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La Syrie prise au piège des tiraillements internationaux

Abir Tale avec agences, Mardi, 11 octobre 2016

Russes et Occidentaux ont à nouveau étalé leurs divergences sur la Syrie au Conseil de sécurité où deux résolutions sur un cessez-le-feu, l'une française et l'autre russe, n'ont pas pu être votées.

La Syrie prise au piège des tiraillements internationaux
Selon de Mistura, si l'offensive actuelle se poursuit, Alep sera totalement détruite d'ici janvier. (Photo:AP)

Zéro partout. C’est le résultat de la réunion du Conseil de sécurité de l’Onu tenue samedi dernier en urgence pour tenter d’imposer un cessez-le-feu en Syrie. En effet, ni la proposition de résolution fran­çaise, ni celle russe, n’ont pu passer. Ce nouvel échec diplomatique, qui intervient alors qu’aucun répit n’a lieu à Alep, toujours sous le feu des bombes, est le signe flagrant du bras de fer entre l’Occident et Moscou au sujet de la Syrie. Comme au bon vieux temps de la guerre froide, la Russie a, comme elle l’avait annoncé, mis son veto samedi dernier au texte présenté par la France qui appelait à une cessation immédiate des bombardements à Alep. La proposition française a recueilli l’adhésion de 11 des 15 pays membres du Conseil de sécurité. Mais peu importe les quatre ayant voté contre, puisque c’est le veto russe qui compte. D’ailleurs, c’est la cinquième fois que la Russie utilise son droit de veto à l’Onu dans le conflit syrien.

La position russe n’était pas une surprise. Avant le vote, Russes et Occidentaux étaient déjà à couteaux tirés et des déclarations acerbes étaient lancées çà et là : le président français, François Hollande esti­mant qu’un pays qui opposerait son veto à la, réso­lution française « serait discrédité aux yeux du monde », son ministre français des Affaires étran­gères, Jean-Marc Ayrault, dénonçant « les crimes de guerre » perpétrés par le « régime syrien et ses sou­tiens », son homologue américain, John Kerry, allant plus loin en réclamant « une enquête adé­quate pour crimes de guerre ».

Dans ce contexte, il était aussi prévisible que la proposition de résolution russe ne soit pas non plus adoptée. Ce texte appelait lui aussi à « une cessation des hostilités, notamment à Alep », mais pas à un arrêt des bombardements. Neuf pays, dont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, l’ont rejeté. L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a, lui, défen­du son texte plus général en soulignant qu’il fallait dans le conflit avancer « de façon parallèle et sans condition préalable » — une allusion à la demande de cessation des bombardements. Face à ce nouveau dialogue de sourds, M. Tchourkine a voulu dédra­matiser. « Est-ce la fin de la diplomatie ? Non, c’est juste la fin d’une réunion très étrange du Conseil de sécurité », a-t-il déclaré à l’issue de la séance.

Affrontement Est-Ouest
Mais la situation actuelle dépasse de loin une simple « réunion étrange ». L’on assiste en effet à un nouvel affrontement Est-Ouest qui prend pour terrain la Syrie. En effet, la question semble désor­mais dépasser le stade de désaccords au sujet du règlement de la crise syrienne. Lors du deuxième débat présidentiel qui l’a opposée dimanche dernier au candidat républicain à la Maison Blanche, Donald Trump, la démocrate Hillary Clinton a accusé Moscou d’essayer d’influencer les élections américaines de novembre en faveur de son rival. « Jamais dans l’histoire de notre pays nous nous sommes retrouvés dans une situation où un adver­saire, un pouvoir étranger, fait tant d’efforts pour influencer le résultat de cette élection », a-t-elle dit. Deux jours auparavant, Washington avait ouverte­ment accusé Moscou d’essayer d’interférer, grâce à des piratages informatiques, dans le processus élec­toral américain. Un nouveau développement specta­culaire dans l’escalade des tensions entre les deux pays.

Et comme au bon vieux temps de la guerre froide également, les alliés de Washington suivent ses traces : le président français s’est dit se poser « encore la question » de recevoir Vladimir Poutine, étant donné « les crimes de guerre » à Alep, le pré­sident russe étant attendu le 19 octobre à Paris notamment pour prendre part à l’inauguration du Centre spirituel russe.

Alep sous les feux
Pendant ce temps, alors que les puissances mon­diales se déchirent, la situation à Alep — principal enjeu du conflit syrien, qui a fait plus de 300 000 morts depuis 2011 et provoqué la pire tragédie humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale —, est de plus en plus alarmante. Les raids et les com­bats s’y poursuivent sans répit. Les raids ont permis aux troupes pro-régime de prendre le contrôle de Jandoul, un carrefour-clé dans le nord de la ville, selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) et le quotidien Al-Watan proche du pou­voir. D’après le journal, cette avancée permet à l’armée de se positionner « à quelques mètres de plusieurs quartiers » rebelles dans le nord-est d’Alep, Hellok, Inzarat et Aïn Al-Tall étant désor­mais à découvert face à l’artillerie du régime. Selon l’OSDH, 290 personnes — des civils pour la plu­part —, dont 57 enfants, ont été tuées à Alep par des tirs d’artillerie et surtout des raids aériens du régime et de Moscou depuis le lancement de l’offensive le 22 septembre. Les insurgés répliquent aux bombar­dements en tirant sur les secteurs progouvernemen­taux des roquettes qui ont tué 50 civils, dont 9 enfants depuis le début de l’offensive, selon l’OSDH. Mais c’est surtout dans la partie Est d’Alep que la situation est la plus critique. Celle-ci a été ravagée par des bombardements d’une extrême violence, qui ont tué des centaines de personnes et détruit des infrastructures civiles, au point que l’en­voyé spécial de l’Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a averti que si l’offensive actuelle se pour­suivait, Alep-Est serait totalement détruite d’ici janvier .

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