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Syrie : Moscou met les bouchées doubles

Abir Taleb avec agences, Mardi, 31 janvier 2017

Les Russes ont présenté vendredi dernier un projet de Constitution syrienne. Un texte d’ores et déjà critiqué par une partie de l'opposition.

Syrie  Moscou met les bouchées doubles
Le ministre russe des Affaires étrangères a insisté que « des propositions concrètes doivent être formulées ». (Photo : AFP)

Moscou, qui fait figure aujourd’hui de principal médiateur dans le dossier syrien, veut passer à la vitesse supérieure. Quelques jours à peine après les fameuses discussions d’Astana (23-24 janvier) qui se sont achevées sur une déclaration commune sur un cessez-le-feu, les Russes ont invité l’opposition syrienne vendredi 27 janvier à Moscou. Objectif : passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire au processus politique. Une démarche qui pourtant n’a pas eu le même succès que la rencontre d’Astana. « Nous avons invité tous ceux qui veulent venir », avait annoncé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, mais seule une poignée d’opposants, sur les vingt-cinq attendus, ont répondu présent. Ainsi, le Haut Comité des Négociations (HCN) de l’opposition a décliné l’invitation, tout comme la Coalition Nationale Syrienne (CNS), la principale formation de l’opposition en exil, proche de l’Arabie saou­dite. Mais les Kurdes du parti de l’Union démocratique (PYD) étaient représentés.

La réunion ne s’est apparemment donc pas passée comme prévue. Et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, de s’im­patienter : « Le groupe de Riyad ne doit pas chercher des excuses pour faire traîner le pro­cessus », a lancé Sergueï Lavrov accusant cette branche de l’opposition « d’avancer sans arrêt de nouvelles exigences ». Le chef de diploma­tie russe a également dénoncé « l’inaction » de l’Onu qu’il juge « inacceptable ». Mais en même temps, il semble prendre le pas : Lavrov a annoncé vendredi matin le report des négo­ciations de Genève, destinées à ébaucher une solution politique. Initialement prévus le 8 février, ces pourparlers sont repoussés à la fin du mois, a indiqué le chef de la diplomatie à l’occasion de la rencontre avec les opposants syriens, à Moscou. Une information que l’Onu s’est toutefois refusée à confirmer.

Clauses controversées

Après la réunion des groupes armés syriens à Astana, la Russie voulait ainsi passer au volet politique et parler de la transition politique. « Nous sommes convaincus qu’il est temps de cesser de tourner autour du pot, et qu’il est nécessaire de se concentrer sur les questions concrètes conformément à l’ordre du jour défini par la résolution 2254, y compris les travaux sur la Constitution », a déclaré ven­dredi M. Lavrov. Destinée d’abord à faire le point sur les négociations qui ont eu lieu dans la capitale du Kazakhstan, la rencontre de Moscou avait en fait surtout pour objectif de mettre un projet de Constitution sur la table, projet qui pourrait être discuté prochainement à Genève. Ne tenant pas compte de l’absence d’une partie de l’opposition, Moscou a donc présenté son projet de Constitution. Le docu­ment rédigé par des « spécialistes » n’a pas été rendu public, mais des extraits, publiés par l’agence russe Ria Novosti, ont évoqué des clauses sensibles, notamment la disparition du mot « arabe » dans le nom du pays (la République arabe syrienne devenant la République syrienne tout court). De même, la référence à la loi islamique (charia) inscrite actuellement comme « la principale source de la loi » disparaîtrait.

Au-delà de ces points sensibles susceptibles de poser problème dans l’avenir, il semble que Moscou veuille pousser vers une solution poli­tique en Syrie, une démarche jugée précipitée par plusieurs pays occidentaux et vue comme une tentative de prendre de vitesse la nouvelle Administration américaine. Une démarche ris­quée car on y voit surtout une volonté de dicter la solution. Lors d’un point de presse, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a démenti toute intention du Kremlin « d’imposer un projet de Constitution », ajoutant qu’il « revenait aux Syriens eux-mêmes de chercher des réponses aux idées » russes. Une déclaration intervenue suite à des critiques de l’un des participants à la réunion de Moscou, qui a comparé le projet russe de Constitution pour la Syrie à la loi fondamentale d’Iraq, négociée en 2004 sous le patronage de l’administrateur américain Paul Bremer. « C’est une position malhonnête, car en Iraq, ce sont les occupants qui ont écrit la Constitution et l’ont imposée sans aucun com­promis au peuple iraqien. En ce qui nous concerne, nous faisons une proposition qui est soumise aux Syriens sans aucune tentative de leur imposer quoi que ce soit. Nous sommes convaincus avec l’expérience de ces cinq der­nières années que si on ne met pas des propo­sitions concrètes sur la table, le travail ne commence pas », a déclaré Lavrov.

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