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Le FNS va-t-il survivre ?

May Al-Maghrabi, Mercredi, 15 janvier 2014

Créé en novembre 2012, le Front National du Salut (FNS) a été pendant de longs mois la principale force libérale face au régime islamiste déchu. Son rôle est aujourd'hui remis en question.

Le FNS
Les positions contradictoires de ses membres vis-à-vis de l'évolution politique ont fait perdre peu à peu au Front non seulement sa crédibilité, mais aussi son influence.

Le sort du FNS sera tranché à l’issue du référendum sur la Constitution. C’est ce qu’a déclaré, cette semaine, Wahid Abdel-Méguid, cadre du Front. Et d’ajouter : « Cette décision sera prise après l’évaluation des objectifs réalisés par le FNS et après avoir décidé quel rôle il jouera sur la scène politique au cours de la prochaine période ».

La démission cette semaine du secrétaire général du FNS, Ahmad Al-Saïd, président du parti Les Egyptiens libres ainsi que l’absence des figures de proue comme Mohamed ElBaradei et Hamdine Sabbahi relancent le débat sur le sort de cette coalition. Créé le 22 novembre 2012, au lende­main de la déclaration constitution­nelle contestée octroyant des pou­voirs exceptionnels au président des­titué, Mohamad Morsi, le FNS s’est toujours posé comme la principale force d’opposition libérale face à l’hégémonie islamiste. Il rassemblait des personnalités issues de mouve­ments divers allant des partis libé­raux à la gauche et surtout des partis créés après la révolution de janvier. Mais cette unité de façade cachait de multiples divergences dues au fossé idéologique entre les libéraux et les mouvements de gauche. On a égale­ment reproché au Front, plus réfor­miste que révolutionnaire, la pré­sence en son sein de figures de l’an­cien régime. Néanmoins, l’existence du Front en tant que coalition libé­rale face au régime des Frères musulmans a été accueillie favora­blement par la rue. Si le FNS a réussi à faire le « forcing » contre les Frères pour les amener à annuler la déclaration constitutionnelle contro­versée de Mohamad Morsi, il n’a pas réussi à empêcher la ratification de la Constitution islamiste de 2012. Les positions contradictoires de ses membres vis-à-vis des événements ont fait perdre peu à peu au Front non seulement sa crédibilité, mais aussi son influence.

Aujourd’hui et à l’approche des législatives, le sort de cette coalition est toujours inconnu. Certains pen­sent que son rôle s’est achevé avec la chute de Morsi, alors que d’autres estiment que sa dissolution sera une perte énorme pour les partis civils toujours fragmentés. La question est de savoir si le Front possède toujours un projet pour l’Egypte.

Pour Mohamad Aboul-Ghar, prési­dent du parti Egyptien démocratique, le but essentiel pour lequel ce Front a été créé a été atteint. « Lorsque le Front a été créé, tous ses membres, malgré leurs tendances idéologiques et politiques différentes, étaient tous d’accord que le régime des Frères musulmans et la déclaration consti­tutionnelle de Morsi représentaient un danger pour l’Egypte. Mais aujourd’hui, l’équation politique a changé après la chute de Morsi et le FNS n’a plus de raison d’être, sur­tout qu’il y a des divergences entre les partis. Aujourd’hui, cette coali­tion est inutile », pense Aboul-Ghar. Avis partagé par Abdel-Ghaffar Chokr, président du parti de la Coalition populaire socia­liste. Il affirme que les activités du Front sont gelées depuis plus de 3 semaines, car les partis sont pris par les préparatifs des pro­chaines législatives. Au sein du Front, les partis sont divisés sur la question de savoir dans quel ordre il faut organiser les élec­tions législatives et parlemen­taires de même que sur le mode de scrutin. « Aujourd’hui, le maintien du Front ne fera que fragmenter davantage l’opposi­tion », précise Abdel-Ghaffar Chokr. Et d’ajouter : « Le FNS est apparu à un moment donné pour des raisons circonstan­cielles exceptionnelles. Sa disso­lution permettrait à chacun des partis politiques qui le compo­sent d’exercer la démocratie sur des bases de pluralisme politique ».

Concrétiser les revendications

Mais pour certains, le rôle du FNS n’était pas seulement de contrer l’hé­gémonie islamiste, mais aussi de concrétiser les revendications de la révolution et doit donc être mainte­nu. C’est notamment l’avis de Refaat Al-Saïd, qui rejette les appels à la dissolution du Front. « L’unité du Front est primordiale en cette période, où se dessine le paysage politique de l’Egypte. Ce Front incarne en premier lieu une volonté d’unifier les rangs et de conjuguer les efforts des partis politiques civils pour instaurer un régime démocra­tique véritable. Or, ce but n’a tou­jours pas été achevé puisque la chute de Morsi en soi n’est pas le début du processus démocratique. Le Front doit poursuivre son travail et ceux qui veulent le quitter sont libres de le faire », plaide Al-Saïd. Position par­tagée par Georges Ishaq, membre du Conseil national des droits de l’homme et fondateur du mouve­ment Kéfaya, qui voit en la dissolu­tion du FNS une perte énorme pour les partis libéraux. Il met en garde contre la dispersion des voix électo­rales aux prochaines législatives et présidentielle comme ce fut le cas lors des élections remportées par les islamistes. « Il ne faut pas oublier que les forces civiles restent frag­mentées et fragiles en comparaison avec les faucons de l’ancien PND qui pourraient remporter les pro­chaines législatives sous l’étiquette d’indépendants. C’est pourquoi le FNS doit être maintenu pour faire face au spectre d’un probable retour de l’ancien régime », souligne Ishaq. Plus pragmatique, Omar Al-Guendi, membre du bureau exécutif du Front, pense que c’est le mode de scrutin électoral qui décidera du sort du Front. En vertu du projet de Constitution, le président par inté­rim, Adly Mansour, doit trancher cette question. Pour Al-Guendi, si un scrutin de liste est adopté, il sera primordial de maintenir le Front qui constituera dans ce cas une forte coalition électorale permettant aux partis civils, surtout ceux récem­ment créés, de gagner des voix aux législatives. Mais si le scrutin uni­nominal est retenu, il ne servira à rien de maintenir le Front dont le rôle a pris fin avec la chute du régime islamiste.

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