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Syrie : Nouvelle impasse

Inès Eissa, Lundi, 25 janvier 2016

Les pourparlers de paix entre le régime et l'opposition syrienne, qui devaient avoir lieu le 25 janvier à Genève, ont été reportés au 29 en raison de divergences sur la composition de la délégation de l'opposition.

Syrie : Nouvelle impasse
Les forces du régime syrien ciblent les provinces nordiques d'Alep, alors que le début des négociations à Genève approche. (Photo:AFP)

Des discussions entre le régime syrien et l’opposition, sous l’égide des Nations-Unies, qui devaient commencer lundi 25 janvier à Genève ont été reportées de quelques jours, a annoncé l’Onu. La délégation de l’opposition syrienne, formée par Riyad, est en effet sujette à controverse. La Russie et des opposants syriens (ne faisant pas partie de la délégation) ont critiqué la composition de celle-là. C’est la deuxième fois depuis le début de la guerre il y a cinq ans que des pourparlers sont organisés entre le régime et l’opposition syrienne.

Les précédentes négociations (janvier-février 2014) s’étaient achevées sans résultat concret et, depuis, le conflit est devenu plus complexe avec la multiplication des acteurs impliqués et la montée en puissance du groupe djihadiste Etat Islamique (EI) sur un territoire de plus en plus morcelé.

La Russie ne voit pas d’un bon oeil la nomination à la tête de la délégation de l’opposition syrienne de Mohamed Allouche, chef du groupe rebelle islamiste pro-saoudien Jaïch Al-Islam, qualifié de « terroriste » par le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. La nomination de Allouche a aussi été critiquée par des opposants syriens qui refusent d’être représentés par un membre d’un groupe armé. Selon le quotidien syrien, Al-Watan, M. Lavrov a proposé à son homologue, John Kerry, que la délégation doit être constituée pour moitié de membres désignés par la coalition de l’opposition et pour l’autre de représentants désignés par Moscou. « Moscou n’acceptera à aucun prix une délégation composée uniquement des membres désignés par Riyad », a ajouté le journal alors que la coalition de l’opposition a affirmé qu’elle refuserait tout changement ou ajout à sa délégation. Haytham Manna, figure de l’opposition, a dénoncé aussi la présence à la tête de la délégation de Allouche, qu’il qualifie de « criminel de guerre ».

Le régime, quant à lui, a annoncé que sa délégation serait menée par le vice-ministre des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, et l’ambassadeur de Syrie à l’Onu, Bachar Jaafari. Elle comprend en outre trois diplomates et huit juristes. « Il est invraisemblable que les parties prenantes puissent s’accorder sur une liste commune qui représente l’opposition », estime l’écrivain et politologue égyptien, Nabil Sobhi.

« Nous sommes confiants »
Et d’ajouter : « D’une part, l’Arabie saoudite voudrait une délégation majoritairement dominée par les représentants des groupes militaires armés, alors que d’autre part, la Russie veut plutôt l’opposition syrienne qui ne porte pas les armes ».

Des négociations de paix intersyriennes ont également été évoquées par John Kerry lors de sa visite cette semaine en Arabie saoudite, farouche adversaire du régime syrien. A Riyad, le secrétaire d’Etat s’est entretenu avec le coordinateur général de la coalition de l’opposition syrienne, Riyad Hijab. « Nous sommes confiants qu’avec de la bonne volonté dans les prochains jours, ces discussions (à Genève) vont pouvoir commencer », a dit M. Kerry.

Il a par ailleurs annoncé que le groupe international de soutien à la Syrie, composé de 17 pays — dont les Etats-Unis et la Russie, selon le processus dit de Vienne —, se réunirait « immédiatement après la conclusion du premier cycle de discussions indirectes à Genève entre régime et opposition ». Kerry a en outre souligné les « divisions au sein de la communauté internationale au sujet de l’avenir de Bachar Al-Assad ». Selon lui, le président syrien est un « aimant qui attire des djihadistes ». Et ces derniers « continueront de venir (en Syrie) tant que lui (Assad) ou ses soutiens affirmeront qu’il fait partie de l’avenir », a-t-il jugé.

De leur côté, les factions armées rebelles syriennes ont dit qu’elles tenaient le gouvernement de Bachar Al-Assad et la Russie pour responsables de tout échec des négociations de paix, avant même le début des réunions prévues à Genève.

L’opposition syrienne demande un arrêt des raids aériens menés par l’aviation russe et une levée des sièges imposés à plusieurs régions par les forces pro-Assad comme les préalables à toute discussion. « Le régime d’Assad et son allié russe seront responsables de tout échec du processus politique en raison de leurs crimes de guerre et des bombardements des zones civiles », affirment une dizaine de factions rebelles dans un communiqué. Près de cinq ans après le soulèvement de mars 2011, la situation en Syrie ne laisse entrevoir aucune issue à l’horizon .

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