Lundi, 22 avril 2024
Al-Ahram Hebdo > Monde Arabe >

Syrie : Un faux cri d’alarme américain

Inès Eissa avec agences, Lundi, 20 juin 2016

L'Administration américaine tente vainement d'inciter les Russes à faire preuve de bonne volonté et de renoncer à la solution militaire en Syrie. L'option diplomatique s'éloigne cependant de plus en plus.

Syrie : Un faux cri d’alarme américain
La Syrie, appuyée par la Russie, profite de la trêve pour avancer au sol. (Photo:AP)

Face aux atermoiements des Syriens, l’Administration américaine tape du poing sur la table. Aux yeux des Américains, la Syrie, appuyée par la Russie, profite de la trêve pour avancer au sol et non pour se préparer à une solution politique. Le chef de la Diplomatie américaine, John Kerry, a mis en garde cette semaine le président Bachar Al-Assad et son allié russe quant à la nécessité de respecter la cessation des hostilités au moment où les combats redoublent de violence dans le nord de la Syrie.

En outre, les efforts du secrétaire d’Etat américain pour pousser Assad à se retirer sont sans aucun effet, et ils le resteront tant que la Russie ne veut, ou ne peut aider. « La Russie doit comprendre que notre patience n’est pas infinie. En fait, elle est même très limitée quant au fait de savoir si Assad va ou non être mis devant ses responsabilités » et faire taire les armes sous la pression de la Russie, a dit John Kerry. Les Etats-Unis sont « aussi prêts à demander des comptes aux (groupes armés) membres de l’opposition » soupçonnés d’exactions ou qui « continuent les combats en violation du cessez-le-feu », a-t-il poursuivi.

Mais les mises en garde américaines ne semblent pas, pour l’heure du moins, avoir de l’effet. Selon les analystes, Washington n’a plus la main haute en Syrie. « Les Etats-Unis ont souvent été incapables de modérer l’action des Russes en Syrie, qui sont naturellement plus influents ne serait-ce que de par leur présence sur le terrain », estime ainsi Dr Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire. « D’ailleurs, ajoute-t-il, qu’on le veuille ou non, exclure Bachar, la volonté initiale de Washington, n’est plus un objectif réalisable ». Ce qui fait que « les perspectives d’une solution politique semblent d’autant moins vraisemblables que les conditions posées par l’opposition syrienne semblent irréalistes, ces conditions ne sont pas en phase avec le rapport de force au sol ».

D’autres alliés
Outre le bras de fer russo-américain, la position américaine mécontente aussi à l’intérieur des Etats-Unis. Des diplomates américains espèrent pousser Barack Obama à revoir sa position, et ils pourraient trouver d’autres alliés à Washington. En effet, même si des progrès sont réalisés contre le groupe EI, les efforts de la CIA et du Pentagone pour tenter de maintenir l’opposition au régime syrien à flot sont chancelants. Nombreux sont ceux qui s’estiment exaspérés par le peu de résultats obtenus en Syrie avec la stratégie mise en place par Barack Obama. Cela dit, aucun changement radical n’est à attendre avant la fin de sa présidence.

Pourtant, l’Administration Obama insiste : seuls Assad, et ses alliés russes et iraniens, peuvent mettre fin au chaos. Pour contraindre le dictateur syrien à entamer de réelles négociations de paix, selon les diplomates, le président américain doit se résoudre à bombarder le régime syrien, chose qu’il était sur le point de faire à l’été 2013 avant de se raviser au dernier moment. Mais la Maison Blanche a rapidement fait savoir qu’elle n’était pas prête à amorcer un tel virage à 180 degrés. « Le président a toujours été clair : il ne voit pas de solution militaire à la crise en Syrie, et c’est toujours le cas », a indiqué Jennifer Friedman, porte-parole de l’exécutif américain.

Ainsi, Barack Obama a évité à tout prix de s’empêtrer de nouveau dans un conflit au Moyen-Orient, estimant que le principal intérêt américain en Syrie était une action antiterroriste pour démanteler le groupe Etat islamique. Cela laisse le secrétaire d’Etat John Kerry dans une position peu enviable : celle de tenter de négocier la fin d’une crise bien plus large avec très peu, voire aucun argument de poids en sa faveur.

Ses homologues à Moscou et à Damas sont également très conscients des réticences d’Obama et comme ils ont la main haute sur le terrain, ils ne voient aucune raison de négocier. Moscou semble ainsi vouloir ne laisser qu’un maigre choix au prochain président américain : traiter avec Assad, ou laisser le champ libre aux djihadistes.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique