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Deux camps, un president

Najet Belhatem, Mardi, 28 octobre 2014

Après l’attentat du Nord-Sinaï, les éditorialistes se sont divisés entre jusqu'au-boutistes demandant au président de montrer la poignée de fer du militaire, et sceptiques, qui lui suggèrent de faire attention aux faux pas

Deux camps, un président
« Tu es là » Caricature de Walid Taher dans Al-Shorouk.

J’aurais aimé que le maréchal Abdel-Fattah Al-Sissi porte son uniforme militaire de combat lors de sa réunion avec les membres du Conseil militaire, pour refléter son pouvoir face à une Egypte qui affronte une guerre d’existence sur le terrain, pour affirmer à tout le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur, que le chef est descendu sur le terrain pour affronter le terrorisme », écrit Mahmoud Mossellem dans le quotidien Al-Watan. Il n’est pas le seul. Beaucoup d’éditorialistes ont appelé le président à « user de la force ou à laisser sortir sa colère et ne plus être indulgent ». Mossellem poursuit que le président aurait dû s’adresser au peuple en treillis militaire « pour que les traîtres comprennent que l’attentat du Sinaï est un point crucial dans la manière de gouverner, que la priorité sera donnée à l’avenir à la sécurité et à la stabilité, et que la fermeté — et c’est la principale caractéristique des militaires égyptiens — sera à l’ordre du jour dans toutes les institutions de l’Etat ».

Sur une toute autre rive, Abdallah Al-Sennawi relève dans le quotidien Al-Shorouk le danger de voir « la masse silencieuse » bouger encore une fois. « Le plus grand danger qu’affronte l’Egypte actuellement, c’est cette angoisse générale qui augmente sans que personne ne prête attention aux conséquences que cela peut avoir. Jour après jour, les garanties de la cohésion sociale autour d’un projet national s’effrite. Le tout sécuritaire est mis en avant, alors que la politique est absente, la poigne de fer pointe alors que le dialogue disparaît de la scène. La sécurité sans politique est une illusion absolue, et le projet de troubles nouveaux que le pays déjà affaiblit ne supportera pas. Les décisions ministérielles favorisent encore les lobbies d’intérêts et les augmentations des prix frappent de plein fouet ceux qui ont soutenu le président et ont tout misé sur lui. Le doute a commencé à s’installer. Le retour des hommes de Moubarak et les anciennes politiques affaiblit la présidence, ternit sa popularité et ouvre la voie encore une fois aux Frères musulmans. Les conséquences peuvent être désastreuses. Cela peut arriver en quelques mois », dit-il.

Un autre éditorialiste, Khaled Montasser, souligne dans le quotidien Al-Masry Al-Youm que le flirt avec les salafistes peut s’avérer dangereux. « Des partis politiques, une police sociale, et la sympathie de personnalités gouvernementales pour des symboles du wahhabisme, etc. sont des preuves indirectes que nous n’apprenons rien des cours de l’Histoire. Nous ne faisons que répéter compulsivement les mêmes erreurs », écrit-il. Il fait référence au recours de Sadate aux Frères musulmans pour casser les communistes : « Refaire le même jeu en utilisant les salafistes pour frapper les Frères musulmans veut dire qu’il n’a rien compris de l’Histoire. Qu’est-ce que les islamistes ont fait de la générosité de Sadate ? Ils l’ont tué. Une question que j’adresse au président : avons-nous fait la révolution du 30 juin contre les Frères musulmans en tant qu’individus ou en tant qu’idéologie ? C’était contre leur idéologie bien sûr qui, au fait, est une photocopie de celle des salafistes ».

Entre les jusqu’au-boutistes et les sceptiques, quelques rédacteurs en chef de journaux publics et privés ont choisi leur camp. « Les membres réunis réaffirment leur attachement à la liberté d’expression, mais renouvellent leur refus des tentatives qui visent à douter des institutions de l’Etat, ou à porter atteinte à l’institution militaire, à la police, ou aux juges », voilà un petit résumé du communiqué publié à l’issue de la réunion des rédacteurs en chef .

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