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Libye : Festivités sous haute surveillance

Abir Taleb avec agences, Mardi, 19 février 2013

Le pays a célébré cette semaine le deuxième anniversaire de la révolte populaire qui a renversé le régime de Kadhafi. Aucun incident n’est venu troubler les manifestations malgré des craintes sur un possible regain de violences.

Des feux d’artifice et des chants révolutionnaires se faisaient entendre dans toutes les villes du pays pour les célébrations du 2e anniversaire de la révolution libyenne. A Tripoli, la capitale, et à Benghazi, berceau de la contestation, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans une ambiance de kermesse en agitant des drapeaux libyens sur fond de chants patriotiques diffusés par des haut-parleurs.

Pendant ce temps, les avions de chasse et les hélicoptères de l’armée survolaient le ciel de la capitale. Malgré les craintes affichées à la veille de cet anniversaire, les festivités ont eu lieu sans incident. Elles se sont toutefois déroulées sous haute surveillance et dans une atmosphère de tension, les autorités ayant mis en garde une nouvelle fois contre les tentatives des partisans de l’ancien régime de profiter de l’occasion pour « semer le chaos ».

Les services de sécurité, l’armée et d’anciens rebelles ont été mobilisés pour sécuriser les villes libyennes, où les points de contrôle ont été multipliés. Le gouvernement a fermé les frontières terrestres durant quatre jours et suspendu plusieurs vols internationaux.

Le clou des célébrations officielles a été un rassemblement, entouré d’importantes mesures de sécurité, sur la place Tahrir à Benghazi, en présence de Mohamed al-Megaryef, président de l’Assemblé nationale, la plus haute autorité du pays. Rendant hommage aux « vrais révolutionnaires », il a toutefois reconnu que le pays faisait face à de nombreux défis, notamment au niveau de la sécurité. « Le chaos sécuritaire coûte énormément au pays », en empêchant notamment le retour des sociétés étrangères qui ont quitté la Libye lors de la révolution.

Megaryef a par ailleurs promis d’accélérer la rédaction de la Constitution, ainsi que les réformes dans les domaines de la justice et d’appuyer la réconciliation nationale. Il a aussi promis de mettre fin à la marginalisation de plusieurs régions en Libye, en particulier dans l’est, et d’améliorer le niveau de vie des habitants.

Le président de l’Assemblée nationale libyenne a, en outre, souligné la « détermination » des autorités à empêcher le pays de devenir « une base pour le terrorisme ». « Le gouvernement n’épargnera aucun effort pour consolider la souveraineté, l’indépendance et la stabilité du pays », a déclaré, de son côté, le premier ministre Ali Zeidan, dans un discours à la télévision nationale, soulignant que « toutes les dispositions seront prises en faveur d’une décentralisation du pouvoir ».

Tensions latentes

En fait, les responsables libyens réagissaient aux appels à des manifestations contre les autorités, lancés par plusieurs groupes et organisations de la société civile, dont des partisans du fédéralisme dans l’est du pays, qui ont décidé finalement de reporter leurs mouvements de protestation, par crainte de violences.

Mais ce report ne cache pas la tension qui existe dans le pays. Ainsi, alors que les autorités ont réussi à garantir la sécurité le temps de ces célébrations, et ce grâce à des mesures draconiennes, elles sont loin d’avoir répondu aux attentes du peuples. A Benghazi, l’ambiance festive spontanée n’a pas empêché des manifestants de critiquer les nouvelles autorités, appelant en particulier « à corriger le processus de la révolution » et réclamant plus de décentralisation du pouvoir.

Selon les protestataires, les nouvelles autorités n’ont pas avancé dans la réalisation des « objectifs de la révolution ». Le nouveau régime a tardé, selon eux, à mettre en place une justice, à relancer l’économie et à rédiger une Constitution. Les revendications vont du « bannissement des responsables de l’ancien régime » à « la chute du (nouveau) régime », en passant par la dissolution des milices armées qui font la loi dans le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi.

Organisés en milices, les « thowar » (révolutionnaires), qui ont combattu les forces de Mouammar Kadhafi jusqu’à la mort de l’ancien dirigeant le 20 octobre 2011, sont considérés comme responsables de l’insécurité ambiante et comme une entrave au processus de reconstruction de l’Etat.

« Le dossier sécuritaire est l’un des défis auxquels fait face le pays, en particulier la prolifération d’armes et l’évasion de milliers de prisonniers » durant la révolution de 2011, estime Souleiman Azqim, expert politique, cité par l’AFP. Selon lui, « les nouvelles autorités se sont trouvées face à des revendications sociales immédiates qui les empêchent de mettre en oeuvre des stratégies économiques ou sécuritaires de moyen ou long terme ».

Malgré la tenue en juillet des premières élections libres dans l’histoire du pays, le pays n’est « pas encore mûr » au niveau politique, selon M. Azqim, après plus de 40 ans d’une dictature qui interdisait les partis politiques.

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