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Iraq : L’après-EI inquiète

Maha Salem avec agences, Mercredi, 28 septembre 2016

Soutenu par la coalition internationale, le gouvernement iraqien a promis de reprendre Mossoul aux djihadistes de l'EI d'ici à la fin de l'année. Mais d'immenses défis restent à relever avant et après la reprise de la deuxième ville du pays.

Dans une course contre la montre, l’Iraq et ses alliés préparent une offensive pour chasser le dernier bastion du groupe de l’Etat Islamique (EI) à Mossoul. Un objectif difficile à réaliser car les djihadistes y sont toujours bien implantés. En effet, selon les prévisions, la bataille de Mossoul risque de prendre plusieurs mois. Même si l’offensive finale est lancée le mois prochain, il faudra des semaines, voire des mois, avant que la ville ne tombe. Et comme d’habitude, l’EI utilisera probablement des tactiques de guérilla pour venger la perte de ses territoires. Déjà soutenues par une coalition internationale menée par les Etats-Unis qui fournit conseillers et formateurs militaires, ainsi qu’équipements et armements, les forces iraqiennes ont repris de l’EI plusieurs villes et régions autour de Mossoul pour les utiliser lors de la prochaine offensive, comme Charqat, Tikrit, Ramadi et Fallouja. « Les forces iraqiennes seront techniquement prêtes début octobre à lancer l’offensive pour reprendre la grande ville de Mossoul en Iraq au groupe Etat islamique. les Iraqiens auront dès le début d'octobre toutes les forces mobilisées, entraînées, déployées, qui sont nécessaires pour les opérations à Mossoul. Nous serons prêts à fournir tous les soutiens, tous les renforts qui seront nécessaires à ces forces pour la victoire », a affirmé le chef d’état-major interarmées américain, le général Joseph Dunford. Tout en ajoutant que « le lancement de l’opération est désormais une décision politique du premier ministre iraqien, Haider Al-Abadi ». En première réaction, Abadi a promis que la cité serait reprise d’ici la fin 2016.

Bagdad devra toutefois résoudre une multitude de défis, aussi bien politiques, militaires qu’humanitaires, avant une éventuelle victoire à Mossoul. De même, les conflits inter-confessionnels et l’implication iranienne compliquent la progression des troupes iraqiennes. Par ailleurs, la question de l’implication des milices chiites dans les forces iraqiennes a ralenti leur progression, les autorités craignant de s’aliéner la population majoritairement sunnite de la région. En effet, l’armée iraqienne, des forces de police, des groupes paramilitaires chiites alliés au gouvernement ainsi que des combattants kurdes iraqiens répondant aux autorités de cette région autonome prendront part à la bataille.

Les raisons du retard

Or, ces forces n’ont jamais mené d’opération toutes ensemble et elles n’ont pas de structure de commandement unifié. « Une organisation entre les différents camps présents est nécessaire avant de mener n’importe quelle bataille. Les différends qui existent entre ces camps sont le véritable obstacle que les autorités doivent surmonter avant la libération de Mossoul. Un certain accord sur le partage des devoirs et des droits doit être conclu avant le lancement de cette offensive », explique Dr Ibrahim Abdel-Qader, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. Selon l’analyste, « trouver une issue à ces différends constitue souvent la vraie raison pour le retard de cette offensive ».

Ceci explique la situation complexe aussi bien sur le plan politique que militaire : les combattants kurdes iraqiens joueront un rôle majeur dans l’opération. Or, ces derniers prennent leurs ordres des autorités du Kurdistan, une région autonome du nord de l’Iraq. Kurdes et gouvernement iraqien se disputent sur qui gérera certains territoires en cas de victoire à Mossoul. Un autre point épineux à résoudre sera le rôle des groupes paramilitaires chiites des Unités de la mobilisation populaire (Hachd Al-Chaabi). Ces derniers sont dominés par des milices qui répondent officiellement au premier ministre iraqien, mais dans les faits, opèrent de manière indépendante ou sous les ordres de l’Iran. Elles ont joué un rôle primordial dans la reprise de zones occupées par l’EI depuis 2014. Mais les responsables politiques sunnites s’opposent à une entrée de ces milices à Mossoul, une ville majoritairement sunnite.

Autre point épineux, environ 600 000 personnes pourraient être forcées de quitter leurs foyers lors de la bataille, selon des estimations données par des sources militaires et humanitaires. « Les agences humanitaires ont entamé une course contre la montre afin de se préparer à parer aux conséquences d’une campagne militaire sur les civils », a affirmé l’Onu.

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