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Blé : L’Egypte se mobilise face à la hausse des prix

Chaïmaa Abdel-Hamid, Vendredi, 28 juillet 2023

Le gouvernement déploie d’intenses efforts, afin d’atténuer au maximum l’impact de la décision de la Russie d’arrêter l’accord d’exportation des céréales de l’Onu.

Blé : L’Egypte se mobilise face à la hausse des prix
L’Egypte veut accroître son autosuffisance en blé de 40 à 65 % d’ici 2024.

« Les réserves stratégiques de blé de l’Egypte sont suffisantes pour 5 mois de consommation », a déclaré le ministre de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Ali Al-Mosselhi à l’agence Bloomberg. Il a ajouté que l’Egypte n’est pas satisfaite du retrait russe de l’accord d’exportation des céréales de l’Onu. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Verchinine, a affirmé que la Russie envisage de tout faire pour que les pays africains ne ressentent pas les conséquences de la fin de l’accord.

Le 17 juillet, l’initiative céréalière de la mer Noire, soutenue par les Nations-Unies, a pris fin après la décision de Moscou de ne pas prolonger sa participation à l’accord. En vertu de cet accord, la Russie autorise le passage en toute sécurité des navires marchands à partir de trois ports ukrainiens, afin de faciliter l’exportation des produits agricoles. La fin de l’accord aura d’importantes conséquences au niveau mondial et aussi sur l’Egypte. Le retrait de la Russie a provoqué une nouvelle forte hausse des prix, les pays du Sud étant parmi les plus touchés par cette hausse. Mercredi, le prix du blé meunier se situait à 253,75 euros la tonne sur l’échéance de septembre, gagnant 8,2 % dans la journée. Un niveau jamais atteint depuis début avril. Le maïs a grimpé de 5,4 %, juste sous la barre des 250 euros la tonne sur l’échéance d’août.

Selon les commerçants égyptiens, les prix du blé sur les marchés locaux ont augmenté de 1 000 L.E. la tonne au cours des trois derniers jours en raison de la crise, portant le prix d’une tonne de blé à 12 000 L.E. contre 11 000 L.E. et le prix d’une tonne de blé importé à 13 250 L.E.

Le monde s’attendait à une hausse mondiale de 8 % du prix de la tonne de blé, a affirmé Mosselhi, qui a rassuré que le gouvernement assumerait toute différence de prix et que cela n’affecterait pas le citoyen.

Quelles alternatives ?

Pour s’assurer plusieurs sources de blé, l’Egypte a signé des accords avec l’Inde, la France, l’Allemagne, la Roumanie, les Etats-Unis et la Bulgarie.

La guerre russo-ukrainienne a perturbé les chaînes d’approvisionnement et la production mondiale de blé. Avant le déclenchement de ce conflit, plus de 80 % des importations égyptiennes de blé provenaient de ces deux pays : 61 % de la Russie et 23 % de l’Ukraine. L’Egypte dépend fortement du blé pour la fabrication du pain, denrée essentielle dans le régime alimentaire des Egyptiens. La consommation varie entre 150 et 180 kg de blé par habitant par an alors que, selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation mondiale moyenne varie entre 70 et 80 kg par habitant et par an. L’Egypte consomme chaque année environ 21 millions de tonnes de blé, dont 60 % sont importés.

L’expert économique Rachad Abdo explique : « La décision de la Russie de se retirer de l’accord céréalier n’est pas une surprise. Le président russe a estimé que les obligations fixées dans le mémorandum Russie-Onu sur la levée des obstacles pour l’exportation des produits alimentaires et des engrais russes ne sont toujours pas remplies. Ainsi, le principal objectif de l’accord, la livraison de céréales aux pays dans le besoin, notamment sur le continent africain, n’a pas été réalisé ». Et d’ajouter : « Le président russe a indiqué que les pays pauvres ne recevaient que 3 % du blé en provenance d’Ukraine et que les céréales ukrainiennes sont exportées en majeure partie vers l’Europe ».

Sur un autre volet, Abdo ajoute que l’Egypte a compris au début de la guerre en Ukraine qu’elle devait augmenter les cultures de blé et elle a fait des progrès dans ce sens. En effet, l’Egypte vise à accroître son autosuffisance en blé de 40 % actuellement, à 65 % d’ici 2024. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a revalorisé le prix d’achat aux producteurs : de 1 000 L.E. par ardeb (150 kg) en 2022 à 1 250 L.E. par ardeb en 2023, soit une augmentation de 42 %, et ce, pour encourager les agriculteurs à cultiver le blé.

De même, pour faire face à la hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires, le gouvernement a annoncé, le 16 janvier 2023, qu’il allait doubler les subventions du pain dans le budget général pour atteindre 95 milliards de L.E. contre 38 milliards de L.E. l’année dernière. 70 millions de citoyens sur les 103 millions d’Egyptiens en bénéficient.

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