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Revue de presse: Echec politique ou coup de force ?

Najet Belhatem , Mardi, 04 décembre 2012

Alors que la presse de tendance islamiste accuse le fascisme de la gauche et des libéraux, la presse indépendante juge que Morsi est en perte de légitimité. Les deux s’accordent à dire que l’Egypte se dirige vers un drame qui peut être sanglant.

« Depuis le référendum de mars 2011, la machine de propagande contrôlée par la gauche fasciste, les feloul de l’ancien régime, n’a pas cessé de critiquer l’islam et les islamistes, refusant leur participation au pouvoir. Ils n’ont eu de cesse de faire tomber les institutions de l’Etat l’une après l’autre. Ils ont réussi à faire tomber le Parlement élu, ont évincé la première assemblée constituante et ont voulu s’en prendre au Conseil consultatif. Les tentatives de déchoir les institutions de l’Etat n’ont pas eu pour but la construction démocratique, mais plutôt le fait d’écarter l’islam de la vie publique et d'interdire aux islamistes d’exprimer l’identité du peuple égyptien musulman … Il est étonnant que la destruction soit intensifiée après la venue du nouveau pape. Cela s’est accompagné de déclarations de quelques membres de la Cour constitutionnelle aux chaînes de télévision et à la presse selon lesquelles la Cour allait émettre un verdict invalidant le Conseil consultatif et l’assemblée constituante pour la rédaction de la Constitution. Voire qu’il allait y avoir un verdict pour fraude électorale concernant les élections présidentielles, ce qui allait entraîner le pays dans un chaos et permettre au candidat pro-Moubarak de prendre la place de Morsi ». Voilà comment la presse de tendance islamiste commente les derniers développements que vit l’Egypte. L’auteur de l’article publié dans le journal Al-Wassat de tendance islamiste ajoute : « Le président devait devancer le complot et promulguer la déclaration constitutionnelle, ce qui a provoqué un choc du côté de la gauche fasciste, et en premier lieu les nassériens et les communistes. Ce qui les a poussés à s’allier aux feloul, aux grands brigands de Moubarak, et aux alliés de l’ancien régime au sein de l’institution judiciaire ». L’auteur s’attaque ensuite à Mohamed ElBaradei qu’il accuse suite à un entretien avec le journal allemand Der Spiegel d’avoir influé sur la position allemande vis-à-vis de ce qui se passe en Egypte. « ElBaradei n’a pas hésité à inciter à couper les aides à l’Egypte disant : Je ne peux pas imaginer qu’une personne qui a des principes démocratiques puisse soutenir ce régime sur le long terme. Le ministre allemand des Affaires étrangères a vite réagi à cette incitation et a déclaré à la presse que la situation politique en Egypte est inquiétante et que son pays partage les craintes de beaucoup d’Egyptiens et de la communauté internationale vis-à-vis des événements en Egypte. L’alliance de la gauche, des libéraux et des résidus de l’ancien régime mène sa bataille injuste pour contrôler l’Etat et déploie ses efforts pour écarter l’islam en premier lieu. Ce qui veut dire qu’ils vont pousser le pays dans un drame sanglant dont ils en porteront seuls la responsabilité ».

Dans l’autre camp, le ton est tout aussi virulent. L’éditorialiste Ibrahim Eissa, qui est devenu la bête noire des islamistes, écrit dans le quotidien Al-Tahrir : « Quand le docteur Morsi dit à ses alliés américains dans un entretien que 90 % du peuple soutiennent ses décisions, il répète une bêtise des Frères. L’homme qui a obtenu 51 % des voix a oublié qu’il a été élu par la moitié de l’électorat. Les Frères tablent sur le fait que l’appel à un référendum sur la Constitution va apaiser la colère des gens et va faire l’effet d’un brouillard qui cache l’oppression devant leur allié Barack Obama. Mais en réalité, Morsi fournit les raisons de la colère et renforce les lacunes de sa légitimité. La haine qui guide tous les plans des Frères ne les maintiendra pas au pouvoir, car l’Egypte ne supportera pas une organisation secrète (la confrérie des Frères musulmans) qui gouverne avec la mentalité de ceux qui fuient la police, comme elle ne tolérera pas à sa tête des apprentis sorciers qui n’ont pas d’once de compétence ». Les deux articles font référence à la position des pays européens et des Etats-Unis, faisant allusion au fait que le bras de fer ne se joue plus seulement à l’intérieur, mais à l’extérieur aussi.

Il se joue aussi au sein des mosquées. Alors que le ministère des Waqfs a déclaré qu’il avait envoyé une directive aux imams de ne pas aborder le sujet du référendum, plusieurs éditos dénoncent l’instrumentalisation des mosquées dans la bataille en cours. « Les Frères et le président bénéficient du soutien d’une majorité d’imams ces derniers temps, mais ils doivent se rappeler que cela peut se retourner contre eux par la suite. Ils doivent se rappeler que les imams du gouvernement du PND (parti au pouvoir sous Moubarak) ont longtemps attaqué les Frères les accusant de tous les maux. Mais ils doivent surtout se rappeler qu’il y a des forces salafistes dans la société, dont certaines ont mis la main sur plusieurs mosquées. Que feront-ils le jour où il y aura un différend entre les Frères et les salafistes ? Les Frères musulmans et les salafistes doivent répondre à une question cruciale : acceptent-ils que les mosquées se transforment en matière de polémique autour d’événements politiques ? », commente Emadeddine Hussein, dans le quotidien Al-Shorouk.

Certains annoncent le pire pour l’Egypte et pour le président Morsi. « C’est une catastrophe que l’Egypte se divise en deux camps. La division nuit au président lui-même et le soumet à l’échec, il risque de perdre la présidence aujourd’hui ou demain … L’Egypte aussi sera perdante ; elle se figera et les investissements vont fuir. Ce qui se passe va nous pousser vers le modèle syrien. L’Egypte risque une guerre des rues. Les propos sur la menace des juges sont une ineptie … Les cheikhs du pouvoir veulent nous traîner vers le califat. Le calife qui destitue le juge et juge par lui-même. Le président est en extase et se prend au sérieux. C’est un désastre s’il décide d’assiéger le pays, ils nous pousseront alors à assiéger le président et à retirer le couteau de sa main », écrit Mohamad Amin, dans Al-Masry Al-Youm.

Le chercheur Amr ElShobaky analyse, quant à lui, dans le même journal, le recours récurrent des courants islamistes au terme « charia islamique » lors de manifestations comme celle tenue samedi sous le slogan La légitimité et la charia. « Mettre le problème de la charia en avant pour la deuxième fois en moins de deux mois veut tout simplement dire que les Frères sont incapables de mobiliser les foules à travers des slogans politiques réels. Cela dénote un échec politique ».

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