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Liban : Le coup de théâtre

Inès Eissa avec agences, Mercredi, 26 octobre 2016

Après de longs mois de blocage politique au Liban, un accord a été conclu sur l'élection de Michel Aoun à la présidence. Une évolution surprenante qui marquera sans doute le retour de Saad Al-Hariri à la tête du gouvernement et le renforcement du Hezbollah.

Liban : Le coup de théâtre
Saad Al-Hariri a soutenu le choix de Michel Aoun à la présidence de la République. (Photo : Reuters)

La déclaration du chef du Courant du futur, Saad Al-Hariri, soutenant l’élection de Michel Aoun à la présidence du Liban, a mis fin a deux ans et demi de vacance présidentielle au pays. Aoun, candidat à la présidence depuis des années, n’a jamais renoncé a son ambition. Aujourd’hui, le coup de théâtre des forces politiques l’approche de son rêve. L’ancien premier ministre libanais, Saad Al-Hariri, a en effet annoncé jeudi qu’il soutenait son adversaire politique Michel Aoun, proche de la milice chiite pro-iranienne du Hezbollah, comme candidat au poste de chef de l’Etat. « Cette décision s’explique par la nécessité de protéger le Liban, l’Etat et le peuple mais elle dépend d’un accord », a déclaré Saad Al-Hariri lors d’une conférence de presse. Hariri, qui bénéficie du soutien de l’Arabie saoudite, Royaume sunnite en conflit indirect avec l’Iran dans plusieurs pays du Proche-Orient, espère mettre ainsi fin à l’impasse politique dans laquelle se trouve le Liban.

Cela dit, on ignore pour le moment si le général Aoun, un chrétien, sera en mesure de réunir les suffrages des deux tiers des députés nécessaires pour accéder à la présidence. Les élus doivent se prononcer le 31 octobre. « Cette alliance interchrétienne ne risque pas de raviver les tensions entre musulmans et chrétiens comme cela a été le cas pendant des décennies, car à l’époque, le panarabisme de Nasser et la cause palestinienne avaient provoqué des tensions à caractère politico-religieux », confiait à l’Hebdo Alain Aoun, député libanais et membre du Courant politique libre lors d’un entretien précédent. Selon lui, aujourd’hui, l’alliance des chrétiens ne se fait pas contre les musulmans. « Les chrétiens tiennent à garder leurs alliances avec les musulmans. Heureusement, la nature du conflit régional ne permet plus de tension islamo-chrétienne. Mais malheureusement, elle se traduit par un conflit interconfessionnel musulman ».

L’offre de Hariri était jusqu’ici impensable, mais les difficultés financières de Saudi Oger, son entreprise de BTP dont le siège se trouve en Arabie saoudite, menacent son statut de personnalité influente dans la communauté sunnite. Hariri espère retrouver les fonctions de chef du gouvernement si le général Aoun est élu à la tête de l’Etat. Quant au Hezbollah, de plus en plus renforcé, il a présenté Aoun comme le candidat ayant sa préférence et compte tirer davantage de poids dans la période à venir.

Aoun, une personnalité controversée

Michel Naim Aoun est un chrétien maronite issu d’une famille modeste. Il s’engage à l’Académie militaire comme officier cadet en 1955. En 1992, il lance par procuration un parti politique, le Courant patriotique libre, qui a comme objectif le retrait des troupes syriennes du Liban et l’instauration d’un Etat de droit. Le 16 février 2005, deux jours après l’assassinat de Rafik Al-Hariri, Michel Aoun, invité de Thierry Ardisson, affirme qu’il n’a aucun doute quant à l’implication de la Syrie dans l’assassinat de Rafik Al-Hariri. Aoun revient à Beyrouth le 7 mai 2005 après 15 ans d’exil en France et rencontre Samir Geagea à sa sortie de prison. Le 14 juin 2005, il est élu député de Kesrouan du Mont-Liban. Son bloc parlementaire comporte 21 députés après les élections. Lors de l’élection parlementaire de 2005, les listes Aoun bénéficient de l’appui de 70 % des Libanais chrétiens. Il forme un groupe parlementaire appelé Bloc du changement et de la réforme. Les relations entre le CPL et ses alliés anti-syriens se tendent et le Bloc du changement et de la réforme s’engage dans l’opposition au gouvernement du premier ministre, Fouad Siniora. Depuis le 25 mai 2014, date de la fin du mandat présidentiel de Michel Sleiman, le Liban se trouve sans président. Deux visions s’opposent, celle pour l’élection d’un président consensuel dépourvu de soutien populaire et parlementaire ; l’autre pour l’élection d’un président fort doté d’un bloc parlementaire conséquent et capable de peser sur les décisions importantes pour le pays. Cette dernière logique étant appliquée pour le chef du gouvernement et du parlement. Le général Aoun souhaite mettre fin à l’élection d’un président faible, pratiquée depuis 1982. Le 18 janvier 2016, Samir Geagea annonce, à la surprise générale, son soutien à la candidature de Michel Aoun à la présidence de la République. Cette annonce met fin à des années de rivalité entre les deux partis maronites et prédit de sa prochaine élection.

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