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Syrie : Double offensive militaire et diplomatique

Maha Salem avec agences, Lundi, 09 novembre 2015

Parallèlement à leurs activités militaires en Syrie, les Etats-Unis et la Russie pilotent un processus diplomatique pour tenter de dessiner les contours d'une transition politique dans ce pays. Mais les divergences persistent sur le sort à réserver à Bachar Al-Assad.

Syrie
La secrétaire d'Etat adjointe, Patterson, a estimé que depuis le début des frappes russes, au moins 120 000 Syriens ont été déplacés. (Photos : AP)

L’émissaire de l’Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, doit évoquer dans les jours à venir devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies les dis­cussions qu’il a tenues à Damas, Moscou et Washington sur la crise syrienne. M. de Mistura a rencontré les acteurs-clés pouvant avoir de l’influence sur la crise syrienne, avant une nouvelle réunion prévue à Vienne à la mi-novembre entre les Etats-Unis, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Russie. Il doit s’exprimer ce mercredi devant les 15 membres du Conseil de sécurité. Lors de la pre­mière réunion à Vienne la semaine dernière, les participants avaient appelé l’Onu à réunir gouvernement et opposition syriens pour trouver un accord sur une transition politique, qui mènerait à une nouvelle Constitution et des élections.

A cet égard, des membres du gou­vernement syrien et des représen­tants de l’opposition pourraient se rencontrer à Moscou la semaine pro­chaine, a annoncé le vice-ministre russe des Affaires étrangères. « La semaine prochaine, nous inviterons les représentants de l’opposition pour une consultation à Moscou. La réunion se fera peut-être avec la participation de représentants du gouvernement », a déclaré Mikhaïl Bogdanov, sans préciser quels membres de l’opposition pourraient y participer.

Après avoir exclu dans un premier temps tout dialogue avec les compo­santes de l’opposition qui exigent la destitution du président syrien Bachar Al-Assad, son grand allié dans la région, la Russie fait désor­mais montre de plus de souplesse. En outre, la Russie a souhaité que l’op­position syrienne participe aux dis­cussions et a remis à l’Arabie saou­dite une liste où figurent les noms de 38 personnalités. Il s’agit pour l’es­sentiel de membres ou d’anciens membres du Conseil National Syrien (CNS), organe qui se veut représen­tatif de l’opposition soutenue par les puissances occidentales. Parmi eux figureraient Khaled Khodja, prési­dent du CNS, et Moaz Al-Khatib, l’un de ses prédécesseurs. Il y aurait également des représentants des Frères musulmans et d’un mouve­ment chrétien démocrate. Khaled Khodja a accusé la semaine dernière la Russie d’intervenir militairement en Syrie pour renforcer le pouvoir de Bachar Al-Assad et non pour com­battre l’Etat Islamique (EI).

Une accusation partagée par les Etats-Unis qui ont accusé Moscou de chercher à renforcer le régime de Bachar Al-Assad plutôt que de viser les groupes djihadistes. Ainsi, Washington a estimé que l’interven­tion militaire russe en Syrie avait « dangereusement exacerbé » le conflit dans ce pays.

Guerre par intérim

« La guerre en Syrie est devenue une sorte de guerre entre les grandes puissances. Chaque camp essaye de soutenir son allié pour qu’il s’ac­croche à sa position. Chaque partie vise à obtenir plus d’avantages pour avoir le poids le plus pesant, le plus lourd au cours de nouvelles négocia­tions. Alors, chaque camp essaye de réaliser le plus de gains possible pour imposer ses conditions à la partie adverse », explique Dr Rabha Allam, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Cette analyse semble expliquer les critiques américaines contre la cam­pagne aérienne lancée le 30 sep­tembre dernier par la Russie, alliée du régime Assad. La secrétaire d’Etat adjointe pour le Proche-Orient, Anne Patterson, a estimé que « depuis le début des frappes russes, au moins 120 000 Syriens ont été déplacés, conséquence des offensives du régime appuyées par les frappes russes dans les villes de Hama, Alep et Idleb », a déclaré Patterson devant la commission des Affaires étran­gères de la Chambre des représen­tants du Congrès.

Ces chiffres avaient été donnés la semaine dernière par l’Onu sans que l’organisation montre la Russie du doigt. Mais c’est la première fois que Washington les reprend à son compte et accuse directement Moscou. A cet égard, les Etats-Unis pourraient déployer plus de troupes en Syrie pour combattre le groupe Etat isla­mique si Washington peut trouver davantage de forces locales dési­reuses et capables de lutter contre les djihadistes. Selon le secrétaire améri­cain à la Défense, Ashton Carter, « c’est important, car on apporte tout le poids de notre savoir-faire aux forces locales qui vivent dans la région, et quand elles auront infligé une défaite à l’Etat islamique, elles peuvent rétablir une vie normale, et les Américains peuvent alors rentrer chez eux », a déclaré Carter, en ajou­tant : « Nous allons les aider, les combattants contre l’Etat islamique, et nous verrons. Si leur nombre gran­dit et si nous trouvons plus de groupes désireux de se battre contre les djihadistes, qui sont capables et motivés, nous ferons alors plus pour les aider ».

Les Etats-Unis avaient, ces der­niers mois, reconnu que leurs forces spéciales avaient mené des raids en territoire syrien, mais n’y avaient jamais stationné de troupes. L’engagement armé russe aux côtés du régime Assad a obligé les Etats-Unis et leurs alliés à revoir leur stra­tégie, qui faisait jusqu’alors du départ d’Assad l’une des conditions préalables à un accord de paix durable.

La décision d’engager les forces spéciales va rendre la coopération entre les forces armées américaines et russes d’autant plus importante.

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