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Jeux de pression dans le Golfe

Maha Salem avec agences, Mardi, 30 juillet 2019

La tension reste entière dans le Golfe. Téhéran a porté plainte contre Washington auprès du Conseil de sécurité sur l’affaire du drone américain, alors que Washington multiplie les déclarations contradictoires sur l’éventualité d’une guerre pour maintenir la pression.

La tension dans le Golfe ne semble pas près de baisser. L’Iran a officiellement porté plainte dimanche 30 juin contre les Etats-Unis auprès du Conseil de sécurité de l’Onu sur l’affaire du drone américain, entré selon l’Iran dans son espace aérien depuis une dizaine de jours. Le 20 juin, l’Iran a annoncé avoir abattu au-dessus de la mer d’Oman le drone américain qui avait violé l’espace aérien iranien. « La plainte stipule que l’Iran se réserve le droit de défendre son espace aérien et de s’opposer à toute violation », a indiqué Gholamhossein Dehghani, ministre adjoint des Affaires étrangères. Pour se défendre, Washington avait soutenu au contraire que l’appareil se trouvait dans l’espace aérien international. Cet épisode avait constitué un nouveau pic dans les tensions entre les deux pays.

Dans ces circonstances ultratendues faisant craindre un embrasement, le président américain, Donald Trump, avait évoqué la semaine dernière la possibilité d’une guerre courte contre Téhéran. En première réaction sur ces déclarations, le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a rétorqué : « L’idée d’une guerre courte avec l’Iran est une illusion ». La veille, le président iranien, Hassan Rohani, avait déclaré ne chercher la guerre avec aucun pays, pas même les Etats-Unis. Mais le président américain a ensuite mis de l’eau dans son vin, jugeant que rien ne presse pour résoudre les tensions. « Nous avons le temps. Rien ne presse, ils peuvent prendre leur temps », a déclaré le président américain au sommet du G20 d’Osaka au Japon. Des propos apaisants tranchent avec ses déclarations chocs, lorsqu’il parlait d’une guerre courte avec l’Iran.

Pour autant, l’Iran multiplie les mises en garde. En effet, Téhéran et Washington sont engagés dans une escalade verbale depuis que le président américain, Donald Trump, a décidé de retirer les Etats-Unis de l’accord de 2015 sur le nucléaire et de rétablir des sanctions contre l’Iran. De même, Téhéran avait fait connaître le 8 mai dernier son intention de se délier progressivement de ses engagements si Européens, Russes et Chinois ne l’aidaient pas à contourner les mesures américaines.

Cependant, selon les analystes, la probabilité d’une guerre reste minime. « Washington ne peut pas mener une guerre contre l’Iran maintenant, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, la Chine et la Russie soutiennent l’Iran et vont empêcher toutes tentatives de guerre pour protéger leurs intérêts. Deuxième raison, Trump essaye d’améliorer son image surtout avec l’approche des élections américaines. Autre raison, la politique de Trump consiste à éviter tout conflit direct pour ne pas subir des pertes économiques et militaires. Enfin, une éventuelle guerre déstabilisera l’ensemble de la région et menacera les intérêts de plusieurs pays. Or, les pays du Golfe, alliés des Etats-Unis, veulent éviter un embrasement », explique Dr Mona Soliman, professeure à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire.

Réunion d’urgence à Vienne

La crise actuelle et les craintes qu’elle suscite ont presque fait oublier qu’à l’origine, elle concernait l’accord sur le nucléaire iranien. C’est donc sur fond de ces tensions que les signataires de l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie) se sont rencontrés vendredi 28 juin à Vienne pour tenter de sauver l’accord de 2015. Une réunion de crise après laquelle le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré: « Il y a eu certains progrès pour aider l’Iran à surmonter l’effet du rétablissement des sanctions américaines, mais ce n’est toujours pas suffisant ». M. Araghchi et la représentante diplomatique de l’Union européenne, Helga Schmid, ont précisé que le mécanisme européen destiné à aider l’Iran à contourner les sanctions américaines, Instex, était désormais « opérationnel ». « Mais pour qu’Instex soit utile à l’Iran, il faut que les Européens achètent du pétrole iranien », a prévenu M. Araghchi. En attendant, l’Iran poursuivra son processus de désengagement graduel de l’accord nucléaire « tant que nos demandes ne seront pas satisfaites », a souligné le diplomate. De son côté, la Chine a assuré qu’elle continuerait à importer du pétrole iranien malgré les pressions américaines.

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