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Barrage d'Al-Nahda : A la recherche d’un compromis

Dalia Abdel-Salam, Lundi, 18 août 2014

L'Egypte entame, le 25 août à Khartoum, des négociations sur le barrage d'Al-Nahda avec l’Ethiopie et le Soudan. Objectif : convaincre les Ethiopiens de modifier les spécificités techniques du barrage, de manière à ne pas porter atteinte à la part de l’Egypte dans les eaux du Nil.

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Les travaux du barrage devraient prendre fin en 2016.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi doit tenir une réunion avec la délégation qui représentera l’Egypte aux négociations de Khartoum le 25 août sur le barrage de la renaissance mis en chantier sur le Nil Bleu, en Ethiopie. Selon le ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hossam Moghazi, la délégation égyptienne « présentera de nouvelles idées pour la première fois sur la table des négociations ». L’Egypte entend expliquer, d’une manière scientifique, les menaces représentées par le barrage de la renaissance avec ses spécificités techniques actuelles, sur les pays de l’aval. Le Caire et Addis-Abeba sont en désaccord au sujet du barrage éthiopien de la renaissance, qui pourrait menacer, une fois achevé, la part de l’Egypte dans les eaux du Nil. Selon Diaa Al-Qoussi, expert en eau, l’Egypte n’admettra jamais le barrage avec ses spécificités techniques et ses dimensions actuelles: une hauteur de 150 mètres et une capacité de stockage de 74 milliards de m3. « Avec les spécificités et les dimensions actuelles, l’Ethiopie serait capable de priver complètement l’Egypte de son approvisionnement en eau pendant un, deux ou même 3 ans, ce que l’Egypte n’admettra jamais », explique Al-Qoussi.

Il ajoute que la délégation égyptienne qui participera aux négociations prévues à la fin du mois, au Soudan, doit convaincre le côté éthiopien de revenir aux dimensions et aux spécifications du projet initial qui date de 1963. « Il faut que les pays du bassin, et surtout l’Ethiopie, comprennent que le Nil pour l’Egypte n’est pas un outil de développement mais une source de vie », signale Al-Qoussi. Pour Diaa Al-Qoussi, l’Ethiopie a commis une erreur politique, diplomatique et technique assez grave en commençant la construction sans attendre les résultats du rapport du comité des experts internationaux. Ce rapport n’a jamais été rendu public. Mais dernièrement, l’Egypte y a donné une importance.

Selon l’ambassadeur Chérif Issa, responsable de l’eau du Nil au sein du ministère des Affaires étrangères et membre de la délégation égyptienne dans les négociations avec l’Ethiopie, le rapport du comité des experts internationaux a révélé que des études supplémentaires auraient dû être faites avant de commencer les travaux de construction, notamment sur ses impacts environnementaux, socioéconomiques et hydrauliques. « Les experts ont souligné que les études effectuées par les autorités éthiopiennes sont de niveau 1. Or, il fallait des études de niveau 2 qui montrent l’impact de ce barrage sur les pays de l’aval », indique Issa.

Mais, les Ethiopiens ont malgré tout commencé les travaux et ont réalisé presque 35% du projet qui accueillera bientôt deux turbines. « Jusqu’à présent, les Ethiopiens ont utilisé un autofinancement à hauteur d’un milliard de dollars à travers les impôts, chaque Ethiopien payant un mois de son salaire annuel pour le barrage, en plus de l’argent transféré par les Ethiopiens qui travaillent à l’étranger, ceux de la compagnie aérienne éthiopienne et les aides étrangères », explique Issa. La phase actuelle des travaux est la moins coûteuse; les prochaines phases le seront beaucoup plus et l’Ethiopie n’arrivera jamais à les financer seule. L’Egypte cherche à présent un compromis avec Addis-Abeba. Mais lequel? « L’Egypte ne demande pas grand-chose ! Nous voulons seulement sécuriser notre approvisionnement en eau à court, moyen et long termes. Nous respectons le droit de l’Ethiopie au développement, mais à condition que ce droit ne porte pas atteinte aux intérêts de l’Egypte dans l’eau du Nil », assure l’ambassadeur Chérif Issa. Il explique que pour l’Egypte, le but des négociations du 25 août au Soudan est d’arriver à une situation de gagnant-gagnant. « Il y a plusieurs moyens de parvenir à un compromis. Nous mettrons l’accent durant les réunions sur les spécifications du barrage, sur le volume du réservoir d’eau derrière le barrage et sur la gestion conjointe qui garantit en même temps la production d’électricité en Ethiopie et l’écoulement naturel de l’eau vers Egypte », espère Issa. Cependant, changer les propriétés techniques du barrage pour ne pas porter atteinte aux intérêts égyptiens nécessitera des fonds supplémentaires.

« Si les Ethiopiens se montrent compréhensifs et coopératifs et répondent favorablement à nos réclamations, l’Egypte fera de son mieux pour convaincre certains pays arabes amis à aider l’Ethiopie à financer son projet », conclut Chérif Issa.

Le barrage éthiopien en chiffres

Coût du projet : 5 milliards de dollars.

Hauteur du barrage : 170 mètres.

Longueur du barrage : 1 800 mètres.

Nombre de turbines : 16.

Capacité de stockage : 74 milliards de m3 d’eau.

Capacité de production électrique: 6000 mégawatts.

Une histoire vieille de 58 ans

L’idée d’un grand barrage éthiopien remonte aux années 1956-1964, mais ce n’est qu’en 2009 que le gouvernement éthiopien a commencé les travaux d’arpentage. Les plans ont été approuvés en novembre 2010 et fin mars 2011, le gouvernement éthiopien a officiellement annoncé le projet. Le barrage est actuellementen construction dans l’Etat régional de Benishangul-Gumuz sur le Nil Bleu, en Ethiopie. Avec une capacité de production électrique qui s’élève à 6 000 mégawatts, il est considéré comme le plus grand barrage hydroélectrique dans le continent africain. Le projet, annoncé au public le 31 mars 2011, a démarré sur le terrain le 28 mai 2013 et les travaux de construction devraient durer entre 3 et 4 ans pour se compléter en 2017-2018.

L’impact exact de ce barrage sur les pays de l’aval est inconnu. L’Egypte craint une baisse de son approvisionnement en eau, due à la longue durée du remplissage du réservoir dont le volume prévu est de 74 milliards de m3.

Il est probable que pendant le remplissage du réservoir, l’Egypte perde entre 11 et 19 milliards de mètres cubes d’eau par an, ce qui fera que 2 millions d’agriculteurs perdront leur gagne-pain durant la durée du remplissage.

Selon les experts, la période du remplissage du réservoir affectera aussi la fourniture en électricité avec une baisse de l’ordre de 25 à 40 % et aboutira à une réduction permanente du niveau de l’eau dans le Lac Nasser.

Le gouvernement égyptien a accusé l’Ethiopie de ne pas respecter ses droits par rapport au Nil, qui sont internationalement garantis depuis de longues années. En plus, l’Egypte est le seul pays du monde dont la source principale en eau douce (95%) vient d’en dehors de ses frontières. L’Egypte veut donc garantir sa sécurité hydraulique et être rassurée sur son approvisionnement en eau sur le long terme.

Pour sa part, l’Ethiopie veut construire ce barrage dans le but de promouvoir son développement économique et garantir une autosuffisance énergétique. Le barrage de la renaissance est le seul moyen pour l’Ethiopie de réaliser son rêve dans les eaux du Nil. C’est pourquoi l’Ethiopie ne montre aucune flexibilité dans les négociations car son objectif, à côté des gains économiques et sociaux, c’est le gain moral de dominer les eaux du Nil qui est en jeu.

Ce point a été révélé plusieurs fois par l’ancien ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Mahmoud Abou-Zeid, qui a dit que l’Ethiopie peut réaliser ses rêves économiques en construisant plusieurs petits barrages qui donneront les mêmes bénéfices, avec un coût beaucoup plus réduit. Mais le manque de flexibilité de la part de l’Ethiopie assure que le vrai but n’est pas économique ou social, mais politique.

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