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Le général, les présidentielles et l’avenir de l’Egypte

May Atta, Mercredi, 27 novembre 2013

Le ministre de la Défense, le général Abdel-Fattah Al-Sissi, a laissé entendre cette semaine qu'il pourrait être candidat aux prochaines présidentielles. Sur l'échiquier politique, les réactions se déchaînent.

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L'éventuelle candidature d'Al-Sissi aux présidentielles provoque des réactions contraires, entre ceux qui la soutiennent et ceux qui la rejettent.

Le général al-sissi se pré­sentera-t-il aux élections présidentielles ? Dans une interview publiée cette semaine par le journal koweïtien Al-Seyassah, le chef de l’armée et ministre de la Défense, qui avait jusqu’ici observé le silence sur une éventuelle candidature à la prési­dence de la République, s’est montré un peu moins catégorique. Interrogé au sujet de sa participation aux prési­dentielles, Al-Sissi a dit : « Cela répondra-t-il aux attentes du peuple ? Contentera-t-il certaines puissances étrangères ? Résoudra-t-il les problèmes de l’Egypte ? Quoi qu’il en soit, attendons voir ce que l’avenir nous réserve ».

Les propos d’Al-Sissi ont provo­qué de multiples réactions sur la scène politique. Et pour certains, c’est la preuve que le général revien­dra sur ses propos antérieurs affir­mant qu’il « n’est pas intéressé par le pouvoir ». Entre les partisans d’Al-Sissi, qui soutiennent la candi­dature du chef de l’armée et ses détracteurs, plutôt favorables à un président civil, le débat fait rage.

« Nous refusons la candidature d’Al-Sissi aux élections présiden­tielles. Ce serait un pas en arrière. L’un des buts de la révolution du 25 janvier a été de créer un Etat civil et démocratique. Nous voulons un pré­sident civil. Ce n’est pas parce que le président précédent Mohamad Morsi était civil et qu’il a échoué que la seule alternative pour l’Egypte est celle d’un président militaire », explique Khaled Abdel-Hamid, l’un des fondateurs du front La Route de la révolution, un mouvement qui prône un Etat démocratique civil. Selon lui, jusqu’à présent, Al-Sissi n’a rien fait pour réaliser les objec­tifs de la révolution. « Les assassins des martyrs sont toujours libres depuis janvier 2011. La justice sociale, la démocratie et la lutte contre la corruption sont des valeurs toujours absentes de notre société. Nous continuerons à aider le peuple pour choisir un candidat civil et à refuser la candidature d’Al-Sissi », ajoute Khaled Abdel-Hamid.

Ceux qui rejettent la candidature d’un militaire à la tête de l’Etat se basent sur le fait que les militaires qui ont pris le pouvoir le 23 Juillet 1952 ont gouverné l’Egypte pendant 60 ans. Au cours de cette période, qui a vu se succéder quatre militaires (Mohamad Naguib, Gamal Abdel-Nasser, Anouar Al-Sadate et Hosni Moubarak) l’Etat policier a été ren­forcé, et il n’y a pas eu d’avancées au niveau des libertés. Mona Ezzat, activiste et membre fondatrice du parti Pain et liberté, explique : « Le problème n’est pas la personne même d’Al-Sissi, mais les pouvoirs exorbitants accordés à l’armée dans la Constitution. L’armée est devenue un Etat dans l’Etat. Le premier ministre ne choisit pas le ministre de la Défense. L’armée a le droit de juger des civils devant les cours militaires et son budget est tenu confidentiel ».

Retour en arrière

Mais pour d’autres, une éventuelle candidature d’Al-Sissi aux présiden­tielles ne serait pas un retour en arrière car, s’il est élu, ce sera de manière démocratique. C’est l’avis de Magdi Charabia, secrétaire géné­ral du parti du Rassemblement. Il opine qu’Al-Sissi a la liberté de se présenter aux élections comme tous les candidats : « La présence d’Al-Sissi à la tête du pays ne signifie pas nécessairement que l’institution militaire va gouverner le pays, car nous nous dirigeons vers un régime démocratique », pense Charabia. Et d’ajouter : « Je crois que c’est la composition du prochain Parlement qui déterminera la nature du régime en place et non pas la personnalité du président ».

L’armée est perçue par certains comme le seul rempart face au « péril islamiste ». En effet, sans l’aide de l’institution militaire, il n’aurait pas été possible d’écarter du pouvoir la confrérie des Frères musulmans, et les Frères auraient alors monopolisé le pouvoir pendant des années.

Depuis le 30 juin, plusieurs mou­vements militent pour une candida­ture d’Al-Sissi. Une campagne inti­tulée Kammel guémilak (poursuis ta faveur) a été lancée officiellement en septembre dernier et vise à recueillir 30 millions de signatures en faveur d’une candidature d’Al-Sissi. Khaled Al-Adawi, coordinateur de cette campagne, affirme que les respon­sables de la campagne tiendront des meetings dans les grandes usines pour expliquer pourquoi il faut sou­tenir Al-Sissi. « Al-Sissi est le seul qui peut diriger ce pays durant cette période délicate. Il a soutenu le peuple et l’a aidé à se débarrasser des Frères musulmans ».

Hani Raslane, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, affirme qu’après la chute des Frères musul­mans, il n’y a pas de force politique capable de se poser en alternative à l’armée. « L’armée restera un acteur incontournable sur la scène poli­tique, et cette situation durera des années », dit-il.

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