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Syrie : Démonstration de force russe

Ines Eissa avec agences, Mardi, 15 septembre 2015

Les tensions sont vives entre la Russie et les Etats-Unis sur le dossier syrien, donnant une dimension de nouvelle guerre froide potentielle entre les deux pays.

Deux navires de débarquement de chars russes sont arrivés dans le port méditerranéen de Tartous en Syrie, où la Russie dispose d’une base permanente, selon des responsables américains interrogés par l’AFP. Plus au nord, dans la région de Lattaquié, fief du régime de Bachar Al-Assad, les Américains ont observé une dizaine de véhicules blindés de transport de troupes et la présence de plusieurs dizaines de soldats russes, selon les mêmes sources. Les véhicules et les soldats se trouvent à l’aéroport de Bassel Al-Assad, où sont également installés des bâtiments préfabriqués qui peuvent abriter des centaines de personnes et du matériel de contrôle aérien.

« Les Russes sont peut-être en train d’installer une base aérienne avancée, mais ils n’ont pas d’armement a priori », selon les mêmes sources. Tandis que le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré qu’il n’était pas question pour l’heure de participer à des opérations militaires directes en Syrie. « Mais nous jugeons la Russie sur ses actes et non sur ses paroles », a souligné un responsable américain, en rappelant les démentis de Moscou sur l’implication de troupes russes dans les combats en Ukraine, qui, pour les Etats-Unis, ne fait aucun doute.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Eric Schultz, a souligné que les Etats-Unis étaient « très préoccupés » par la situation. « Nous apprécierions des contributions russes positives » dans le chaos syrien, mais « il serait compromettant pour toutes les parties, y compris les Russes, d’apporter un soutien au régime d’Assad », a-t-il poursuivi. Les Etats-Unis souhaitent que leurs partenaires dans la région, y compris l’Iraq, posent « des questions très fermes » aux Russes sur leur implication en Syrie, a averti la semaine dernière le porte-parole du département d’Etat, Eric Schultz. Le régime de Damas a démenti les informations sur le renforcement russe et accusé les services de « renseignements occidentaux et arabes » de propager de fausses informations.

Face à cette évolution, « ce serait une folie que de continuer à parier sur une solution militaire », dit Frank Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères, dans une récente tribune publiée par le New York Times. « Il faut un moyen d’amener les parties à la table des négociations. Cela suppose des discussions préparatoires avec des acteurs régionaux incontournables tels que l’Arabie saoudite et la Turquie, mais aussi l’Iran », poursuit-il. En ajoutant que l’accord sur le programme nucléaire de la République islamique, conclu le 14 juillet, a créé les conditions d’un règlement de la crise syrienne. La Russie assure de son côté qu’elle n’a jamais caché son soutien en armes et en instructeurs à l’armée syrienne « pour lutter contre le terrorisme ». Mais elle refuse de préciser le niveau de l’engagement de ses troupes sur le terrain.

Stratégie vouée à l’échec

Samedi, le Kremlin a de plus ajouté qu’il n’y avait pas d’« alternative » au régime syrien pour lutter contre l’organisation Etat Islamique (EI), rejetant les critiques du président Barack Obama sur la stratégie russe en Syrie. Le président américain a estimé vendredi que la stratégie de la Russie en Syrie consistant à soutenir le régime de Bachar Al-Assad était « vouée à l’échec ». Les critiques américaines « ne sont absolument pas nouvelles », lui a répondu samedi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant que la Russie « les avait déjà entendues ». « Malheureusement, jusqu’à présent personne ne peut de manière compréhensible expliquer quelle serait l’alternative du gouvernement syrien légitime pour assurer la sécurité dans le pays, lutter contre l’avancée de l’EI et assurer l’unité du pays », a lancé M. Peskov, cité par les agences de presse russes.

La Russie s’est toujours opposée au départ d’Al-Assad, appelant la coalition internationale menée par les Etats-Unis à coopérer avec l’armée syrienne régulière pour mieux coordonner leurs frappes contre l’EI. « C’est peut-être le plus important des postulats, le point de départ essentiel, celui dont découle la position de Moscou : nous considérons qu’imposer une quelconque décision au peuple syrien est inacceptable et dangereux », a déclaré M. Peskov.

Le président russe, Vladimir Poutine, avait estimé à de nombreuses reprises qu’il fallait respecter la souveraineté du régime de Damas. Moscou continuera à fournir du matériel militaire à la Syrie, a déclaré dimanche le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, cité par les agences de presse russes. « Il y a eu des fournitures militaires, elles sont en cours et elles se poursuivront. Elles sont inévitablement accompagnées par des spécialistes russes, qui aident à régler le matériel, à former le personnel syrien sur la façon d’utiliser l’armement », a déclaré le chef de la diplomatie russe.

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