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Dr Nanis Abdel-Razik Fahmy : L’Iran veut s’imposer comme acteur incontournable dans la région, Washington lutte contre cela par tous les moyens

Mardi, 30 juillet 2019

Dr Nanis Abdel-Razik Fahmy

Al-Ahram Hebdo : Après sa détention, la semaine dernière, d’un pétrolier britannique, que cherche l’Iran ? Un nouveau front de conflit ?

Nanis Abdel-Razik Fahmy : D'abord, Londres est un grand allié de Washington, et donc, à travers cette affaire, l’Iran veut adresser un message au président américain, Donald Trump. De plus, pour la première fois depuis 2003, l’Arabie saoudite a accepté, cette semaine, le déploiement de forces américaines sur son sol pour la sécurité et la stabilité de la région. Cette escalade présente une menace non seulement à l’Iran, mais aussi à toute la région, d’autant plus que de nombreuses études étrangères prévoient depuis 2011, et même avant, une confrontation chiite-sunnite dans la région. Le président américain Trump veut transférer son conflit avec l’Iran à un conflit mondial. L’escalade de la situation n’est pas le fruit de l’Iran seulement.

— Pourtant, Trump a toujours fait de l’arrêt des interventions militaires de son pays à l’étranger, trop coûteuses, l’un de ses chevaux de bataille ...

— C’est vrai. Mais la menace d’un conflit armé va augmenter les ventes d’armes américaines, une importante source de revenus pour l’économie américaine. Dans le même temps, les bases militaires américaines qui siègent dans le Golfe sont financées par les pays du Golfe eux-mêmes. Les Etats-Unis sont les seuls bénéficiaires de cette escalade, les pays du Golfe étant les plus grands perdants.

— Mais l’Iran est-il prêt à un conflit ?

— Non, pas du tout. Au contraire, les responsables iraniens ont répété que Téhéran ne veut pas d’un conflit armé, mais les Iraniens veulent montrer leur puissance régionale. Même ses affirmations à propos de la reprise de l’enrichissement d’uranium est une pression politique, car cette augmentation de l’enrichissement est très limitée. L’Iran sait pertinemment qu’il est une force régionale de poids, et joue sur cela.

— Les sanctions imposées à l’Iran ne l’amènent-elles pas à reculer ou, du moins, à ne pas chercher l’escalade ?

— Il est vrai que les sanctions dérangent Téhéran, car elles ont un sérieux impact sur son économie, ce qui risque de provoquer une certaine contestation populaire, mais l’Iran a une longue expérience avec les sanctions et sait les gérer, voire les détourner. Et, au-delà de cela, l’Iran tient sa force de son hégémonie dans d’autres pays, comme le Yémen, l’Iraq ou encore le Liban à travers le Hezbollah. La présence dans ces pays lui donne un poids géostratégique, mais aussi économique, puisqu’il y vend son pétrole et tire profit de leurs ressources. La stratégie de l’Iran est de s’imposer comme un acteur incontournable dans la région. Ce contre quoi Washington lutte par tous les moyens.

— Les efforts internationaux visant à apaiser la situation peuvent-ils réussir ?

— Les pourparlers de Vienne ont échoué. L’Iran reste sourd aux appels d’apaisement ainsi que les Etats-Unis qui se sont déjà retirés en 2018 de l’accord nucléaire. Cela dit, les deux forces ne veulent pas d’une guerre ouverte, il y aura peut-être des affrontements limités. Donc actuellement, l’escalade va se poursuivre jusqu’à ce que l’Iran présente des concessions, ou que Trump accepte de calmer la situation avec l’approche des élections américaines qu’il veut évidemment remporter.

— Qui est le plus grand perdant dans cette affaire ?

— Le plus grand perdant est sans doute la cause palestinienne. Avec cette tension dans la région du Golfe et le bras de fer avec l’Iran, l’attention est complètement détournée de la question palestinienne. L’Iran est désormais conçu comme la plus importante menace dans la région, au grand bonheur d’Israël, qui poursuit ses agissements mettant fin à toute option de paix.

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