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Libye : Difficiles manoeuvres pour protéger les Egyptiens

Chaïmaa Abdel-Hamid et Gamila Al-Tawila, Mardi, 20 janvier 2015

Dans un pays où règne le chaos, les Egyptiens résidant en Libye, notamment ceux issus de la communauté copte, continuent à être la cible des milices armées.

Libye
(Photo : Fadi Ezzat)

La branche libyenne de l’organisation terroriste Daech (Etat islamique) a revendiqué la semaine dernière l’enlè­vement de 21 Egyptiens, coptes, portés disparus depuis le début de l’année dans la région de Syrte (450 km à l’est de Tripoli) sous le contrôle de groupes armés islamistes. Dans un communiqué diffusé sur Internet par le bureau d’information de la « Province de Tripoli », une section de Daech, quelques photos ont été publiées, accompagnées d’une légende: « Les soldats de l’Etat islamique ont capturé 21 Egyptiens chrétiens dans différentes parties de la Province de Tripoli », sans donner plus de détails. Depuis le 30 juin 2013 et le renverse­ment du régime des Frères musulmans en Egypte, les Egyptiens vivant en Libye sont vic­times d’exactions des milices islamistes qui voient d’un mauvais oeil ce renversement des Frères musulmans. Les Egyptiens représentent la plus grande communauté étrangère en Libye avec 1,5 à 2 millions de ressortissants. Depuis la révolution, ils ne seraient plus que 600 000.

Les relations se sont graduellement détério­rées, et le gouvernement égyptien avait retiré son personnel diplomatique de Libye après l’enlève­ment, au début de 2014, d’un certain nombre de diplomates égyptiens dans ce pays. En février dernier, les corps de sept coptes égyptiens ont été retrouvés près de Benghazi, alors qu’au cours du même mois, un autre groupe de plus de 30 Egyptiens avait été enlevé et torturé à Benghazi avant d’être libéré quelques jours plus tard. Un médecin copte égyptien, Magdi Sobhi Tewfiq, a été tué à son domicile par des inconnus à Syrte le 21 décembre en compagnie de son épouse, tandis que sa fille a été enlevée puis assassinée avant d’être abandonnée à la sortie de la ville. Aujourd’hui, 21 Egyptiens sont toujours détenus par ces milices.

Pour l’expert des affaires libyennes Khaled Hanafi, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, les Egyptiens son attaqués en Libye car l’Egypte est devenue partie prenante du conflit libyen. « Ces milices estiment que l’Egypte ne représente pas une par­tie neutre en soutenant le camp des organismes officiels libyens au détriment des autres camps, à savoir les milices islamistes. En outre, ces milices sympathisantes de la confrérie ont décidé de se venger des Egyptiens qui ont destitué les Frères musulmans. Quant au choix de la communauté copte, c’est une manière de toucher à un dossier délicat pour faire pression sur l’autorité égyp­tienne et l’empêcher de lutter contre la présence de ces milices en montrant que l’Egypte n’est pas capable de protéger cette minorité et ses citoyens à l’étranger », précise l’expert.

Qui vise les Egyptiens ?

La montée en puissance de l’organisation Daech en Libye inquiète profondément les obser­vateurs. Après avoir été confinée dans l’est, notamment à Derna et Syrte, elle s’est implantée à Sabratha (ouest) et Tripoli où l’organisation a publié des photos montrant des hommes de Daech en action dans les marchés de la ville déchirant les pancartes jugées non-conformes aux prescriptions de l’islam.

Khaled Hanafi explique que depuis le ren­versement de l’ancien président libyenMuammar Kadhafien 2011, la Libye vit dans le chaos. Elle est devenue le réceptacle de toutes les milices et tous les groupes terro­ristes. La Libye est aujourd’hui inondée d’armes et de milices qui ont formé des gou­vernements rivaux. « On ne peut pas parler d’une seule milice visant les Egyptiens. Syrte est depuis quelque temps un lieu de conflit entre les différentes milices qui se battent pour s’emparer du pétrole libyen. Seul le dernier enlèvement a été revendiqué par Daech, alors que tous ceux qui ont précédé n’ont jamais été revendiqués. Et jusqu’à aujourd’hui, on n’a toujours aucune information sur les acteurs des opérations précédentes. Mais tous les soupçons se dirigent de manière générale vers les milices islamistes armées. Tous les camps refusant le rôle égyptien en Libye sont pointés du doigt ».

L’ambassadeur Badr Abdel-Atty, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, explique que l’Egypte ne cesse de travailler sur le dossier des Egyptiens en Libye, mais que peu d’informations peuvent être révélées à l’heure actuelle pour garantir la sécurité des égyptiens kidnappés et des ressortissants qui y vivent toujours.

Le diplomate égyptien a précisé qu’une cel­lule de crise du ministère des Affaires étran­gères et des représentants des appareils sécuri­taires travaillent en continu sur le dossier des Egyptiens enlevés, ainsi que sur la sécurité de toute la communauté qui demeure sur le terri­toire libyen. « Le ministère est en contact avec les organismes officiels et sécuritaires, ainsi que d’autres non officiels tels que les tribus, les clans et les grandes familles qui peuvent contacter ces milices et leur demander de ne pas porter atteinte à la vie des Egyptiens enle­vés et de les relâcher », avance Abdel-Atty.

Le ministère a renouvelé ses avertissements sur les risques de voyager en Libye, et appelé les Egyptiens qui y vivent à éviter les zones sous contrôle de milices armées ou à retourner dans leur patrie.

« Il est très important que les autorités s’orientent vers les tribus libyennes pour négo­cier, car le gouvernement officiel ne maîtrise pas cette situation chaotique en Libye. Quant aux tribus, elles sont très importantes pour la résolution de cette crise. Contrairement au gouvernement en place, les tribus ont accès à ces milices et peuvent, à travers des négocia­tions ou des compromis, mener à bien la libé­ration des Egyptiens kidnappés », explique Hanafi, qui souligne que sur le plan diploma­tique l’Egypte ne peut pas faire mieux. Les solutions à cette crise restent incertaines. Il faudrait peut-être trouver une alternative convaincante pour les Egyptiens résidant en Libye: leur demander de quitter leur travail en Libye en leur proposant un autre en Egypte.

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