Dimanche, 26 mai 2024
Al-Ahram Hebdo > Monde Arabe >

Syrie : Bachar en position de force

Maha Salem avec agences, Mercredi, 05 avril 2017

Alors que les prochaines négociations intersyriennes devraient se faire directement entre l'opposition et le régime, Washington a déclaré ne plus faire du départ de Bachar Al-Assad une priorité, de quoi augmenter la pression sur l'opposition.

bachar

En attendant que soit fixée la date du 6e round des négociations de paix intersyriennes, l’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a laissé planer une lueur d’espoir en déclarant que les prochaines négociations seront directes entre le régime et l’opposition. Un objectif en soi. Pourtant, les différends restent importants. Après 9 jours de négociations indirectes entre opposition et gouvernement syriens, Mistura a annoncé que des progrès croissants avaient été obtenus lors du 5e round de pourparlers à Genève, mais a reconnu que les vraies négociations de paix n’avaient pas encore commencé. « Nous avons principalement parlé de substance. Tous les invités ont été sérieux et motivés », a dit le médiateur, qui a déjà conduit 5 rencontres depuis début 2016, sans parvenir à un accord.

Mais les analystes ont estimé que ce round ressemblait à ses précédents et qu’aucun progrès n’a été enregistré. Déjà, les chefs des deux délégations ont campé sur leurs positions, accusant l’autre partie de ne pas chercher sérieusement de solution au conflit. « Je ne peux pas dire si les négociations ont réussi ou échoué », a déclaré Nasr Al-Hariri, chef de la délégation du Haut Comité des Négociations (HCN), qui rassemble des groupes-clés de l’opposition. Il a réaffirmé que toute solution politique exigeait le départ immédiat du président syrien Bachar Al-Assad et de son régime. De son côté, l’ambassadeur de la Syrie à l’Onu, Bachar Al-Jaafari, qui dirige la délégation de Damas, a reproché au HCN de se bercer d’illusion. « Ils n’ont qu’une illusion, c’est que nous leur donnions les clés et le pouvoir en Syrie », a estimé l’ambassadeur. Ces déclarations coïncident avec le changement dans la position de Washington. Ce dernier a reconnu ne plus faire du départ du président syrien une priorité et chercher une nouvelle stratégie dans le règlement du conflit en Syrie qui dure depuis six ans. Washington avait déjà modéré par le passé son insistance à chasser Bachar Al-Assad du pouvoir, mais cette prise de distance des Etats-Unis est désormais explicite. L’ambassadrice américaine à l’Onu, Nikki Haley, a affirmé vouloir travailler avec des pays comme la Turquie et la Russie, pour trouver une solution politique de long terme en Syrie plutôt que de se focaliser sur le sort du président syrien. « Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n’est plus de rester assis là, à nous concentrer pour faire partir Assad », a déclaré Nikki Haley. Partageant le même avis, le secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, avait déjà signalé cette inflexion de la diplomatie américaine. « Le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien. Notre priorité est vraiment de regarder comment on peut obtenir des résultats », a déclaré Tillerson.

La référence de ce dernier au « choix du peuple syrien » est une expression utilisée de longue date par Moscou, dont l’Administration Trump cherche à se rapprocher pour tenter d’obtenir le soutien de la Russie dans un règlement politique en Syrie. la position exprimée par M. Tillerson rejoint la ligne défendue par Moscou, l’un des principaux alliés d’Assad. Tillerson doit se rendre à Moscou le mois prochain pour une rencontre avec des dirigeants russes. L’Administration de Barack Obama avait fait du départ de Bachar Al-Assad un objectif-clé de sa politique en Syrie. Le nouveau président Donald Trump a préféré mettre l’accent sur la lutte contre le groupe Etat Islamique (EI). La diplomate a également affirmé ne pas vouloir se focaliser sur le sort de Bachar Al-Assad de la même façon que l’administration précédente.

Même si l’Administration américaine veut minimiser cette inflexion, les analystes voient dans ce changement de ton un bouleversement dans cette crise. « Les Américains vont faire plus de pressions sur l’opposition pour accepter un compromis. Il est vrai que l’opposition campe sur ses positions, mais la communauté internationale va soutenir l’opposition modérée pour l’intégrer aux négociations et accepter un compromis avec une transition politique comprenant des partisans du régime », explique Dr Mohamad Gomaa, analyste au CEPS d’Al-Ahram.

Mais pour l’heure, l’opposition syrienne continue de résister. « L’opposition n’acceptera jamais que Bachar Al-Assad ait un rôle à aucun moment », a déclaré Monzer Makhos, l’un des porte-parole du HCN qui rassemble des groupes-clés de l’opposition syrienne.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique