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La mort de Bassem et la victoire de Mona

Najet Belhatem, Mardi, 24 décembre 2013

Quelques escales et visages révélateurs d’une Egypte qui termine une autre année au milieu des remous.

Bassem Mohsen

Il est mort après avoir reçu plusieurs balles dans la tête le 20 décembre dernier lors d’accrochages entre la police et les Frères musulmans. Le site d’information en ligne Al-Wadi a publié un papier relatant le parcours de ce jeune Egyptien engagé comme tant d’autres dans des batailles anti-pouvoir depuis 2011. Et comme beaucoup d’autres que lui, morts sous des balles « inconnues », son affaire ne connaîtra sûrement pas d’accusé et ne sera pas résolue de si tôt. « En novembre 2011, il avait perdu son oeil gauche lors de la bataille sur la rue Mohamad Mahmoud. Ensuite, il a été incarcéré lors d’une manifestation de protestation contre l’arrestation de 8 activistes issus de sa ville natale Suez lors de la bataille d’Al-Abbassiya le 2 mai 2012. La Cour martiale devant laquelle il a été jugé le 1er août 2012 l’a condamné à 2 ans de réclusion pour coups contre un soldat durant les heurts qui ont eu lieu à Suez entre les familles des 8 détenus et les forces de police. Le 18 septembre, il a été relaxé suite à une grâce du général de la troisième armée. Et le 17 octobre 2012, les pro-Frères musulmans l’ont battu durant la manifestation organisée par les forces révolutionnaires contre le régime de Mohamad Morsi 100 jours après son accession au pouvoir. Il a ensuite pris la tête du mouvement Tamarrod (rébellion) à Suez contre le pouvoir des Frères musulmans ». Mais contrairement aux autres morts avant lui aux heures de gloire de la révolution, il ne jouira même pas après sa mort de l’aura qui leur a été consacrée à l’époque.

Gamal Moubarak

« Le jour du verdict innocentant le général Chafiq, Gamal et Alaa Moubarak dans l’affaire du terrain des aviateurs, l’assistance a crié à haute voix : Gamal, la présidence t’attend », écrit Soliman Gouda dans le quotidien Al-Masry Al-Youm. « J’ai comparé les jours d’avant la révolution du 25 janvier 2011, lorsque Gamal Moubarak ne jouissait d’aucune popularité, et ces jours-ci où il suscite l’admiration d’une grande partie des Egyptiens, au point où certains l’appellent à se porter candidat à la présidence ! Ce revirement a ses raisons dont, entre autres, parmi les plus importantes, les événements que nous avons vécus depuis 2011 jusqu’à ce jour, surtout sous le règne des Frères musulmans », continue Soliman, qui ne précise pas que le règne des Frères n’a duré qu’une seule année sur les trois et qui, dans le reste de son article, omet de parler des deux autres, et s’est en plus étalé sur la différence avec Mohamad Morsi : « Comparez l’attitude de Moubarak, ses deux fils et les symboles de l’ex-Parti national démocrate en général quand ils ont perdu le pouvoir, et la confrérie des Frères musulmans au lendemain du 30 juin 2013 ! Moubarak pouvait refuser de ne pas laisser le pouvoir et insister sur le fait qu’il était le président légitime comme le fait Morsi, il pouvait aussi inciter les membres de son parti contre son pays. Mais en comparant les deux, vous comparez en fait un homme responsable et un autre irresponsable ! ». L’auteur n’a juste pas osé d’aller jusqu’à remercier Moubarak d’être parti sans tuer les personnes sur la place Tahrir !

Le parti islamiste Al-Nour

« J’ai misé sur le parti Al-Nour après la révolution du 30 juin 2013 alors qu’il faisait face à une campagne virulente qui ne faisait pas la différence entre les salafistes et les Frères musulmans d’un côté, et qui accusait le parti Al-Nour d’être sous la botte des Américains. Je croyais et je crois toujours que le parti Al-Nour est en train de mûrir politiquement, à vue d’oeil. Et la différence entre eux et les Frères est cruciale : ils possèdent un projet religieux national même s’il suscite les divergences, contrairement aux Frères. Il faut aussi différencier entre le parti Al-Nour et les autres courants salafistes qui représentent des bras divers de la confrérie des Frères musulmans, comme le Front salafiste et le parti Al-Watan », écrit Mahmoud Mossallam, dans le quotidien Al-Watan, qui ajoute, en oubliant peut-être qu’on parle de politique ici, qu’il défend le parti Al-Nour parce qu’il est plus honnête que les Frères musulmans ! Sans oublier qu’il ne dit pas un mot sur le fameux projet religieux national d’Al-Nour !

Faten Hamama et Mona Mina

« Faten Hamama, la diva du cinéma égyptien, dit qu’elle veut deux Sissi : l’un pour le ministère de la Défense, et l’autre pour la présidence », écrit Waël Abdel-Fattah dans un très bel article publié dans le journal libanais Al-Safir. « La dame du cinéma est la fille de sa société conservatrice, c’est le visage troublé des Egyptiens face à la modernité, mais qui sont restés prisonniers du patriarcat protecteur et donneur de leçons », poursuit-il. Alors que Mona Mina, après des années de lutte syndicale qui vient de remporter le poste de président de l'Ordre des Médecins depuis des années aux mains des islamistes, est « la preuve que le développement n’est pas un miracle qui tombe d’en haut, mais plutôt un travail de titan contre de la pierre ».

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