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Genève 3, un processus laborieux

Inès Eissa avec agences, Mardi, 02 février 2016

Les négociations intersyriennes ont commencé cette semaine à Genève dans une atmosphère tendue. La méfiance entre régime et opposition pèse lourdement sur les chances d'aboutir à un accord.

Genève 3, un processus laborieux
L'émissaire de l'Onu, Staffan de Mistura, lors d'une conférence de presse à Genève pour les négociations intersyriennes.

Après un long bras de fer entre l’opposition et le régime syrien, les deux camps ont finalement accepté de se réunir lundi à Genève pour participer à des discussions séparées avec l’Onu, qui tente de trouver une issue négociée à la guerre en Syrie. Parallèlement, la guerre verbale bat son plein. L’opposition multiplie ses accusations envers Damas qu’elle accuse de tuer son peuple. « Nous sommes venus à Genève pour obtenir un répit pour notre peuple. Nous soutenons la mise en oeuvre de la résolution 2 254 du Conseil de sécurité de l’Onu, autrement dit, la mise en place d’une aide humanitaire, la levée des blocus imposés aux villes et la fin des attaques contre les civils », a déclaré Salim Al-Mouslat, porte-parole du Haut Conseil des Négociations (HCN) qui, dès son arrivée à Genève samedi, avait menacé de repartir. Il a finalement décidé de rester « au moins trois ou quatre jours » dans la capitale suisse, pour donner une chance au processus, selon l’un de ses porteparole.

« Nous intensifions nos efforts pour faire en sorte qu’une initiative soit mise en place, afin de mettre un terme aux souffrances en Syrie », ajoute Salim Al-Mouslat. Mohamed Aloush, représentant du groupe armé syrien Jaïch Al-Islam (armée de l’islam) — considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement syrien et son allié russe — a déclaré que sa participation avait pour but de prouver au monde entier le « manque de sérieux du régime syrien ».

Le HCN l’avait nommé le 20 janvier à la tête de la délégation de l’opposition, mais son absence à Genève le week-end dernier avait semé des doutes sur son éventuelle participation. Pour le régime syrien, cette opposition est composée de « terroristes ». Djihadistes ou groupes rebelles, tous se valent. Son représentant à Genève, l’ambassadeur Bachar Al-Jaafari, a également jugé que l’opposition n’était ni sérieuse, ni crédible. « Les participants ne donnent jusque-là aucun signe de bonne volonté », a confié à l’Hebdo une source diplomatique proche des négociations et qui a requis l’anonymat.

Selon cette source, le processus de Genève dans l’état actuel des choses « risque de s’effondrer à tout moment ». « Bien que les Américains et les Russes semblent faire vouloir avancer le processus à tout prix, les principaux protagonistes, régionaux et nationaux ne semblent pas encore décidés à faire les concessions nécessaires », ajoute la source. Les conférences précédentes sur la Syrie, Genève 1 et Genève 2 — la dernière remontant à deux ans — n’avaient donné aucun résultat sur le terrain. Le bilan reste lourd : la guerre civile a fait en Syrie au moins 250 000 morts et 10 millions de déplacés ou de réfugiés depuis mars 2011. Visiblement lassés par ce statu quo, les deux prédécesseurs de Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’Onu, Kofi Annan puis Lakhdar Brahimi, avaient renoncé à leurs fonctions après l’échec des conférences de paix organisées à leur initiative.

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