nouri Al-Malaki. Partageant le même avis, le Conseil Supérieur Islamique d’Iraq (CSII), formation chiite proche de l’Iran, a appelé l’Onu et les gouvernements, les organisations arabes et musulmanes, à considérer ces crimes comme un génocide.

Pour sa défense, l’opposition sunnite a rejeté toutes ces accusations en appelant les autorités à rechercher les coupables au sein de la coalition gouvernementale qui se déchire pour le contrôle du pays. « L’armée islamique d’Iraq condamne toutes les attaques visant des innocents en Iraq. Nous accusons les forces d’occupation, le gouvernement et les partis politiques (chiites) dont les milices se battent entre elles d’avoir mené ces attaques », affirme ce groupe, tout en lançant un communiqué. « Les forces qui s’entredéchirent pour contrôler l’Iraq veulent arriver à leurs fins en versant le sang des innocents. Les attaques à Bagdad confirment que certaines factions du gouvernement désirent établir un Etat confessionnel », ajoute le communiqué .

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