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Les Frères maintiennent la pression

Mohamed Abdel-Hady, Lundi, 10 mars 2014

A l’approche de l’élection présidentielle dont les dates restent à fixer, les Frères musulmans multiplient les manifestations. Objectif : s’opposer à la feuille de route et prouver que la confrérie reste bien présente sur la scène.

Les affrontements
Les affrontements continuent entre la confrérie et les forces de l'ordre. (Photo : Alaa Abdel-Bary)

Dans une tentative de retrouver leur capacité de mobilisation dans la rue et de freiner la feuille de route qui avance inexorablement, les Frères musulmans, déclarés organisa­tion terroriste par les autorités égyp­tiennes en décembre dernier, ont organisé vendredi 7 mars de nou­velles manifestations qui ont tourné en affrontements violents avec les forces de l’ordre. Ces affrontements ont fait 3 morts et 23 blessés au Caire, selon un communiqué du ministère de la Santé. De violents affrontements avec les forces de l’ordre ont égale­ment eu lieu dans les gouvernorats de Charqiya, du Fayoum et d’Alexandrie faisant plusieurs blessés. « Au Caire, plusieurs véhicules de police ont été incendiés. 17 policiers en tout ont été blessés. Il y a eu une soixantaine d’in­terpellations », explique une source du ministère de l’Intérieur. « Les manifestants ont fait usage d’armes à feu et ont visé les forces de la police et les citoyens », affirme un commu­niqué du ministère de l’Intérieur.

Ces manifestations interviennent à l’appel de la « Coalition nationale de soutien à la légitimité » soutenant les Frères musulmans. La coalition avait appelé, dans un communiqué, à une semaine de manifestations baptisée « Nous ne serons pas gouvernés par les sionistes et les Américains » pour s’opposer à la candidature attendue du maréchal Abdel-Fattah Al-Sissi à la présidentielle. Composée de partis islamistes alliés aux Frères musul­mans, cette coalition avait vu le jour en juin 2013 pour soutenir le prési­dent islamiste Mohamad Morsi. Plusieurs de ses dirigeants à l’instar de Assem Abdel-Magued et Tareq Al-Zomor, cadres de la Gamaa isla­miya, ont fui à l’étranger après l’éva­cuation du sit-in de Rabea. Selon Alaa Aboul-Nasr, l’un des dirigeants de la coalition, le but de ces manifestations est de « s’opposer à la militarisation de l’Etat et de rétablir le processus démocratique ». « Il est absurde qu’après toutes ces vagues révolu­tionnaires, on assiste à une telle mili­tarisation de l’Etat », dit-il. Il ajoute cependant que la coalition est « ouverte à des compromis politiques pour rétablir l’entente nationale mais à condition de préserver les libertés et de retrouver la voie démocratique. Nous sommes déterminés à pour­suivre notre mouvement de protesta­tion tant que nos revendications ne seront pas prises en considération ».

« Ils ne reviendront jamais »

A l’approche de l’élection prési­dentielle dont la date reste encore à fixer, les Frères multiplient les mani­festations. Il s’agit d’une carte de pression sur le pouvoir. C’est en tout cas l’avis de Magdi Chalabiya, secrétaire général du parti du Rassemblement. « Les Frères veu­lent faire pression sur le gouverne­ment pour éventuellement obtenir des gains politiques. Les manifesta­tions s’accentueront avant chaque échéance de la feuille de route, mais à mon avis ils ne reviendront jamais dans la vie politique », dit-il. Même son de cloche pour Chehab Wagdi, porte-parole du parti des Egyptiens libres. « Les Frères musulmans veu­lent montrer au gouvernement qu’ils sont toujours présents », analyse-t-il. L’islamologue Hicham Al-Naggar pense, lui, que les Frères et leurs alliés s’inspirent des groupes isla­mistes des années 1990 en livrant combat aux appareils de sécurité dans l’objectif de les épuiser. Quant à l’écrivain nassérien, Abdallah Al-Senawi, il précise : « Les Frères musulmans cherchent à s’affirmer une autre fois dans la rue après leur classement sur la liste des organisa­tions terroristes d’abord par l’Egypte puis par l’Arabie saoudite. Les Frères musulmans vont poursuivre l’escalade une fois que le maréchal Al-Sissi aura annoncé officiellement sa participation à la course à la pré­sidentielle et jusqu’à la fin des élec­tions, et ce, pour montrer qu’ils demeurent un acteur incontournable dans la société » .

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