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Syrie-Liban : Je t’aime, moi non plus

Abir Taleb avec agences, Mardi, 28 avril 2015

Dix ans après le retrait syrien du Liban, les relations entre Beyrouth et Damas restent indissociables et complexes, dans une histoire qui ne se termine pas.

Syrie-Liban
(Photo : AFP)

Le 26 avril 2006, le dernier soldat syrien quittait le Liban après trente ans d’occupation. L’armée syrienne était entrée dans le pays en 1976, officiellement à l’appel du président libanais de l’époque, Soleiman Frangié, dans le cadre d’une force d’interposition arabe, pour mettre fin à la guerre civile entre la coalition des par­tis chrétiens, dominée par le parti phalangiste chrétien de Pierre Gemayel, et les Palestino-progressistes, c’est-à-dire la gauche libanaise alliée des Palestiniens de Yasser Arafat. L’armée syrienne est d’abord arrivée à la res­cousse du Liban. Mais les alliances ont vite changé. Et le pays du Cèdre est devenu le ter­rain d’affrontement des grandes puissances par milices et pays interposés. Un fait dont le Liban n’arrive toujours pas à se débarrasser, même s’il n’existe plus d’affrontements sur son sol.

Après la fin de la guerre civile libanaise, en 1990, le Liban est resté officiellement placé sous tutelle syrienne avec la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays en 1991. Un traité qui ne faisait que confirmer les accords de Taëf de 1989 (qui met fin à la guerre civile mais ne prévoit pas un retrait syrien du Liban) et la situation de fait. Et il a fallu attendre 16 ans après la fin de la guerre civile pour que la Syrie se retire enfin. Ou plutôt retire son armée présente en territoire libanais. Car entre Beyrouth et Damas, c’est une his­toire qui ne se termine jamais.

Une histoire qui a commencé depuis l’Em­pire ottoman, lorsqu’il n'y avait pas une, mais plusieurs provinces syriennes dans l’actuel Liban et lorsque la Syrie et le Liban en tant que tels et dans leurs frontières actuelles n’exis­taient pas comme entités politico-administra­tives. Une histoire qui s’est ensuite poursuivie sous le mandat français, lorsqu’il y avait une alliance objective entre les pouvoirs syriens et libanais en place, chacun soutenant les reven­dications de l’autre, notamment d’indépen­dance. Et, comme l’indépendance des deux pays était liée, le Liban a accepté son caractère arabe et donc son appartenance au même camp que la Syrie. Une histoire qui a connu son apo­gée avec l’intervention syrienne au Liban au moment de la guerre civile. C’était alors l’oc­casion pour la Syrie de Hafez Al-Assad de dominer aussi bien le Liban que la résistance palestinienne afin de s’imposer comme puis­sance régionale.

Polarisation

Depuis, malgré la fin de la guerre et le retrait syrien, Damas n’a jamais cessé d’être un acteur incontournable chez son voisin. En premier lieu par le biais de ses alliés sur place : le Hezbollah, seule milice libanaise à être toujours armée, et plus généralement l’Alliance du 8 Mars qui regroupe des partis proches de Damas.

En effet, avec une influence politique non négligeable, l’Alliance du 8 Mars pèse de tout son poids dans la politique libanaise. Dernier exemple en date, le vide présidentiel actuel : le Courant du futur accuse le 8 Mars de prendre en otage l’élection présidentielle (la présidence est vacante depuis le 25 mai dernier, date de la fin du mandat de Michel Sleiman. Depuis, le parle­ment ne parvient pas à élire un président, faute de quorum).

Avec le déclenchement de la crise syrienne en 2011, la polarisation de la scène politique liba­naise entre les partis du 8 Mars, favorables au régime syrien, ceux du 14 Mars, opposés à ce régime, a été davantage exacerbée. En effet, avec la crise syrienne, les Libanais ont trouvé une raison de plus de se diviser. Plusieurs régions ont été touchées par les tentatives de déstabilisation alimentées par la crise syrienne et renforcées par l’arrivée au Liban de djiha­distes venus de Syrie, alors que l’implication massive du Hezbollah en Syrie est largement controversée. En effet, malgré « la politique de distanciation » par rapport aux événements en Syrie, prônée par l’ancien premier ministre Najib Mikati, la guerre civile syrienne a touché de plein fouet le Liban. Cette fois-ci donc, ce n’est plus une intervention directe de Damas dans la politique libanaise, mais l’intervention d’un acteur libanais de taille tel que le Hezbollah qui vient compliquer les relations entre les deux pays, et surtout jeter son ombre sur les crises politiques libanaises à répétition.

Aujourd’hui, on fait face à une nouvelle réa­lité : une radicalisation sunnite au Liban et en Syrie qui provoque un rapprochement entre groupes qui transcendent la frontière syro-liba­naise et contribuent à expliquer les alliances entre ennemis d’hier. Un autre facteur qui contribue à expliquer les rapports particuliers et complexes entre les deux pays. Et qui nous pousse à méditer sur le slogan de Hafez Al-Assad à l’égard de la Syrie et du Liban dans les années 1990, « un même peuple, deux Etats ».

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