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Le Yémen entre négociations et combats

Maha Salem avec agences, Mardi, 15 septembre 2015

Tandis que l'émissaire onusien tente de lancer des négociations de paix entre les camps yéménites rivaux, la coalition arabe poursuit sa vaste offensive.

Le Yémen entre négociations et combats
Les forces gouvernementales yéménites ont été déployées près de Sanaa. (Photos : Reuters)

Pour la deuxième semaine consécutive, les forces pro-gouvernementales yéménites, appuyées par une coalition sous commandement saoudien, poursuivent leur grande offensive terrestre contre des rebelles pro-iraniens dans le centre. Mais la reprise de Sanaa reste un objectif difficile à concrétiser. Ainsi, l’émissaire onusien pour le Yémen, Ismaïl Ahmad Ould Cheikh, a pressé les deux camps à retourner à la table des négociations. Un nouveau round commencera ce jeudi, mais sans annoncer d’autres détails. La capitale omanaise avait accueilli ces derniers mois des discussions entre le médiateur de l’Onu et des représentants de la rébellion. Les derniers pourparlers de paix en juin à Genève s’étaient soldés par un échec.

Tout d’abord, le pouvoir du président yéménite en exil, Abd-Rabbo Mansour Hadi, a annoncé sa décision de ne participer à aucune négociation tant que les rebelles chiites Houthis n’auront pas commencé à se retirer des territoires conquis depuis un an et à remettre les armes saisies depuis leur coup de force. Une condition qui semble difficilement acceptable pour les Houthis. Quelques heures après ces déclarations, un responsable militaire yéménite pro-Hadi a annoncé le lancement d’une importante offensive terrestre contre les positions des Houthis et de leurs alliés, des unités de l’armée restées fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, dans la province pétrolière de Marib, à l’est de la capitale Sanaa. « Les forces yéménites essayent d’intensifier son offensive avant le début de négociations pour réaliser une certaine victoire et par suite avoir plus de puissance et de force », explique Dr Eman Ragab, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire, en ajoutant qu’« afin de réaliser leur objectif, les forces de la coalition menées par l’Arabie saoudite, qui ont déployé des troupes terrestres dans le secteur ces dernières semaines, ont recours à leur artillerie lourde. Et l’opération des forces loyalistes yéménites est appuyée également par des hélicoptères d’attaque Apache et des avions de combat de la coalition ». Mais le porte-parole de la coalition, le général de brigade Ahmad Assiri, interrogé par la chaîne de télévision Al-Jazeera, a indiqué que « l’opération est encore à ses débuts et qu’elle se poursuit selon un plan préétabli ».

Avant le début de l’offensive, quelque 12 000 militaires pro-gouvernementaux ont participé dimanche dernier à un défilé au quartier-général de la 23e brigade mécanisée à Al-Aber, localité du nord du Yémen, proche de la frontière saoudienne. « Nous sommes prêts à participer aux opérations pour la reconquête des provinces de Marib, Jawf et Sanaa », a déclaré, à l’AFP, le général Samir Chamfane, commandant de la 23e brigade. Après ce défilé le diplomate mauritanien, Ismaïl Ould Cheikh, avait affirmé que le gouvernement en exil et les rebelles avaient accepté de participer à ces pourparlers, destinés à mettre fin à un conflit qui a fait plus de 4 500 morts, 1,3 million de déplacés et 21 millions de personnes ont besoin d’aide ou de protection dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Cette fois, l’objectif fixé de ce round de négociation sera de créer un comité mixte de deux camps pour trouver un mécanisme permettant d’appliquer la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l’Onu. Cette résolution prévoit le retrait des rebelles des zones qu’ils ont conquises et la remise des armes qu’ils ont saisies aux forces de sécurité. Mais le président Hadi, qui avait dans un premier temps confirmé la participation de son gouvernement aux pourparlers, s’est rétracté samedi soir en subordonnant une telle participation à l’acceptation et à l’application sans condition par les rebelles de la résolution 2216. Mais après des pressions exercées par l’émissaire onusien, le président Hadi a accepté de revenir à la table de négociations pour satisfaire la communauté internationale. Il a toutefois demandé au médiateur onusien d’oeuvrer pour obtenir un engagement public et clair des Houthis et de l’ex-président, Ali Abdallah Saleh, de mettre en oeuvre, sans conditions, la 2216. Dans le communiqué de l’Onu, le médiateur exhorte les participants aux discussions, « à dialoguer de manière constructive et de bonne foi, afin de mettre rapidement fin à la violence qui a causé des souffrances intolérables à la population ».

Partis de Saada, leur fief dans le nord, les Houthis ont lancé en juillet 2014 une offensive fulgurante qui leur a permis de prendre la capitale et de vastes territoires, avec l’aide d’unités aguerries favorables à l’ex-président Saleh. Devant leur avancée, l’Arabie saoudite a pris la tête en mars d’une coalition arabo-sunnite pour empêcher les rebelles de prendre le contrôle de tout le Yémen, son voisin du sud, et la menace iranienne et l’extension chiite ont été invoquées par les pays du Golfe. Après avoir lancé leur intervention au Yémen avec au départ des raids aériens, les forces arabes du Golfe ont ensuite déployé des troupes au sol au Yémen, en vue d’aider les forces pro-gouvernementales. L’intervention de la coalition a permis aux forces loyalistes de reconquérir, depuis la mi-juillet, cinq provinces du sud du pays.

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