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Hamas : L’Egypte garde la porte ouverte

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 17 mars 2015

Le gouvernement conteste une décision récente de la justice, déclarant le Hamas organisation terroriste.

Hamas
L'Egypte veut garder des passerelles avec les dirigeants du Hamas. (Photos : Reuters)

Dix jours après la déclaration par la justice que le Hamas palestinien était une organisation « terroriste », le gouvernement a décidé d’en faire appel. La Cour d’appel du Caire a été donc saisie et tiendra sa première audience le 28 mars.

La décision de première instance était intervenue suite à des plaintes accusant le Hamas d’être directement impliqué dans des attaques djihadistes meurtrières contre les forces de sécurité dans la péninsule du Sinaï (nord-est), voisine de la bande de Gaza. « Il a été prouvé que le mouvement avait commis sur le territoire égyptien des actes de sabotage et avait assassiné des innocents, des civils et des membres de la police et de l’armée », selon les attendus du jugement. Le tribunal a notamment évoqué des attentats coordonnés dans le nord du Sinaï et qui se sont soldés par la mort d’au moins 25 soldats fin janvier dernier. « Les roquettes utilisées dans cette opération ne se trouvent que dans la bande de Gaza », a dit le juge.

Une décision qui fut rapidement dénoncée par l’organisation palestinienne qui l’a considérée comme « une grande honte qui ternit la réputation de l’Egypte ».

Même si les médias locaux ont salué cette décision, ouvrant le feu sur l’organisation palestinienne, le gouvernement égyptien a décidé, lui, de s’y opposer. Une démarche d’autant plus surprenante que la confrérie des Frères musulmans, dont est issu le Hamas, a été déclarée en décembre 2013 organisation terroriste en vertu d’une décision semblable, qui fut alors très bien accueillie.

Un rôle rgional

La décision de contester ce jugement, est très importante et vient corriger une grave erreur dans laquelle a failli tomber le gouvernement égyptien, estiment des spécialistes. « L’Egypte essaye actuellement de renforcer son rôle dans la région, notamment en tant que médiateur dans les négociations israélo-palestiniennes, ce qui nécessite de garder le pont de contact avec le Hamas. Considérer le Hamas comme organisation terroriste aurait mis fin à tout rôle égyptien dans ce dossier », explique le politologue Yousri Al-Azabawi, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Pour lui, « même si la tension entre l’Egypte et le Hamas est montée d’un cran, après le départ des Frères musulmans du pouvoir, l’Egypte ne doit en aucun cas renoncer à son rôle dans la région ».

Un avis que partage le politologue Mohamad Gomaa, spécialiste des affaires palestiniennes, qui estime que cette décision est purement politique. « En interjetant appel, l’Egypte a voulu transmettre un message pour assurer qu’elle n’a pas renoncé à son soutien aux Palestiniens et que les décisions de la justice ne représentent pas forcément la ligne politique officielle. D’ailleurs, les contacts entre le Hamas et l’Egypte se sont intensifiés ces dix derniers jours », dit Gomaa. Le 8 mars, l’Egypte a ouvert le passage de Rafah pendant deux jours.

Une médiation saoudienne ?

A l’occasion de la récente visite du président Abdel-Fattah Al-Sissi en Arabie saoudite, effectuée le 1er mars, des médias arabes ont évoqué une médiation saoudienne en vue d’un rapprochement entre l’Egypte et le Hamas. « Une telle médiation est probable, même si rien ne le prouve. Dans tous les cas, elle ne serait pas seulement dans l’intérêt du Hamas mais aussi dans celui de l’Egypte », estime Al-Azabawi.

L’agence de presse palestinienne Ma’an a rapporté un « deal », selon lequel l’Egypte aurait accepté d’ouvrir le point de passage de Rafah deux fois par semaine, avant de passer à une ouverture permanente. En échange, Le Caire aurait demandé au Hamas de laisser l’Autorité palestinienne prendre le contrôle de la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza. Selon les sources de Ma’an, le mouvement islamiste aurait demandé aux autorités égyptiennes de le retirer de sa liste des organisations terroristes. Des informations peu crédibles, selon le spécialiste Mohamad Gomaa. « Comment peut-on parler d’un deal alors que l’Egypte est certaine que cette organisation est impliquée d’une manière ou d’une autre dans des attentats contre elle, et que le Hamas n’a jamais reconnu avoir commis des actions quelconques contre les intérêts égyptiens ? », se demande-t-il. Selon lui, il ne s’agit pas de « relations » avec le Hamas, mais plutôt d’un rôle régional égyptien à préserver.

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