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Yémen : Les négociations peinent à commencer

Maha Salem avec agences, Mardi, 19 avril 2016

Alors que les parties en conflit au Yémen peinent à respecter la trêve, les discussions de paix, qui devaient débuter cette semaine au Koweït, ont été reportées sine die.

Yemen
Photo: Reuters

Malgré la pression de la communauté internationale sur les parties en conflit yéménites, les rebelles n’ont pas envoyé de délégation pour rejoindre les pourparlers de paix, qui devaient commencer lundi au Koweït. Ainsi, l’Onu a annoncé le report sine die des négociations. « Les négociations de paix ont été retardées. Nous travaillons pour surmonter les derniers défis et demandons aux délégations de montrer de la bonne foi et de participer aux négociations, afin de parvenir à un règlement pacifique », a indiqué, lundi, le médiateur de l’Onu, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, sans annoncer de nouvelle date pour le lancement des pourparlers.

Les rebelles houthis se plaignent de violations saoudiennes de la trêve instaurée le 10 avril à minuit au Yémen. Des accusations niées par l’autre camp. A son tour, le gouvernement accuse les rebelles de violations du cessez-le-feu. A la veille des négociations, le médiateur de l’Onu avait confirmé, devant le Conseil de sécurité, qu’un nouveau round de négociations interyéménites s’ouvrirait lundi (18 avril) au Koweït, en dépit de certaines violations de la trêve.

Mais il semble que les rebelles ont besoin de plus de garanties pour venir à la table de négociations, lesquelles exigent des compromis difficiles. Concrètement parlant, l’une des principales divergences porte sur la mise en oeuvre de la résolution 2 216 de l’Onu, qui prévoit le retrait des rebelles de toutes les zones qu’ils occupent, y compris la capitale, la restitution des armes lourdes à l’Etat et la relance du processus politique. Selon l’Onu, les négociations de paix devraient être basées sur cinq grands sujets : le retrait des milices et des groupes armés, la restitution des armes lourdes à l’Etat, des arrangements de sécurité, le rétablissement des institutions de l’Etat et la reprise d’un dialogue politique inclusif, en plus de la création d’une commission spéciale pour les prisonniers et les détenus. Selon les déclarations du ministre yéménite des Affaires étrangères, Abdel-Malak Al-Mekhlafi, lundi dernier, les Houthis peuvent être des partenaires du processus politique dès lors qu’ils auront déposé les armes. Mais il a insisté sur le fait que les négociations seront difficiles. « Nous ne nous attendons pas à ce stade à un accord total. Il reste encore beaucoup de travail pour garantir le plein respect de la cessation des hostilités et les discussions de paix au Koweït », a reconnu Abdel-Malak Al-Mekhlafi. Avis partagé par plusieurs responsables yéménites. Le premier ministre yéménite, Ahmad Bin Dagher, a affirmé qu’« il faudra des compromis difficiles de la part de toutes les parties, du courage et de la détermination. Nous voulons une paix durable au Yémen où les armes seront exclusivement aux mains de l’Etat », a affirmé Bin Dagher.

Privilèges aux Houthis

« Il faut d’abord reconnaître que les négociations restent toujours difficiles. Mais le point positif est que toutes les parties sont désormais convaincues que s’il n’y a pas d’accord, les combats vont durer éternellement. Or, les pertes sont devenues trop importantes et le conflit de plus en plus coûteux, d’où l’urgence d’une solution », explique Moatez Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. Et d’ajouter : « Les cinq questions qui forment le point de départ correspondent à des revendications des deux côtés. C’est déjà ça. Mais de vraies concessions doivent être présentées par tous les belligérants ». Selon l’analyste, « il y a déjà un accord tacite qui donne aux rebelles des avantages et des privilèges pour qu’ils acceptent de rester à la table des négociations. Des privilèges comme un partage des richesses et du pouvoir, autrement dit, une participation dans le gouvernement, le parlement et les institutions de l’ Etat ».

Ceci s’explique par le fait que la coalition arabe avait sous-estimé la puissance des Houthis. Par ailleurs, la montée en puissance de groupes djihadistes armés a compliqué la situation. « Il faut noter que l’Arabie saoudite entendait réaliser une victoire par conflits interposés sur les Iraniens, ce qu’elle n’a pas pu faire en Syrie puis au Yémen. Au début, l’Arabie saoudite pensait qu’elle gagnerait la guerre facilement, ce qui lui permettrait par la suite d’exercer des pressions sur l’Iran et la communauté internationale à propos du conflit syrien. L’Arabie saoudite voulait avoir un rôle plus important et plus influent que l’Iran dans la région. C’est sa vraie priorité. Or, le conflit a déstabilisé la région avec en toile de fond la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran, d’une part, et le développement des groupes djihadistes, d’autre part », explique l’analyste.

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