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Libye : L’arme de l’argent

Maha Salem avec agences, Lundi, 11 avril 2016

Une semaine après son arrivée surprise à Tripoli, le premier ministre désigné du gouvernement d'union, Fayez Al-Sarraj, a réalisé un important succès avec le ralliement des autorités rivales ainsi que d'institutions économiques.

Libye : L’arme de l’argent
Les Libyens ont manifesté pour soutenir le nouveau gouvernement d'union nationale. (Photo : AFP)

Pour soutenir le nouveau gouvernement d’union nationale libyen, des responsables d’organisations internationales et régionales et des représentants de pays arabes et occidentaux sont réunis depuis mardi dernier pour trois jours à Tunis. « L’objectif de cette réunion est de permettre au gouvernement d’union nationale de définir ses objectifs et ses priorités grâce au soutien international », a indiqué le communiqué de la Mission des Nations-Unies pour la Libye (UNSMIL). Et le communiqué du ministère tunisien des Affaires étrangères a détaillé que 15 institutions financières et organisations internationales et régionales, ainsi que 40 pays arabes et occidentaux participent à la réunion pour trouver des moyens pour soutenir le nouveau gouvernement.

Il s’agit donc d’un soutien politique mais aussi financier dont le but est de consolider le pouvoir du nouveau gouvernement d’union nationale qui, après bien des difficultés, a réussi à s’installer à la capitale Tripoli. En effet, quelques jours avant la tenue de la conférence, le parlement de Tobrouk en Libye reconnu internationalement a finalement déclaré qu’il apporterait sa confiance au gouvernement d’union nationale. Un pas attendu, car, dans un premier temps, son chef avait refusé de céder le pouvoir. Il a fini par accepter suite aux pressions occidentales. Ceci est considéré comme un pas important : ce parlement de l’est est la seule institution légitime qui peut adouber officiellement le gouvernement d’union, sur la base de l’accord interlibyen signé au Maroc en décembre 2015.

Dans le même temps, après plusieurs tergiversations, l’autre camp, le parlement libyen non reconnu basé à Tripoli, a cédé le pouvoir au gouvernement d’union nationale. Cette annonce a coïncidé avec la visite dans la capitale libyenne de l’émissaire de l’Onu, Martin Kobler, qui tentait de convaincre ces derniers jours les autorités basées à Tripoli de laisser s’installer le gouvernement du premier ministre désigné, Fayez Al-Sarraj.

La communauté internationale, inquiète de cette instabilité en Libye, par où transitent des milliers de migrants vers l’Europe, a donc gagné un premier point en imposant aux deux autorités rivales ce gouvernement d’union. L’objectif étant d’établir une autorité unique et représentative. Pour parvenir à ses fins, l’Union Européenne (UE) a utilisé l’arme de l’argent. Elle a adopté des sanctions contre trois poids lourds des deux autorités rivales qui se disputent le pouvoir en Libye. Ces mesures, comme l’interdiction d’entrée dans l’UE et le gel des avoirs, visent les présidents des parlements de Tobrouk (est), Aguila Saleh, et de la capitale, Nouri Abou-Sahmein, ainsi que le chef du gouvernement de Tripoli, Khalifa Ghweil. Ces sanctions ont été accompagnées d’autres mesures de pression exercées par la communauté internationale.

Outre les deux autorités rivales, des institutions-clés libyennes comme la Banque Centrale et la Compagnie nationale pétrolière ainsi que les municipalités de villes de l’ouest et du sud libyens ont annoncé leur soutien au gouvernement d’union nationale. En effet, la Compagnie nationale de pétrole (NOC), une entreprise publique, basée à Tripoli et qui gère le secteur pétrolier et gazier en Libye, a toujours bénéficié de la reconnaissance de la communauté internationale même si elle dépendait des autorités non reconnues contrôlant la capitale depuis l’été 2014.

Dos au mur
Ainsi, ces importants ralliements au niveau financier, économique et politique ont mis dos au mur le gouvernement de Tripoli, mais aussi celui basé dans l’est du pays. Profitant de ce soutien et pour renforcer son pouvoir, le nouveau gouvernement a ordonné à toutes les institutions et tous les ministères d’utiliser son logo. Outre cette mesure symbolique, il leur a surtout intimé l’ordre d’obtenir son feu vert pour effectuer toute dépense. Il compte pour cela sur la Banque Centrale en lui ordonnant de geler tous les comptes appartenant à des ministères et des institutions publiques que ce soit celles de l’est du pays ou de Tripoli. Celle-ci tient les cordons de la Bourse depuis des années, alimentant les autorités rivales.

En déposant les clés des finances libyennes entre les mains du chef du gouvernement d’union, Fayez Al-Sarraj, ce gouvernement va ainsi pouvoir contrôler les avoirs et les revenus libyens à l’intérieur comme à l’étranger. « En obtenant tous les pouvoirs financiers et pétroliers avec le soutien de l’Occident, ce nouveau gouvernement peut être suffisamment puissant pour contrôler le pays. Il peut tout faire avec les avoirs de ces rivaux, ce qui les poussera à suivre ses ordres. Pour la première fois, la communauté internationale a trouvé la bonne solution et a choisi les armes convenables pour obliger tous les camps à céder et à se soumettre à ses souhaits. En effet, ce ne sont pas seulement les deux autorités rivales qui vont se soumettre mais aussi les milices et groupes armés, car ils n’auront plus de sources de financement », explique Dr Ayman Chabana, professeur à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire.

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