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Syrie : Le conflit ne cesse de s’élargir

Abir Taleb avec agences, Lundi, 19 octobre 2015

Avec une multiplication des acteurs régionaux et internationaux, le conflit syrien se noie dans la confusion et fait criandre les pires scénarios.

Syrie : Le conflit ne cesse de s’élargir
Scène de destruction à Derna. (Photo:Reuters)

Le pentagone a affirmé, dimanche dernier, avoir tué, lors d’une frappe aérienne de la coalition antidjiha­distes dirigée par les Etats-Unis, le chef du groupe dit Khorasan, Sanafi Al-Nasr, un groupe issu d’Al-Qaëda. L’armée russe, de son côté, a annoncé le même jour avoir « com­plètement bouleversé » l’organisation des groupes djihadistes visés, et ce, grâce à des frappes cilbées dans les provinces de Hama (centre), Homs (centre), Alep (nord-ouest), Lattaquié (ouest) et dans la région de la capi­tale Damas, d’après le ministère de la Défense russe. L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), lui, s’est contenté d’affir­mer que 40 djihadistes du groupe extrémiste sunnite Etat Islamique (EI) ont été tués en début de semaine par une frappe aérienne dans le centre de la Syrie, sans pour autant préciser si les raids avaient été menés par l’armée de l’air syrienne ou par des avions russes.

Pour ce qui est de la bataille au sol, les forces du régime syrien, aidées des alliés russes et iraniens, disent progresser dans le nord du pays, bien qu’elles rencontrent une forte résis­tance dans le centre, et ce, au 11e jour de leur offensive terrestre pour regagner du terrain aux rebelles.

Chaque partie se targue donc de ses « vic­toires » sur le terrain. Comme si Washington et Moscou étaient en compétition. Une compéti­tion dont les risques et les conséquences ne sont pas des moindres.

Le premier risque est une extension du conflit. Déjà compliqué, le conflit syrien devient de plus en plus confus. D’autant plus que de nombreuses parties y prennent part aujourd’hui. Plus confiant depuis l’interven­tion russe, Téhéran a ouvertement dit qu’il renforcera la présence de ses conseillers mili­taires en Syrie pour aider Damas dans sa lutte contre le « terrorisme », a déclaré samedi le vice-ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, cité sur le site de la télévi­sion d’Etat. « Nous avons des conseillers mili­taires en Iraq et en Syrie à la demande des gouvernements de ces deux pays (...) Nous allons renforcer notre aide en termes de conseil à la Syrie pour lutter contre le terrorisme », a déclaré M. Amir Abdollahian. Il a toutefois affirmé que l’Iran n’avait pas de combattants sur place, selon l’agence Isna. Pourtant, un responsable américain a affirmé vendredi que jusqu’à 2 000 Iraniens ou combattants soute­nus par l’Iran participent près d’Alep, la grande ville du nord de la Syrie, à une offensive contre les groupes rebelles, dans un effort coordonné avec la Russie et le régime du président syrien Bachar Al-Assad.

Dans la même optique, le chef du Hezbollah chiite libanais, Hassan Nasrallah, a affirmé dimanche que son mouvement participait à « une bataille essentielle et décisive » en Syrie, avec une présence « plus importante que jamais qualitativement, quantitativement et en matière d’équipement ».

Différents acteurs, agendas opposés
Les forces du régime de Bachar Al-Assad, ainsi que ses soutiens extérieurs se montrent donc plus confiants que jamais, depuis l’entrée en jeu de Moscou. Alors que dans le camp « opposé », on est sur la défensive.

Les pays de l’Alliance atlantique ont entamé lundi dernier une série de manoeuvres mili­taires, les plus importantes menées depuis plus de dix ans en Méditerranée centrale, au moment où la Russie tente de réaffirmer sa présence au Proche-Orient. Bien que ces exer­cices étaient prévus avant l’intervention de l’armée de l’air russe dans le conflit syrien, l’instabilité croissante dans certains pays d’Afrique du Nord et de la région proche-orientale a contraint l’Otan à réagir face aux menaces présentes à ses frontières.

Quelque 36 000 soldats, 230 unités, 140 avi­ons et 60 navires seront mobilisés pendant cinq semaines afin de démontrer que les alliés sont en mesure d’intervenir avec, en toile de fond, la question de la réponse à apporter à la menace russe.

Déjà, la Turquie a annoncé qu’elle n’hésite­rait pas à abattre tout avion militaire violant son espace aérien, selon le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, au lendemain de la destruction d’un drone non identifié près de la frontière syrienne et soupçonné d’être russe. « Nous avons abattu un drone hier. Si cela avait été un avion, nous aurions fait de même. Nos règles d’engagement sont connues. Celui qui viole nos frontières recevra une réponse appropriée », a-t-il déclaré lors d’un rassem­blement du Parti pour la justice et le dévelop­pement (AKP) dans la ville de Kayseri dans le centre de la Turquie. Membre de l’Otan, la Turquie avait fait part de sa colère à la Russie après que des avions de chasse russes engagés dans la guerre en Syrie eurent pénétré dans l’espace aérien turc au début de leur engage­ment dans le conflit.

Reste un acteur de taille dont la réaction est encore discrète : l’Arabie saoudite, dont les alliés (une partie des rebelles syriens) sont ciblés par l’offensive russe. La réaction de Riyad, qui a maintes fois évoqué l’option mili­taire pour déloger Bachar Al-Assad, demeure aujourd’hui la principale inconnue de la nou­velle équation syrienne.

Une rencontre réunira dans les prochains jours des dirigeants américains, russes, turcs et saoudiens, a déclaré lundi dernier à Madrid le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Selon lui, il s’agit de chercher une solution politique au conflit. Si cette solution n’est pas trouvée, tous les scénarios sont à craindre. Même les plus extrêmes .

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