Jeudi, 20 juin 2024
Al-Ahram Hebdo > Monde Arabe >

Majd Niazi : Nous avons tous perdu, la réconciliation est une fatalité

Ines Eissa, Mercredi, 15 juin 2016

Majd Niazi, ancienne membre du groupe de Moscou, présente aux pourparlers de Genève, et présidente du Parti national syrien (opposition de l'intérieur), donne sa vision sur les solutions possibles de la guerre en Syrie.

Nous avons tous perdu, la réconciliation est une fatalité
L'espoir est toujours légitime. (Photo : AP)

Al-Ahram Hebdo : Vu la reprise des combats sur le terrain et l’échec, jusque-là du moins, des négociations de Genève, quelles sont selon vous les perspectives de la solution politique en Syrie ?

Majd Niazi : Certes, une solution politique s’impose en Syrie. Mais le gouvernement turc d’Erdogan repré­sente un obstacle majeur à cette solu­tion en continuant de laisser passer les combattants qui traversent les frontières pour joindre les groupes armés à Alep. La Turquie met de l’huile sur le feu. Par ailleurs, je pense que l’Administration améri­caine a reporté toute issue politique jusqu’à l’année prochaine après les élections présidentielles.

— Ne pensez-vous pas que le régime syrien ait vraisemblable­ment opté pour la solution mili­taire ?

Majd Niazi,
Majd Niazi,

— Toutes les parties impliquées dans la guerre en Syrie sont persua­dées de l’impossibilité d’une solution militaire. Mais chacun profite de son côté des opérations militaires pour améliorer sa position dans les négo­ciations. Cependant, les troupes de l’Etat Islamique (EI) continuent d’agir comme des radicaux libres hors de tout contrôle, ainsi que d’autres groupuscules terroristes. Ceci impose au régime syrien de les affronter sans relâche. En outre, il s’est avéré, lors des pourparlers de Genève et ceux de Moscou, qu’une partie de l’opposition n’agit pas indé­pendamment des autres parties et des pays qui les soutiennent. Ces élé­ments rendent le cessez-le-feu prati­quement impossible.

— Quel est votre avis sur l’op­tion du fédéralisme que certains avancent comme une solution potentielle ?

— Le fédéralisme est à mon sens un système politique qui ne corres­pond ni à la répartition géogra­phique ni à la composition ethnique et sociale du pays. L’exemple du Liban où il y a une sorte de fédéra­lisme implicite a clairement démon­tré que dans notre région, il en résulte un pays paralysé et ineffi­cace. En Iraq, ce système a mené à l’effondrement du pays. Dans le cas de la Syrie, je crois que l’idée a pour objectif de permettre aux Kurdes de déclarer leur Etat indépendant au nord du pays. A présent, la majorité écrasante du peuple syrien refuse catégoriquement cette proposition qui aboutirait sans aucun doute au partage de la Syrie.

— Selon vous, les idées suggé­rant une nouvelle Constitution mettant en place un système poli­tique parlementaire sont-elles per­tinentes ?

— Nous sommes très ouverts à toutes les idées liées à la réforme constitutionnelle. La priorité de cette réforme doit être accordée à l’Etat de droit, aux libertés fondamentales et à la citoyenneté. Cependant, je pense qu’il conviendrait de maintenir le système présidentiel en limitant les pouvoirs du président et en garantis­sant le principe de la séparation des pouvoirs.

— Au cas où les pourparlers de paix aboutiraient à une solution politique, sera-t-il facile de parve­nir à une réconciliation réelle entre le peuple à même de guérir les malaises résultant de longues années de guerre ?

— Le processus de réconciliation a déjà commencé dans une bonne partie des territoires syriens. Notre peuple est de nature tolérante et pacifiste. Bien que nous ayons tous été entraînés dans cette guerre, nous avons pu garder cette conviction de la nécessité de savoir vivre ensemble. Au terme de cinq longues années de guerre, tous les Syriens ont compris que nous avons tous perdu et que la réconciliation est une fatalité. Il n’en demeure pas moins que toute réconciliation durable nécessitera le jugement des crimi­nels qui ont perpétré les atrocités.

— Aux yeux des observateurs, l’opposition de l’intérieur est considérée comme faisant partie du régime de Bachar Al-Assad. Qu’en pensez-vous en tant que présidente d’un parti politique soi-disant de l’opposition de l’in­térieur ?

— Il est normal que les Occidentaux et les pays de la région impliqués dans la guerre en Syrie essayent de brandir ces accusations à l’égard de l’opposition de l’inté­rieur puisque les partis de l’intérieur ne portent pas les armes et ne tuent pas les Syriens comme l’opposition dite de l’extérieur. Nous représen­tons une bonne partie du peuple syrien et nous sommes présents dans la plupart du territoire. A cet égard, je voudrais rappeler que les parties régionales et internationales préfé­raient que les groupes de l’opposi­tion qui portent les armes monopoli­sent la représentation de l’opposi­tion dans les pourparlers intersy­riens. Ces groupes-là sont financés et armés par ces pays, et par consé­quent, ils suivent les instructions reçues de l’étranger.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique