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Maroc : L’avenir des islamistes en jeu

Maha Salem avec agences, Mardi, 04 octobre 2016

Des législatives se tiennent au Maroc ce 7 octobre. Une échéance électorale importante qui devrait déterminer la place des islamistes du PJD, au pouvoir depuis 2011.

Une trentaine de partis doivent prendre part aux législatives marocaines le 7 octobre au cours desquelles près de 16 millions d’élec­teurs sont appelés à voter pour élire leurs 394 députés parmi quelque 7 000 candidats. Il s’agit de la deuxième importante échéance électorale à être organisée selon la Constitution actuelle. Les électeurs doivent choisir entre les isla­mistes, les libéraux et la nouvelle voie, celle de gauche.

Attendues par les Marocains et la classe poli­tique, ces élections sont en premier lieu consi­dérées comme une bataille entre les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD) du chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et le Parti Authenticité et Modernisme d’inspiration libérale (PAM) d’Ilyas Elomari. Pour contrer la montée islamiste, ce dernier a fait de la défense de la femme l’un de ses grands axes de campagne, affichant son ambition de faire entrer 30 femmes dans un parlement qui en manque cruellement. Le PAM est une formation d’inspiration libérale fondée en 2008 par un proche du roi, Fouad Ali El Himma. Même si les sondages sont officiellement interdits depuis des semaines, le scrutin s’annonce d’ores et déjà comme un face-à-face serré entre ces deux for­mations politiques.

Mais, ces grands favoris doivent affronter un parti de gauche qui tente de se présenter comme une troisième voie pour échapper au face-à-face entre islamistes et libéraux qui domine le champ politique. La Fédération de la Gauche Démocratique (FGD), fruit d’une alliance scellée en 2007 entre trois formations, se veut une force alternative dont le principal credo est l’instauration d’une monarchie parle­mentaire. Dirigeant le PSU (Parti Socialiste Unifié), Nabila Mounib a choisi un slogan « Avec nous, un autre Maroc est possible » exprimant ses idées et son programme. « La partie dite conservatrice (les islamistes) a montré qu’elle était adepte, du point de vue économique, du néolibéralisme avec tous ses effets néfastes. Tandis que l’autre pôle, abusi­vement appelé moderniste, n’a jamais parlé de modernité. Ces deux parties ne répondent pas aux aspirations des Marocains, à savoir asseoir une vraie démocratie. Nous nous pla­çons entre eux, et proposons une voie qui est celle d’une vraie réforme politique, via une séparation des pouvoirs », affirme Nabila Mounib. Seule femme à la tête d’un parti poli­tique au Maroc, elle s’est fait une incontestable place sur la scène politique avec son franc-par­ler et ses formules chocs.

Benkirane hors jeu ?

Au pouvoir depuis 2011, le chef du PJD et premier ministre, Abdelilah Benkirane, aspire à ce que son parti remporte ces législatives mais aussi à garder son poste. Un espoir difficile à réaliser pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Benkirane a été critiqué au sein de son parti à cause de certaines de ses idées, refusées par les autres membres, surtout les jeunes. Deuxième raison, l’opposition marocaine a critiqué le chef du gouvernement en lui reprochant son incapa­cité à résoudre les problèmes économiques et sociaux dont souffre le pays. De même, Benkirane a été accusé de ne pas accélérer les réformes promises par les autorités. Et même si le PJD remporte à nouveau le scrutin, le roi pourra toujours choisir un membre du PJD autre que Abdelilah Benkirane pour occuper le poste de chef du gouvernement.

Mais ce qui inquiète davantage la classe poli­tique, bien plus que le nom du premier ministre, c’est l’ordre des partis gagnants. Aux dernières élections, le PJD avait remporté un succès histo­rique, dans le sillage des Printemps arabes, des contestations de rue au Maroc et d’une vaste réforme constitutionnelle voulue par le roi Mohammed VI. « En 2011, plutôt que d’égarer notre pays dans des aventures, nous avons choisi la réforme dans la stabilité », a expliqué le chef du gouvernement lors d’un meeting élec­toral. Le PJD reste la seule formation islamiste encore au pouvoir dans un pays de la région. Après cinq années aux affaires, à la tête d’une coalition faite de libéraux, de communistes et de conservateurs, il garde une réelle audience dans le pays même s’il souffre de conflits et de diver­gences qui s’aggravent de plus en plus entre les deux générations membres.

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