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Crise avec le Qatar : Le statu quo

Maha Salem avec agences, Mercredi, 13 septembre 2017

Washington et Moscou tentent, chacun de son côté, une médiation auprès des pays du Golfe pour mettre fin à la crise avec le Qatar. Des efforts pour le moment infructueux.

Crise avec le Qatar : Le statu quo
La Russie a exercé une forte pression sur les camps en conflit, surtout le Qatar et l'Arabie saoudite, pour trouver un règlement à la crise du Golfe. (Photo : Reuters)

Malgré la forte pression exercée sur les pays du Golfe, les relations entre eux demeurent suspendues et tendues. Cette semaine, les deux grandes puissances, les Etats-Unis et la Russie, ont essayé d’intervenir pour trouver une issue. Mais aussi bien les efforts de Washington que les tentatives de Moscou ont échoué, car chaque côté campe sur sa position. Juste un demi pas en avant a été signalé : l’Arabie saoudite et le Qatar ont eu un premier contact direct depuis le début de la crise du Golfe, il y a trois mois. Mais aussitôt après l’annonce, on est revenu à la case départ, Riyad se pressant de déclarer avoir suspendu les échanges, disant douter de la volonté de Doha de régler la dispute. Partageant le même avis, le ministre d’Etat émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargash, a exprimé son soutien à la décision saoudienne, accusant le Qatar d’avoir perdu une occasion, et qu’il ne clarifie pas encore sa position et que « l’inconsistance de la politique du Qatar n’aide pas à renforcer la confiance nécessaire au règlement de la crise ».

Ce développement a coïncidé avec une implication plus nette du président américain, Donald Trump, dans la recherche d’une solution à la crise inédite qui déchire ses alliés arabes. Selon la proposition du président américain, l’émir du Qatar, cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani, a appelé au téléphone le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane, pour exprimer son désir de s’asseoir à la table du dialogue et résoudre la crise. Trump a souligné l’importance pour tous les pays de tenir les engagements pris au sommet de Riyad pour maintenir l’unité afin de vaincre le terrorisme, couper le financement des groupes terroristes et combattre les idéologies extrêmes. Au début de la crise, Trump avait semblé prendre le parti de l’Arabie saoudite, où il avait effectué son premier voyage présidentiel à l’étranger en mai en exhortant le Qatar à arrêter « immédiatement » de financer le terrorisme. Récemment, le président américain a proposé sa médiation, affirmant que la crise peut tout à fait être « résolue de manière assez simple ».

Mais la réalité des choses est différente. L’Arabie saoudite a insisté qu’elle maintiendrait la pression sur le Qatar jusqu’à ce que ses demandes soient satisfaites, éloignant la perspective d’un règlement rapide de la crise du Golfe évoqué par le président américain Donald Trump. « Nous continuerons à agir et maintiendrons notre position jusqu’à ce que le Qatar réponde », a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne, Adel Al-Jubeir, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Jeddah (ouest de l’Arabie saoudite). Ce dernier était, lui aussi, venu offrir ses bons offices. Et Doha et Riyad auraient accepté une proposition russe de charger deux personnalités de chaque pays d’examiner les points en litige, sans atteinte à la souveraineté des Etats, mais aucun détail n’a été annoncé.

Nouveaux enjeux

Mais malgré ces deux médiations, le règlement de la crise ne sera pas facile, car « aucune des parties ne veut présenter des concessions », comme l’explique Dr Iman Ragab, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. « Cette fois-ci, l’enjeu c’est le rôle des Américains et des Russes, et l’influence qu’ils peuvent avoir sur les parties en conflit », dit-elle. Selon l’analyste, « ce n’est pas la première fois que les pays du Golfe se disputent, mais auparavant, ils réglaient leurs conflits et leurs différends sans médiation étrangère. Or, cette fois, le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est divisé en deux camps et chacun d’eux campe sur sa position. De même, cette fois, il y a une intervention de la communauté internationale. Certes, chaque pays cherche à protéger ses intérêts. Mais l’équilibre des forces change. Si l’Arabie saoudite est plus puissante, le Qatar a lui aussi renforcé sa position, et c’est ce qui lui permet de tenir tête à l’Arabie saoudite, aux Emirats et à Barheïn », explique Dr Iman Ragab.

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte avaient rompu, le 5 juin, leurs relations diplomatiques avec Doha. Ces pays reprochent au Qatar de soutenir des groupes extrémistes et de s’être trop rapproché de Téhéran, grand rival de Riyad, chef de file des monarchies arabes du Golfe. Ces derniers ont aussi imposé au riche petit émirat gazier des sanctions sans précédent, notamment un blocage des voies d’accès maritimes, aériennes et terrestres. Le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations en niant complètement soutenir des groupes extrémistes et accusé ces pays d’empiéter sur sa souveraineté. Les pays hostiles au Qatar exigent, avant tout dialogue, la satisfaction par Doha de 13 demandes, dont la fermeture de la télévision Al-Jazeera, accusée d’incitation contre les régimes de ces pays, la fermeture d’une base turque au Qatar, l’arrêt du soutien présumé du Qatar à des organisations « terroristes » et la réduction des relations entre Doha et Téhéran. Le Qatar, qui voit dans ces demandes une atteinte à sa souveraineté, pose, lui, comme condition au dialogue la levée des sanctions économiques qui lui ont été imposées.

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