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En Iraq, la crise s’inscrit dans la durée

Maha Salem, Mardi, 24 décembre 2019

Alors quel a contestation n'a pas fléchi d'un pouce, la classe politique iraqienne reste toujours divisée et la nomination d'un premier ministre plus que jamais problématique.

En Iraq, la crise s’inscrit dans la durée
Les manifestants sont déterminés à continuer leur protestation jusqu'à la réalisation de leurs revendications. (Photo : AFP)

La crise iraqienne entre-t-elle dans une nouvelle phase ? La question se pose plus que tout après que le grand ayatollah Ali Sistani eut appelé à des élections antici­pées pour sortir de l’impasse. Un appel qui intervient alors que les divisions au sein de la classe poli­tique restent entières. D’un côté, les pro-Iran alliés au chef du parlement Mohammed Al-Halboussi font pression pour faire accepter leur candidat. De l’autre côté, le bloc de Moqtada Sadr veut imposer un can­didat. Entre ces deux, le président de la République, Barham Saleh, essaie de gagner du temps. Ce der­nier a encore une carte en main : la Constitution l’autorise à décréter le poste de premier ministre vacant et à l’occuper de fait. « Le vrai pro­blème est que chaque camp refuse de porter la responsabilité et veut protéger ses intérêts. Les deux prin­cipales autorités iraqiennes qui doivent choisir le futur premier ministre sont le président ou la Cour suprême. Mais ils se renvoient la balle. Le président a demandé au parlement de déterminer qui détient la majorité pour nommer le premier ministre, et le parlement n’a pas réussi à se mettre d’accord, puis il a demandé au président de le dési­gner lui-même », explique Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Elle poursuit : « Soumis à une forte pression iranienne, le président a décidé de lancer la balle à la Cour suprême. Or, cette dernière est elle aussi soumise à la pression de la rue et la classe politique. Elle a donc renvoyé la balle au président. Ce jeu prouve à quel point chaque partie craint d’assumer la respon­sabilité de choisir le premier ministre ou même de désigner le bloc parlementaire majoritaire ».

Ce jeu laisse aussi toutes les options ouvertes. Car, avec l’As­semblée la plus éclatée de l’histoire récente de l’Iraq, Saleh assure avoir déjà reçu trois réponses sur qui détient la majorité parlementaire. L’une émane des pro-Iran qui affir­ment avoir coalisé assez de partis au parlement pour présenter le ministre démissionnaire de l’Ensei­gnement supérieur, Qoussaï Al-Souheil, au poste de premier ministre. Une autre de la liste du leader chiite Moqtada Sadr qui se dit la plus grande coalition, car elle est arrivée en tête aux législatives. Et une troisième, énigmatique, indique que la plus grande coalition est celle qui a nommé le premier ministre démissionnaire, Adel Abdel-Mahdi, qui n’avait été offi­ciellement désigné par aucune coa­lition.

Conscient de la difficulté de la situation, le grand ayatollah Sistani a donc appelé de former un nou­veau gouvernement qui devra uni­quement préparer la voie vers des élections anticipées en votant une nouvelle loi électorale et en nom­mant une commission de supervi­sion des scrutins non partisane. La loi électorale, unique réforme pro­posée par les autorités en deux mois et demi d’une révolte inédite, est bloquée au parlement. Les députés négocient pied à pied le découpage des circonscriptions et surtout la portion de scrutin proportionnel et de liste, à l’avantage des grands partis. « Les grands leaders reli­gieux chiites Sistani et Sadr ont décidé de soutenir les manifestants, car la situation est critique et ce soutien leur garantit de ne pas perdre leur influence », conclut Dr Mona Soliman.

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