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Yémen : Vers la paix à pas très lents

Inès Eissa avec agences, Lundi, 30 mai 2016

Entamées à la mi-avril au Koweït sous les auspices des Nations-Unies, les négociations inter-yéménites avancent lentement alors que les affrontements au sol continuent.

Les négociations directes entre le gouvernement et les rebelles chiites houthis ont repris en fin de semaine dernière après une semaine d’interruption, lorsque la délégation gouvernementale a mis fin à son boycott en indiquant avoir reçu des garanties régionales et internationales. L’émissaire de l’Onu pour le Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, a estimé cette semaine que les parties en conflit dans ce pays étaient « plus proches » d’un accord, alors qu’il devait informer le Conseil de sécurité des pourparlers de paix en cours au Koweït. « Nous progressons vers une entente générale incluant les attentes et les visions des parties », engagées dans les négociations, a déclaré Ismaïl Ould Cheikh Ahmed dans un communiqué. « Les discussions sont devenues plus sensibles et plus délicates, ce qui nous rapproche d’un accord global », a-t-il ajouté. Selon l’émissaire, les discussions ont porté sur « des questions militaires et sécuritaires, dont les retraits et les mouvements des troupes ». « Nous travaillons actuellement à surmonter divers obstacles et à aborder des détails sur un mécanisme d’application », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef de la délégation gouvernementale, Abdel-Malak Al-Mekhlafi, a promis de faire des concessions pour favoriser la paix dans le pays. Un diplomate occidental, qui suit de près les pourparlers de paix, a également fait état d’importants progrès dans les négociations. « Beaucoup de progrès ont été accomplis (...). Nous sommes à un stade où les parties doivent faire des choix difficiles et des compromis » pour parvenir à un accord de paix, a-t-il déclaré à l’AFP.

Des déclarations qui semblent un peu trop optimistes car, malgré toute cette bonne volonté, concrètement parlant, aucun résultat tangible n’a été jusque-là obtenu par les négociations entamées au Koweït il y a près de six semaines. En effet, les Houthis ne font pas preuve de bonne volonté. Leur porte-parole, Mohammed Abdessalam, a prévenu qu’en l’absence d’un règlement, son groupe formerait un gouvernement à Sanaa. C’est-à-dire que l’on reviendrait à la case départ, avec deux forces, en l’occurrence le gouvernement légitime et les Houthis, qui se partagent de facto le pouvoir via leur contrôle sur le terrain. « Les Yéménites attendent une solution juste. En cas d’échec, les forces nationales hostiles à l’agression devront remplir le vide en formant un gouvernement pour servir le peuple », a-t-il lancé. « Et c’est justement cette intransigeance des Houthis qui, pour le moment, ne permet pas d’avancer », estime Sameh Rached, directeur de rédaction de la revue Politique internationale, selon lequel « le maximum que l’on puisse espérer aujourd’hui est une trêve pendant le Ramadan ». Et d’ajouter : « Bien que les négociations en soient à leur troisième session, les parties prenantes ne semblent pas être trop pressées d’avancer. C’est une lenteur naturelle dans ce genre de négociations d’autant plus que la situation au sol demeure gérable et que chaque partie maintient ses positions ».

« Ni gagnant ni perdant »
C’est justement sur cette réalité de « ni gagnant ni perdant » sur le terrain que se basent les belligérants pour faire le moins de concessions possible. Pourtant, seule une solution politique est à même de mettre fin à la crise. « La solution militaire n’est en aucun cas plausible, vu que le rapport de force entre les acteurs locaux et régionaux ne permet ni à l’un ni à l’autre de remporter la guerre », analyse Dr Sameh Rached. « Je privilégie l’idée qu’on finira par arriver à une forme de division du pouvoir qui sauve la face à tous les partisans, d’autant plus qu’un partage du pays n’est pas prévisible vu que l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux puissances qui s’affrontent indirectement au Yémen, semblent s’accorder sur la nécessité d’éviter toute forme de partage du Yémen », ajoute Dr Rached. Aussi l’Arabie saoudite devra-t-elle faire avec une certaine présence des Houthis au sein du pouvoir. « Riyad affirme que son intervention militaire a atteint ses objectifs initiaux. Mais, à mon sens, ce n’est pas le cas, puisque le gouvernement n’a pas pu récupérer la majorité des territoires occupés par les Houthis et que les rebelles maintiennent une puissance non négligeable sur le terrain », conclut Dr Rached .

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