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Yémen : Statu quo militaire et négociations hypothétiques

Sabah Sabet avec agences, Mercredi, 04 novembre 2015

La force de la coalition arabe au Yémen dirigée par Riyad a annoncé que les opérations anti-houthi touchent à leur fin. Une déclaration qui intervient alors que sur le terrain, la situation n'a pas radicalement changé.

« la phase militaire de cette campagne touche à sa fin, les forces de la coalition ayant établi une position militaire dominante dans le pays ». C’est ce qu’a indiqué le chef de la diplomatie britannique, Philip Hammond, à l’issue d’entretiens à Riyad cette semaine avec le roi Salman. Et ce, tout en plaidant pour l’accélération des efforts pour un règlement politique du conflit dans ce pays. Pour sa part, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a estimé lors d’une conférence de presse avec son homologue britannique que la campagne de la coalition semble être en train de s’achever et s’est dit optimiste sur l’issue des pourparlers inter-yéménites.

Or, la situation sur le terrain ne semble pas du tout correspondre à ces déclarations, et rien ne montre que les opérations menées par la coalition depuis sept mois ont vraiment réalisé leurs buts. Selon l’analyste Sameh Rached, rédacteur en chef de la revue La Politique Internationale, la campagne de la coalition est loin d’avoir atteint les objectifs annoncés lors de son lancement.

« Il était initialement question de mettre fin à la domination des Houthis sur les institutions de l’Etat et d’y rétablir l’autorité légale, ainsi que de mettre fin à leur présence et leur domination sur le terrain. Ces objectifs n’ont pas été entièrement réalisés, seul le Sud a été reconquis. Dans ces conditions, je ne pense pas que la campagne prendra fin de sitôt ».

En effet, sur le terrain, si les forces de la coalition ont pu reconquérir quelques régions du sud et exclure les Houthis de la capitale Aden, d’intenses combats se poursuivent dans d’autres régions. Samedi dernier, des affrontements entre rebelles chiites houthis et forces pro-gouvernementales ont fait au moins 33 morts (19 Houthis et 14 combattants pro-gouvernementaux) dans la province de Baida au sud du Yémen. Des affrontements ont également eu lieu au cours de la semaine à Al-Madaribah (sud-ouest), faisant plusieurs victimes dont le nombre reste inconnu.

Outre ces combats entre rivaux, d’autres victimes tombent à cause d’erreurs militaires. Médecins sans frontières a demandé jeudi dernier des explications à la coalition, sur le bombardement d’un hôpital de l’ONG survenu lundi 26 octobre dans la région de Saada, fief des rebelles, dans le nord du pays. L’Arabie saoudite a nié dans un communiqué mercredi dernier toute implication de la coalition dans ce bombardement.

Efforts diplomatiques

Face à cette réalité sur le terrain, on s’imagine mal comment la campagne peut prendre fin, à moins que les armes laissent la place au dialogue. En effet, les déclarations des responsables britanniques et saoudiens ont aussi insisté sur la nécessité d’accélérer les discussions politiques entre les protagonistes au Yémen. L’émissaire de l’Onu au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, s’est montré optimiste, jeudi dernier, sur les chances de réunir avant ou vers le 15 novembre, « probablement à Genève », les parties en conflit, saluant leur « flexibilité », ainsi qu’un engagement « sincère » de Riyad en vue d’une désescalade. Il a confirmé aussi que les rebelles houthis et leurs alliés parmi les partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh « ont désormais clairement dit qu’ils étaient disposés à appliquer la résolution 2 216, y compris un retrait négocié des principales villes » dont ils se sont emparés et « la remise à l’Etat de toutes les armes lourdes » saisies.

Pour les Nations-Unies, la résolution 2 216 est la base des négociations mais il s’agit d’un « accord-cadre », et il revient aux parties yéménites d’en préciser les modalités d’application, a-t-il souligné. Par contre, des récentes affirmations des Houthis apparaissent contre cette volonté. Sur Facebook, Saleh Al-Samad, porte-parole des Houthis, a déclaré que toutes les tentatives de l’Onu dans le but de parvenir à une solution politique de la crise ont échoué. « Toutes les déclarations promues par les médias ne sont que de la tromperie », a-t-il ajouté. Samad accuse la coalition d’aider les Etas-Unis pour dominer la région.

Tout est donc encore hypothétique. Mais, selon l’analyste Sameh Rached, les Houthis vont finir par y participer. Le plus important, selon Rached, est que « les cartes du jeu soient toujours entre les mains de l’Iran ». « Or, Téhéran insiste à lier les dossiers syrien et yéménite. Je pense que la participation de l’Iran aux récentes négociations sur la Syrie pourra influencer positivement les prochaines négociations sur le Yémen. N’oubliez pas que tout est lié et que tout se joue dans les coulisses, pour preuve, les Houthis ont perdu du terrain depuis l’accord entre Téhéran et les grandes puissances sur le nucléaire », conclut-il.

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