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Syrie : Premier signe d’ouverture de l’opposition

Maha Salem avec agences, Mardi, 05 février 2013

Le chef de l’opposition syrienne se dit prêt à dialoguer avec certains membres du régime de Bachar Al-Assad. Al-Khatib a par ailleurs rencontré des représentants de l’Iran et de la Russie, soulevant des espoirs sur de possibles avancées vers la paix.

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(Photo: Reuters)

Pour la première fois, l’opposition a annoncé qu’elle était prête à négocier avec le régime du président syrien Bachar Al-Assad sous certaines conditions. Cette déclaration a étonné tant les alliés que les ennemis de Bachar Al-Assad au sein de la communauté internationale.

Réagissant à cette déclaration, la Russie s’est déclarée favorable à des « contacts réguliers » avec l’opposition syrienne, en saluant la volonté de son chef d’entamer un dialogue. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pour la première fois rencontré Ahmed Moaz Al-Khatib depuis que ce dernier a été élu fin 2012 à la tête de la coalition de l’opposition syrienne.

A Munich, en marge de la 49e conférence sur la sécurité internationale, le Davos de la sécurité, le ministre russe a annoncé : « Nous saluons cela. C’est un pas très important, si nous prenons en compte le fait que la coalition avait pour fondement le refus de ce dialogue ».

La rencontre entre le ministre russe et le responsable de l’opposition syrienne a eu lieu après que Lavrov s’est entretenu en tête-à-tête avec le vice-président américain, Joe Biden. Les deux hommes avaient reconnu en public que de « profondes divergences » subsistaient entre eux sur les conditions pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 60 000 morts en deux ans.

« Malgré ces désaccords, il est important pour les deux pays de travailler ensemble dans l’intérêt de la paix internationale et de la sécurité, y compris en Syrie », précise un communiqué de la Maison Blanche. M. Biden a exprimé son souhait que la communauté internationale renforce son soutien aux adversaires du régime d’Assad, qu’il a qualifié de tyran déterminé à se maintenir au pouvoir mais plus capable de diriger la nation.

« Nous travaillons ensemble, avec nos partenaires, pour qu’elle (l’opposition) devienne plus unie, plus solidaire », a déclaré le vice-président américain. Certains pays occidentaux, Etats-Unis en tête, et certains pays arabes appellent le président Assad à céder le pouvoir.

Mais M. Lavrov s’est de nouveau élevé contre cette condition préalable à tout dialogue. « L’insistance de ceux qui affirment que le départ du président Assad est la priorité numéro un est la principale raison de la poursuite de la tragédie syrienne », a déclaré le ministre russe. En revanche, il a estimé que l’on pouvait « faire des progrès » si le Groupe d’action sur la Syrie, conduit par le médiateur Lakhdar Brahimi, se réunissait de nouveau pour tenter de parvenir à des mesures de transition.

Brahimi sceptique

En première réaction aux déclarations russes, M. Brahimi n’a pas caché le fait qu’aucune solution n’était en vue et que la Syrie éclatait un peu plus chaque jour. Brahimi a de nouveau estimé que la solution devait être trouvée par le Conseil de sécurité de l’Onu et a plaidé pour la mise en place d’un gouvernement de transition qui aurait « les pleins pouvoirs exécutifs ».

L’opposition syrienne a accusé la communauté internationale d’encourager, par son inaction, le régime à poursuivre ses exactions. Cette inaction de la communauté internationale accorderait « un feu vert aux auteurs de génocide, afin qu’ils le poursuivent », estime la coalition de l’opposition dans un communiqué.

Elle a appelé le Conseil de sécurité à saisir la justice internationale pour que le président « Bachar Al-Assad et tous ceux qui ont contribué à ce massacre répondent de crimes contre l’humanité ». Mais elle n’a pas dénoncé les crimes commis par des groupes armés se revendiquant de l’opposition.

L’opposition s’insurge contre l’appel au dialogue

Mais l’initiative d’Al-Khatib a suscité beaucoup de mécontentements dans les rangs de l’opposition. Pour rappel, la coalition considère le « non-dialogue » avec Damas comme l’un de ses principes. Refusant cette initiative, Ali Al-Bayanouni, membre de la coalition nationale syrienne, explique qu’« il y a un consensus au sein de la coalition. Nous avons toujours été d’accord pour ne pas négocier avec ces criminels qui ont détruit le pays et tué des dizaines de milliers de Syriens. Après la chute du régime, nous dialoguerons avec ceux qui n’ont pas de sang sur les mains. C’est la position globale du Conseil national et de la coalition syrienne».

Moaz Al-Khatib a par ailleurs rencontré lundi 4 février le ministre des Affaires étrangères iranien. Une première qui fait suite à la rencontre avec Sergueï Lavrov. C’est aussi la première fois que Moaz Al-Khatib discute directement avec un représentant iranien.

Al-Khatib a donc négocié avec deux représentants des pays les plus proches du régime de Bachar Al-Assad et les plus opposés aux résolutions prônées par certains membres de l’Onu. Une première qui constitue un signe encourageant.

Toutefois, ces rencontres ont un objectif double. Moaz Al-Khatib a essayé d’expliquer la cause de l’opposition syrienne tandis que les Russes et les Iraniens souhaitaient le faire céder sur certaines conditions.

Liste de conditions

Mais Moaz Al-Khatib a présenté une liste de revendications. Tout d’abord, la libération des dizaines de milliers d’opposants emprisonnés ces derniers mois. On parle de 160 000 détenus, sans que ce chiffre puisse être confirmé. Il souhaite aussi la fin de la répression et la résolution du problème lié aux passeports des centaines de milliers de Syriens qui sont actuellement à l’étranger. Leurs papiers d’identité ne sont plus renouvelés, ce qui fait d’eux des clandestins.

Il a par ailleurs posé comme condition de ne discuter qu’avec un membre du régime qui n’a pas pris part aux actes de violence. Mais plusieurs conditions, notamment la fin des violences, semblent difficiles à appliquer de manière unilatérale.

Jusqu’ici, la Russie a bloqué, avec la Chine, tous les projets de résolution du Conseil de sécurité de l’Onu condamnant Bachar Al-Assad. Les autorités russes continuent de plaider pour une solution diplomatique et refusent catégoriquement toute intervention de la communauté internationale dans le conflit syrien. A cet égard, Ankara avait récemment proposé à la Russie une nouvelle formule prévoyant le départ d’Assad au premier trimestre 2013 et le passage du pouvoir, pour une période de transition, à la coalition nationale .

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