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Soudan : Elections sans surprise attendue

Sabah Sabet avec agences, Jeudi, 16 avril 2015

Les Soudanais élisent depuis lundi 13 Avril leur président et leur parlement. Malgré une situation économique catastrophique et des troubles politiques, Béchir est assuré d'être reconduit au pouvoir.

Soudan
Béchir a su assurer le soutien de l'armée et des tribus. (Photos : AP)

13,3 millions d’électeurs soudanais sont appelés à choisir leur président et leurs parlementaires lors d’un scrutin qui se tient sur trois jours depuis lundi 13 avril et jusqu’à ce mercredi 15 avril. 7 100 bureaux de vote sont ouverts à des élections qui se déroulent sous l’oeil d’observateurs de 15 organisations internationales, dont la Ligue arabe et l’Union africaine. Bien que le pays souffre d’une économie exsangue et qu’il soit miné par des rébellions armées, l’actuel président, Omar Al-Béchir, au pouvoir depuis près de 26 ans et âgé de 71 ans, est assuré d’être réélu face à 15 concurrents peu connus, alors que la plupart des partis de l’opposition boycottent l’élection, estimant que le contexte politique ne permet pas un scrutin libre. En décembre 2014, l’opposition et plusieurs factions se sont unies en signant un accord, baptisé « l’Appel du Soudan », et certains opposants ont lancé une pétition demandant à Omar Al-Béchir de partir. En réponse, le président a appelé un mois plus tard à un dialogue national, promettant de le tenir après les élections.

Le général Béchir est arrivé au pouvoir en juin 1989, en renversant par un coup d’Etat un gouvernement issu d’élections démocratiques. Le Parti du Congrès national (NCP), sa formation et ses alliés contrôlent, depuis, les rouages de l’Etat, et les autorités répriment dissidents et médias. Ces élections sont les deuxièmes multipartites organisées depuis 1989, mais comme en 2010, la plupart des partis de l’opposition les boycottent. Le NCP est quasiment seul en lice. « Il n’y a donc aucune surprise à attendre », explique Khaled Al-Tijani, un commentateur politique en montrant que ses élections, dont les résultats sont attendus fin avril, ne soulevaient pas l’enthousiasme dans les rues de Khartoum.

Par ailleurs, l’Union Européenne (UE) a d’ores et déjà estimé que le scrutin ne pouvait « donner un résultat crédible et légitime », car « le dialogue est contourné, certains groupes exclus et les droits civiques et politiques sont affectés ». La Norvège, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont aussi souligné dans un communiqué commun l’absence d’« un environnement favorable à des élections participatives et crédibles ». Face aux déclarations critiquant le scrutin, le ministère soudanais des Affaires étrangères a convoqué le représentant de la mission de l’UE à Khartoum et lui a remis une note se plaignant de la « déformation délibérée des événements au Soudan », a déclaré à l’AFP son porte-parole Ali Sadeq. Jeudi dernier et à quelques jours du vote, Khartoum a libéré deux opposants connus, Farouk Abou Issa et Amine Makki Madani, arrêtés en décembre dernier après avoir signé un accord unifiant les rangs de l’opposition. Une décision visant, selon leur avocat, à alléger la pression internationale sur le régime avant le scrutin, alors qu’il est accusé de chercher à étouffer toute voix dissidente ou critique.

Tactiques

Selon des analystes, Béchir a bien préparé les conditions qui lui sont favorables. « Il a écarté deux de ses adjoints en les remplaçant par des hommes qui lui sont plus proches. A leur place, il a choisi un ex-dirigeant de l’armée, Bakri Hassan Saleh, et Hassabo Mohammed Abdel-Rahman qui appartient à une des grandes et célèbres tribus au Soudan. Ce qui lui permet de garantir l’alliance de l’armée et des tribus les plus fortes au Soudan », explique Dr Aymane Shabana, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études africaines de l’Université du Caire. « Sur le plan extérieur, et comme un pas de rapprochement surtout avec les pays de Golfe, Béchir a pris la décision de fermer les centres culturels iraniens au Soudan. Aussi lors de sa récente visite à l’Egypte, Béchir a-t-il voulu apaiser la tension avec ce pays voisin qui a une influence remarquable sur la région », note Shabana.

Durant la campagne, Béchir, qui brigue un nouveau mandat de cinq ans, a promis d’apporter sécurité et stabilité politique et économique, mais le défi est énorme. Déjà durement affectée par l’embargo imposé par les Etats-Unis depuis 1997 en raison de violations présumées de droits de l’homme et de liens du régime avec le terrorisme, l’économie a subi un nouveau coup dur avec l’indépendance en 2011 du Sud, qui l’a privé de 75 % de ses revenus pétroliers. L’inflation est galopante et le taux de chômage est supérieur à 30 %. Le Soudan, qui compte 38 millions d’habitants, est aussi isolé sur la scène internationale, Béchir étant réclamé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour, région de l’ouest du pays meurtrie depuis 12 ans par un conflit ayant fait 300 000 morts selon l’Onu. Les violences touchent aussi depuis 2011 les Etats du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, avec des rébellions armées.

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