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Le difficile pari de Sabahi

May Atta, Mardi, 11 février 2014

Avec la candidature de Hamdine Sabahi à la présidence de la République, la course à la magistrature suprême est désormais lancée.

Hamdine Sabahi
Hamdine Sabahi.

C’est lors d’une confé­rence organisée samedi par le Courant populaire pour célébrer la mémoire de l’un des martyrs de la révolution, que l’ancien candidat à la présidence a annoncé sa décision de briguer à nouveau la présidentielle dont les dates restent encore à fixer. « J’ai décidé de me présenter aux élections en tant que représentant de la révo­lution (....). Je crois fermement que la révolution du 30 juin est un pro­longement de la révolution du 25 janvier. Mais en aucun cas nous ne devons permettre aux terroristes de Morsi ou aux corrompus de Moubarak de revenir sur la scène », a déclaré Hamdine Sabahi. Il a déclaré qu’il vouait un grand respect à son adversaire potentiel, le maré­chal Abdel-Fattah Al-Sissi. « Il est logique que le maréchal Al-Sissi se présente aux élections, surtout que l’armée l’a mandaté pour cela », a jouté Sabahi. La décision de Sabahi de se présenter à la présidentielle tranche avec ses précédentes posi­tions affirmant qu’il ne se présente­rait pas aux élections si le maréchal Al-Sissi « décidait de se présenter ». Avec sa candidature, la course à la présidentielle est désormais lancée. Un autre candidat attendu, Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, a décidé, lui, de se retirer de la course (voir encadré).

La candidature de Sabahi inter­vient dans un climat de divisions au sein du Courant populaire, le mou­vement qu’il a fondé après la révo­lution du 25 janvier. En effet, le Courant populaire est divisé entre ceux qui soutiennent la candidature de Sabahi et ceux qui pensent qu’il n’a aucune chance dans cette élec­tion et qu’il ferait mieux de se reti­rer. « Sabahi a bien réfléchi avant de prendre cette décision. Au début il avait dit qu’il ne se présenterait pas si les forces révolutionnaires s’entendaient sur un candidat qui représente la révolution et qui met en place un programme qui répond aux revendications de celle-ci. Mais jusqu’à présent Al-Sissi n’a pas annoncé son programme électoral. Est-ce qu’il sera libéral, socialiste, contre la corruption ou avec les intérêts des hommes d’affaires ? C’est pourquoi Sabahi a décidé de se présenter pour combattre la pau­vreté, la corruption et la tyrannie. En fait, Al-Sissi n’était pas clair depuis le début et son retard pour présenter sa candidature a créé une confusion », explique Ahmad Atef, porte-parole du Courant populaire.

Lors de l’élection présidentielle de 2012, Hamdine Sabahi était arri­vé troisième derrière Mohamad Morsi alors vainqueur et l’ancien premier ministre Ahmad Chafiq. Il avait notamment recueilli une partie importante du vote des jeunes révo­lutionnaires qui s’étaient soulevés contre le régime de Moubarak.

La question à présent est la sui­vante : Sabahi peut-il changer l’équilibre des forces dans cette élection ? Et quel est son véritable poids ? En réalité, les chances de Sabahi sont quasi inexistantes. Pour certains, la candidature de Sabahi ne changera rien à l’équation. Son rôle se limitera à jouer aux figurants pour apporter à l’élection présiden­tielle un décor démocratique et créer une sorte de compétition même si elle n’est pas réelle. Car il semble que l’élection est gagnée d’avance par le maréchal Al-Sissi. En échange de sa participation, Sabahi obtiendrait alors quelques avantages dans le cadre d’un accord tacite avec le pouvoir. Mais pour le politologue Adel Soliman, président du Centre international des études du futur, d’autres raisons ont poussé Sabahi à se présenter aux élections. Selon lui, l’ancien candidat à la présidence doit prouver qu’il est encore là. « Sabahi est toujours un des symboles de la révolution qui a le soutien de nombreux jeunes », soutient pour sa part Achraf Al-Chérif, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire. Et d’ajouter : « Il existe une masse électorale qui est à la fois contre l’armée et les Frères musulmans et qui a besoin d’un candidat qui exprime ses rêves et les revendications de la révolution du 25 janvier en matière de liberté et de justice sociale. Ce sont les gens qui n’ont pas participé au récent référendum sur la Constitution. Ces gens dont beau­coup sont des jeunes pensent que Hamdine Sabahi peut être leur can­didat ». Hamdine Sabahi peut se servir de cette masse pour d’une part conclure un accord avec Al-Sissi et obtenir une place au sein du prochain gouvernement en cas de victoire du maréchal, et d’autre part se forger l’image du leader de l’opposition. L’élection présiden­tielle doit se tenir avant les législa­tives, contrairement à ce que pré­voyait la feuille de route mise en place après le renversement de Mohamad Morsi. Elle devrait avoir lieu en avril ou mai prochains.

Aboul-Foutouh se retire de la course

Abdel-Moneim Aboul-Foutouh
Abdel-Moneim Aboul-Foutouh.

Le parti de L’Egypte forte a annoncé dimanche lors d’une conférence de presse que son président, Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle. « Nous ne participerons pas à cette tromperie », a déclaré Aboul-Foutouh, arrivé quatrième à la présiden­tielle de 2012. Le parti avait boycotté le récent référendum sur la Constitution les 14 et 15 janvier dernier, après l’arrestation de certains de ses membres par la police pour avoir fait cam­pagne pour le non. Le parti a annoncé qu’il ne soutiendra aucun candidat. « Nous avons constaté que les pratiques du régime actuel ne vont pas dans le sens de la démocratie et du respect des libertés », a déclaré Aboul-Foutouh. Néanmoins, le parti continuera à suivre les développements poli­tiques sur la scène nationale. Au cours de la conférence de presse, le porte-parole de L’Egypte forte, Ahmad Imam, a déclaré que plusieurs hôtels ont refusé d’accueillir la conférence de presse du parti. « Je sais que sans doute le directeur de l’hôtel a agi seul sans les ordres du régime simple­ment par peur », a ajouté Imam.

Tamarrod divisé

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La candidature de Hamdine Sabahi à la présidentielle a créé des divi­sions au sein du mouvement Tamarrod, à l’origine de la contestation qui avait abouti au renversement du président Mohamad Morsi le 3 juillet dernier. Les divisions ont écla­té au grand jour lorsque 4 leaders du mouvement, Hassan Chahine, Mohamad Abdel-Aziz, Khaled Al-Qadi et Islam Al-Issawi, ont pris part à une conférence visant à sou­tenir la candidature de Hamdine Sabahi à l’élection présidentielle. Tamarrod est divisé en deux courants. Le premier, emmené par le fon­dateur du mouvement Mahmoud Badr, soutient la candidature d’Al-Sissi et le second présidé par les deux porte-paroles de Tamarrod, Mohamad Abdel-Aziz et Hassan Chahine, est contre tout soutien à la candidature du maréchal.

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