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Le général Bahaa Al-Horesh : L’Egypte fera face à quiconque porte atteinte à sa sécurité nationale

Aliaa Al-Korachi, Lundi, 06 janvier 2020

Le général Bahaa Al-Horeshi, conseiller à la sécurité nationale du directeur de l’Académie militaire Nasser, revient sur les défis de la sécurité nationale égyptienne en 2020 et les options de l’Egypte face à l’intervention turque en Libye.

Le général Bahaa Al-Horesh

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Al-Ahram Hebdo : Erdogan a annoncé un déploiement progressif de soldats turcs en Libye. Cette intervention est-elle le défi numéro 1 à la sécurité nationale égyptienne en 2020? Et comment l’Egypte peut-elle faire face à cette ingérence ?

Le général Bahaa Al-Horeshi : Dans un contexte régional trouble, la sécurité des frontières constitue la priorité numéro 1 pour la sécurité nationale égyptienne. L’Egypte est prête à faire face à tout danger et à quiconque porte atteinte à sa sécurité nationale. Quant à l’intervention turque en Libye, l’Egypte a adopté, jusqu’à présent, les moyens diplomatiques pour affaiblir les démarches d’Erdogan qui constituent une violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu sur la Libye. Les réactions internationale, arabe et libyenne partagent la position de l’Egypte. Ainsi, afin de former un front mondial contre l’intervention turque éventuelle, la diplomatie égyptienne a intensifié les contacts, au cours de la semaine passée, avec les grandes puissances, notamment les plus concernées par cette crise, comme les Etats-Unis, la France, l’Italie, l’Allemagne ainsi que Chypre et la Grèce.

Sur le plan interne, les tribus libyennes, qui constituent la force principale de la société libyenne, ont annoncé leur opposition catégorique à toute intervention d’Erdogan en Libye. De même, un certain nombre de tribus de l’est de la Libye ont décidé de rejoindre les rangs de l’Armée nationale libyenne dans son combat à Tripoli. Le parlement libyen a voté, samedi, la rupture des relations avec la Turquie et approuvé l’annulation des mémorandums signés entre le gouvernement de Fayez Al-Sarraj et Ankara. Du point de vue militaire, l’intervention militaire turque affrontera de nombreux obstacles sur le terrain. Intervenir en Libye est une opération suicide pour Erdogan.

A votre avis, quels seraient les obstacles et les scénarios de l’intervention militaire turque en Libye ?

— Contrairement à la Syrie, Ankara trouvera d’énormes difficultés à déployer des troupes dans un pays qui n’est pas frontalier. La distance est très grande entre la Turquie et la Libye. Ce qui rendra difficile pour Ankara, qui ne possède ni bases militaires ni navales dans la région, le fait d’envoyer du matériel logistique à ses troupes en Libye. En outre, la Tunisie, pays voisin de la Libye, a annulé sous la pression de son parlement l’accord signé récemment entre le président tunisien et Erdogan concernant la permission aux troupes turques de traverser le territoire tunisien pour se rendre en Libye. Ce que Erdogan peut faire uniquement c’est d’envoyer des mercenaires travaillant dans des compagnies privées turques pour rejoindre les combats face à Haftar. Dans ce cas, les pays voisins et les pays amis ne tarderont pas à apporter leur soutien logistique à l’Armée nationale libyenne. Car la résolution du Conseil de sécurité impose jusqu’à présent un embargo sur les armes en Libye. De notre côté, toute violation de la sécurité nationale égyptienne engendrera une réponse ferme et rapide. L’Egypte ne restera pas les bras croisés si sa sécurité nationale est menacée.

— Comment l’Egypte s’est-elle préparée pour sécuriser ses intérêts vitaux en Méditerranée et ses frontières occidentales avec la Libye ?

— L’Egypte a renforcé les mesures sécuritaires sur ses frontières occidentales avec la Libye. En Méditerranée, la manoeuvre navale effectuée cette semaine par la marine égyptienne a dévoilé la force de la marine égyptienne qui ne cesse de croître. Cela ne signifie pas que nous sommes en confrontation directe avec une force quelconque, mais c’est un message direct qui montre qu’on est prêt à protéger nos intérêts vitaux contre toute menace.

En fait, l’Egypte avait une vision d’avenir sur les évolutions régionales, quand elle a lancé en 2015 le projet de modernisation de l’armée et a acheté les Rafale et les Mistral. La Flotte du Sud est pleinement capable de sécuriser les intérêts vitaux de l’Egypte dans la mer Rouge. Ainsi, pour sécuriser ses axes stratégiques et ses frontières, l’Egypte a été très active au cours des six dernières années sur plusieurs niveaux : modernisation de l’armée, lancement de la plus vaste opération sécuritaire antiterroriste, l’opération globale Sinaï 2018, lancement du Forum du gaz de la Méditerranée orientale et multiplication des initiatives diplomatiques pour soutenir les institutions et les armées des pays arabes. Et en parallèle, les appareils de la sécurité nationale sont très attentifs et préparent leurs stratégies de défense face à tous les scénarios prévisibles.

— Quand un Etat peut-il recourir à la force militaire pour protéger sa sécurité nationale ?

— Les problèmes auxquels l’Egypte est confrontée sont divisés en deux catégories: les problèmes internes et externes. Les problèmes externes sont répartis en problèmes mondiaux et régionaux comme les troubles causés par les projets d’expansion turc, iranien et israélien dans la région. Quant aux problèmes locaux, ils sont répartis en menaces et défis à la sécurité nationale. Les menaces à la sécurité nationale sont celles qui nécessitent l’usage de la force pour les contrer, comme le terrorisme, ou celles qui menacent la vie des Egyptiens comme les menaces aux travaux d’exploration des gisements gaziers égyptiens en Méditerranée ou le blocage de l’arrivée de l’eau sur le sol égyptien. Pour les défis à la sécurité nationale, on a recours souvent aux pressions diplomatiques et économiques pour relever ces défis avant qu’ils ne se transforment en menaces.

— Sur le plan interne, quel est le défi majeur pour l’Egypte en 2020 ?

— En fait, les menaces ne se limitent pas à la guerre et au terrorisme. Aujourd’hui, le risque majeur provient de l’intérieur du pays. C’est le défi de la pensée extrémiste qui a des répercussions beaucoup plus profondes sur la sécurité nationale égyptienne. De nouvelles méthodes ont été créées pour ébranler la cohésion sociale et casser le moral des Egyptiens. C’est pourquoi, il est important aujourd’hui de sensibiliser les jeunes à la notion de sécurité nationale pour qu’ils soient pleinement conscients des événements régionaux et internationaux et leurs impacts sur la stabilité du pays

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