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Gamal Soliman : Je ne peux pas me permettre d’être optimiste

Ines Eissa, Mardi, 02 février 2016

Gamal Soliman, célèbre acteur en Syrie, membre du groupe de l’opposition modérée du Caire, apporte son analyse des pourparlers intersyriens qui ont commencé cette semaine à Genève.

Gamal Soliman
Gamal Soliman

AL-AHRAM HEBDO : Quelle est la position du groupe de l’opposition du Caire à l’égard des pourparlers de Genève ? Le groupe est-il représenté ?

Gamal Soliman : Le groupe du Caire est fondé sur le principe que la solution en Syrie doit être politique et dans le cadre de la légalité internationale, c’est pour cela que nous soutenons la déclaration de Genève 1 stipulant la formation d’une autorité de transition et non un gouvernement de transition. Une autorité qui disposerait d’un pouvoir entier. Dans ce contexte, nous avons soutenu les ententes de Vienne qui ont défini les grandes lignes de l’objectif des négociations de Genève, à savoir : l’unité du territoire syrien, l’identité, la démocratie de l’Etat et le refus du confessionnalisme dans le respect de la diversité ethnique, culturelle et religieuse, ainsi que le respect des droits de la femme. En effet, les conclusions des deux conférences du Caire vont de pair avec les principes de Vienne. C’est pour cela que nous soutenons le processus de Genève. Quant à la représentation du groupe, hélas, l’invitation n’a pas été adressée au groupe en sa capacité, mais certains membres ont été invités à titre personnel.

— Et pour quelle raison le groupe n’at- il pas été invité ?

— Le groupe du Caire a été formé il y a presque un an avec une plateforme basée sur les principes qui plaident pour la démocratisation de la Syrie, la lutte contre le terrorisme et le refus du régime actuel avec ses politiques cruelles et répressives. Le groupe du Caire a la conviction que les politiques du régime syrien ont affaibli le pays et ouvert la voie à une guerre par procuration sur le territoire syrien en dépit de tous nos efforts pour faire connaître les idées du groupe. Force est de constater que la majorité des pays influents nous ont ignorés, mais le groupe a tout de même réussi à être reconnu comme l’un des acteurs influents, et les conclusions des conférences du Caire ont été reprises par le communiqué de Vienne ainsi que la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

— Considérez-vous que le groupe du Caire continue d’exister ou bien que son rôle a été diminué par les pourparlers de Genève ?

— Notre rôle reste indispensable d’autant plus que le groupe comprend des personnalités et des forces politiques indépendantes et fidèles au principe d’union nationale et de démocratie. Ainsi, nous considérons que notre rôle est indispensable pour accompagner le processus politique de Genève.

— Peut-on considérer que la délégation de l’opposition syrienne à Genève est représentative de tous les courants du peuple syrien ?

— En réalité, plusieurs délégations représentent la majorité des courants politiques syriens. Malheureusement, je pense que cette délégation manque d’homogénéité.

— Pensez-vous qu’un accord de cessez- le-feu est possible sans la participation des groupes islamistes extrémistes armés ?

— Les groupes islamistes armés sont un obstacle majeur, mais ils ne sont pas les seuls à entraver la conclusion d’un accord de cessez-le-feu, puisqu’il existe plusieurs autres groupes armés qui n’acceptent pas de déposer les armes sans avoir la certitude de l’existence de vraie perspective de démocratie et de liberté en Syrie. Au cas où les participants aux pourparlers de Genève s’accorderaient sur une solution solide et crédible, les groupes armés seraient isolés et dans l’obligation de se soumettre face à un Etat syrien représentatif, démocratique et légitime.

— Les négociations actuelles pourraient- elles aboutir à un partage de la Syrie ?

— Les craintes d’un partage sont tout à fait légitimes d’autant plus que cette semaine marque le centenaire des accords de Sykes-Picot qui ont défini les frontières de nos pays. Mais à mon avis, le partage est une option improbable en raison de l’effet contagieux que cela provoquerait dans toute la région, au détriment de la stabilité mondiale.

— Croyez-vous que l’entente entre les puissances internationales et régionales est assez mûre pour apporter une solution politique en Syrie ?

— En apparence, les propos de tous les partisans à Genève sont rassurants, mais au fond, on peut détecter des tensions qui pèsent sur l’ambiance générale. Et par conséquent, je ne peux pas me permettre d’être optimiste. En bref, les acteurs majeurs sur la scène ne semblent pas assez fatigués pour faire les concessions nécessaires. Pourvu que les jours à venir apportent des changements dans le bon sens.

— Qu’en est-il du peuple syrien ? Sera-t-il capable, dans le cas d’un accord politique, de surmonter les lourds ravages économiques et sociaux d’une guerre qui a duré 5 ans ?

— Le peuple syrien est capable de surmonter ces ravages, mais cela reste conditionné par un règlement politique qui aboutit à un Etat de droit régi par une Constitution qui permettrait aux Syriens d’obtenir leurs droits légitimes. Par ailleurs, la non-ingérence en Syrie des pays qui s’affrontent en ce moment sur son territoire est un préalable absolu pour surmonter ces ravages.

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