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Jérusalem, une ligne rouge

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 21 février 2017

Bien que Washington ait reporté son projet de transférer son ambassade à Jérusalem, les Palestiniens sont toujours inquiets et les Israéliens toujours enchantés.

Le président américain, Donald Trump, avait promis avec confiance, lors de sa campagne électorale, qu’il allait transférer à Jérusalem l’ambassade des Etats-Unis en Israël, actuellement installée à Tel-Aviv. Mais il semble aujourd’hui reculer. Ou plutôt hésiter, face à l’ampleur des conséquences d’une telle initiative. Avant de recevoir le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, mercredi 15 février à la Maison Blanche, Trump affirmait au quotidien israélien Israël Hayom (du vendredi 10 février) que s’il réfléchissait « très sérieusement » à déplacer la chancellerie américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, cette décision, « pas facile », ne serait pas encore prise. Il semble donc que la décision ait été reportée, mais pas annulée.

Car ce n’est pas chose facile. Un tel transfert mécontentera la majeure partie de la communauté internationale et enflammera le monde arabe. Trump avait enfoncé le clou en nommant, en décembre dernier, avant même sa prise de fonction, comme ambassadeur en Israël un avocat américain juif, David Friedman, partisan de la colonisation et de l’annexion par Israël de parties de la Cisjordanie occupée. Et Friedman avait alors proclamé, peu après sa nomination en décembre, sa « hâte de travailler depuis l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem ». Pourtant, il s’est contenté, jeudi dernier, de déclarer qu’il se rangerait à la décision de Trump quelle qu’elle soit.

Même si la décision n’est pas encore prise et que Washington semble hésiter, l’Etat hébreu crie victoire. En effet, pour Israël, qui considère l’ensemble de Jérusalem, y compris la partie orientale conquise et annexée en 1967 et qui devrait servir de capitale à un éventuel Etat palestinien, comme sa capitale indivisible, un éventuel transfert serait un pas vers l’imposition d’un statu quo sur Jérusalem en tant que capitale israélienne. « L’ambassade des Etats-Unis doit se trouver ici à Jérusalem » et non à Tel-Aviv, avait martelé, fin janvier, le premier ministre israélien.

Pourtant, officieusement, le transfert de l’ambassade ne semble pas être la priorité des priorités de Benyamin Netanyahu. Experts et commentateurs en Israël et aux Etats-Unis pensent plutôt qu’un feu vert, même tacite, du nouveau président américain à la poursuite de la colonisation en Cisjordanie est bien plus important dans l’immédiat (voir article page XXX). D’après le New York Times, M. Trump a d’ores et déjà reculé sur l’ambassade, M. Netanyahu ayant fait savoir qu’une décision aussi lourde en symboles — avec la réaction qu’elle provoquerait chez les Palestiniens et dans les pays arabes — n’était pas la priorité numéro un. L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a, en effet, menacé la semaine dernière de « révoquer la reconnaissance de l’Etat d’Israël le jour même » de l’éventuel transfert de la chancellerie. Et avant de quitter la tête de la diplomatie américaine fin janvier, John Kerry avait prévenu d’un risque d’« explosion absolue » au Proche-Orient. Ainsi, selon Jonathan Schanzer, vice-président du centre de recherche conservateur Foundation for Defense of Democracies, cité par l’AFP, si « les Israéliens sont évidemment favorables » à une ambassade américaine à Jérusalem, « ils veulent avancer lentement », afin de privilégier leur « premier objectif, le soutien des Etats-Unis à la sécurité » de l’Etat hébreu. Et à ce sujet, les Israéliens peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

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