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Hind Kabawat : Le régime de Assad n'est plus soutenu par les Russes

Inès Eissa, Mardi, 22 mars 2016

Hind Kabawat
Hind Kabawat, membre du Haut comité pour les négociations (opposition) présent à Genève.

Al-Ahram Hebdo : On dit souvent que le régime de Bachar Al-Assad tire profit de la division de l’opposition. Pensez-vous que la délégation représen­tant l’opposition à Genève soit assez homogène pour lui permettre de parler d’une seule voix, au nom de tous les Syriens ?

Hind Kabawat : On a reproché à la déléga­tion de l’opposition d’être très diverse, très hétérogène : c’est précisément parce qu’elle représente le peuple syrien, qui est un peuple divers. Nous n’avons pas cherché à établir une délégation « homogène », mais une délé­gation qui représente le mieux possible les Syriens. De même, on nous a reproché d’inclure dans la délégation des représen­tants des factions armées. Mais à quoi servirait une délégation qui n’aurait aucun contact avec les combattants sur le terrain et donc aucune influence sur eux ? Notre délégation est diverse, rassemble des gens très différents, et c’est justement ce qui fait sa force.

— Cela dit, les Kurdes sont sous-représentés à Genève ...

— Le HNC (ndrl : Haut Comité pour les Négociations, principal groupe d’op­position présent à Genève) comprend des représentants kurdes qui prennent la parole lors des négociations pour défendre la situation des Kurdes dans le cadre d’une Syrie démocratique et vivant en paix.

— La déclaration des Russes de reti­rer leurs troupes est intervenue de manière inattendue juste avant le lan­cement des pourparlers de Genève. A-t-elle un impact direct ou concret sur ces négociations ?

— La décision russe donne de toute évidence une nouvelle tournure au pro­cessus de transition démocratique. Cette décision démontre en effet que le régime d’Assad n’est plus soutenu par les Russes comme il l’était jusqu’alors. Cela montre aussi que le conflit syrien est com­plexe et évolutif : ceux qui font des prédic­tions simples se trom­pent.

— Les Russes pen­chent pour une solu­tion qui transforme­rait la Syrie en Etat fédéral. Qu’en pen­sez-vous ?

— C’est une propo­sition que nous avons collectivement criti­quée.

— Ce refus résulte-t-il des risques de voir deux Etats, l’un laïque et ouvert, et l’autre islamique et rigoureux, en plus d’un Etat kurde ?

— C’est peut-être ce que certains ont en tête. De notre côté, nous travaillons pour une Syrie unie.

— Dans les conditions actuelles, y a-t-il des chances que les pourparlers de Genève aboutissent à un accord viable ?

— Nous pensons que la possibilité d’un accord viable n’a jamais été aussi proche. Nous travaillons avec toute notre énergie pour aboutir à un tel accord. Je crois que la communauté internationale travaille aussi dans ce sens. Beaucoup de sujets sur lesquels il n’y avait pas de consensus sont maintenant acceptés par tous. Nous avançons.

— Quelles sont les options de l’oppo­sition au cas où le régime syrien s’obs­tiendrait sur l’option militaire ?

— Cette obstination serait suicidaire, et le régime syrien le sait. Notre seule option est la discussion diplomatique. Nous ne voulons pas entrer dans l’esca­lade brutale proposée par le régime et qui a déjà fait tant souffrir le peuple syrien. Nous avons démontré notre volonté de respecter la trêve et de la faire respecter. Les armes ne seront pas la solution pour la Syrie. Le retrait russe va exactement dans ce sens. Le régime syrien ne pourra pas continuer à le nier.

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